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Qui veut la peau des féministes #2 – Les Geeks

17 Nov

Entre les Gamers et les féministes, le câble Ethernet brûle.

La polémique, qui a adopté le doux nom de « Gamergate* », est de plus en plus nourrie par de nouveaux faits divers. Plutôt que de faire la liste de ces « affaires » (avec comme mots clefs 4Chan, Jeuxvidéos.com, Zoe Quinn, Anita Sarkeesia, Mar_Lard ou encore Jenn Frank), qui ont été largement commentées dans les médias, peut-être serait-il temps de se poser un peu pour réfléchir aux raisons de cette haine viscérale entre Geeks et les féministes.

 * Rappelons ici que le Gamergate concerne au départ la critique de la collusion entre les journalistes et les développeurs dans le milieu du jeu vidéo, mais que les attaques personnelles concernant Zoe Quinn et notamment sa vie sexuelle ont fait déraper le débat vers la question de la haine des Gamers pour les féministes.

  • Deux populations stéréotypées

Entre les ados boutonneux mal baisés et frustrés et les militantes hystériques mal baisées et frustrées, choisis ton camp. Quand deux groupes de frustrés-mal baisés se rencontrent, forcément ça fait des chocapics.

Cette guerre des tranchées est basée sur un malentendu profond entre les deux groupes.

Les féministes considèrent les Geeks comme des « adolescents prépubères et vaguement masturbateurs, terrifiés de voir que le média se diversifie et ne répond plus à leurs aspirations(1) ».

Le profil type du Geek est donc un homme, hétérosexuel, blanc, misogyne, frustré, vieux garçon, puceau, moche et boutonneux. Il hait les femmes parce que les femmes le rejettent. Il lutte donc pour avoir le droit de mater des « big boobs » et du string à gogo dans ses jeux vidéo.

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source de l’image : http://www.journaldugeek.com/2014/01/31/pal-pour-vous-quest-ce-quun-geek/

En face, nous avons les féministes, que les Gamers appellent ironiquement les « Social Justice Warriors », qui, elles, sont des femmes casse-couilles, hystériques, névrosées, végétaliennes et moches (2). Si elles s’attaquent aux Gamers, c’est parce que ce sont des hommes qui dominent le monde du jeux vidéos et que le but des féminisme est de prendre l’ascendant sur tous les secteurs, de couper les couilles de tous les hommes et de se victimiser en trouvant la moindre excuse pour dénoncer des discrimination.

féministe stéréotype

Avant de vous expliquer que ces représentations sont stéréotypées et fausses (ce que vous vous avez vu venir à 12,2 km (tout comme vous savez des les 3 premières minutes d’une comédie romantique que Hugh Grant et Sandra Bullock vont finir ensemble ou que, oui, Tom Cruise sauvera la terre)), penchons nous sur la part des Gamers effectivement composée d’adolescents potentiellement frustrés.

En effet, un certain nombre de polémiques ont éclaté sur deux forums du site jeuxvidéos.com : le blabla 15/18 et le blabla 18/25.

Si on regarde les sujets sur le féminisme, on trouve ça :

 topics féministes jvcom

Donc on est en droit de se demander : pourquoi tant de haine ?

  • Une guerre 2.0

Notons que cette opposition se passe sur internet, qui n’est pas un terrain neutre, mais un champ ayant ses propres façons de fonctionner.

Au pays des Trolls, les attaques deviennent facilement personnelles. Quand quelqu’un émet une opinion en commentaire sur un article ou autre, la situation dégénère en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « Troll ». Lorsque le propos est féministe, la personne est taxée de voir le mal partout et d’être une hystérique mal baisée cherchant à se victimiser. Quand le propos critique une prise de position féministe, la personne est accusée de faire l’apologie de la violence envers les femmes et de ne sans doute pas avoir sa conscience pour lui pour affirmer des choses pareilles.

Rapidement on est sorti du débat d’idée pour attaquer la personne elle-même.

Or, sur internet, l’anonymat est généralement de mise. Les coups sont donc portés à l’aveugle. Par pur préjugé.

L’anonymat permet dans le même temps de faire preuve de méchanceté et d’agressivité en toute impunité : blagues sur le physique, le surpoids et injures adressées au femmes témoignant contre le harcèlement de rue, menaces de viol et de diffusion de données personnelles ont été nombreuses ce derniers temps.

Sur jeuxvidéo.com, ils appellent cela des Raids. Ces derniers consistent à attaquer personnellement une personne ayant fait des commentaires leur ayant déplu, en appelant au viol ou encore à un “génocide de lesbiennes frustrées“.

raid jvcom féministes

Mais les attaques se sont propagées à d’autres sites comme Doctissimo (on notera l’adresse mail « SalePuteTuVaCrever ») :

harcèlement jvcom

Ne m’arrêtant pas à un « s*le p*te », j’ai creusé un peu plus pour voir ce que ceux qui argumentent un minimum reprochent aux Social Justice Warriors.

  • Vous n’avez pas le monopole de la souffrance

Parlant du projet Crocodile, certains membres du forum reprochent à l’auteur de dessiner tous les hommes en crocodile.

Le but de l’auteur est de montrer que le harcèlement n’est pas le fait de malades isolés ou de connards notoires, mais que n’importe qui peut s’avérer être un harceleur. Or, pour des jeunes hommes en train de construire leur identité, ça peut aussi sembler être une injonction contradictoire de plus. Ils reprochent notamment une angélisation des femmes par ce procédé.

Ainsi, un commentaire suggère :

« Ce que je vous propose, c’est de réaliser ensemble le « Projet Chattes » ( 🙂 ) .
Toutes les femmes seront évidemment représentées par une tête de chatte. Il vous suffit d’écrire sur ce topic votre témoignage et de me décrire la fois où vous avez le plus souffert à cause d’une fille (que ce soit une fille que vous ayez dragué, une ex, votre copine actuelle, etc…). Si vous vous êtes senti terriblement humilié, blessé, meurtri, votre témoignage m’intéresse :).  »

Cette initiative a pour but de montrer que les hommes aussi souffrent.

Passons sur le bon goût de nommer cela le « projet chattes ».

Effectivement, les hommes souffrent aussi. Mais il semble que dans les exemples que cette personne cherche à récolter, il s’agit davantage de récits de filles ayant blessé l’égo ou le cœur d’un homme. Alors que dans le projet Crocodile, il s’agit de récits concernant des personnes qui se passent du consentement d’autres personnes. On y parle d’attouchements, de propositions déplacées (ex : coucher pour avoir un poste), ou encore de viol. Et là on ne parle pas de sentiments, mais bien d’un rapport au corps, à l’objectivation d’une personne pour assouvir les désirs d’une autre.

Une critique un peu plus aboutie a été réalisée par un jeune (et talentueux) dessinateur de 22 ans dans un post de son blog « J’aime ça » où il présente un « Projet vipères » pour rendre la pareille aux femmes. Notons que 26 371 personnes aiment ça.

Il explique :

« Les hommes ne souffrent pas ni plus ni moins que les femmes. Leur souffrance est simplement différente. Ce n’est pas en divisant et en sexualisant tous nos problèmes que la situation s’améliorera. »

L’idée est alors de mettre en perspective les violences faites aux femmes et celles faites aux hommes :

Les femmes sont davantage victimes de viol ? Les hommes sont davantage victimes d’homicides et se suicident plus. La prostitution touche d’avantage les femmes ? les hommes sont surreprésentés parmi les SDF. Les femmes sont désavantagées dans le monde professionnel ? Les hommes le sont dans les décisions de justice et notamment dans les questions de garde des enfants en cas de séparation.

Moi-même j’ai déjà reçu des commentaires sur ce blog m’expliquant que les hommes eux aussi sont victimes de discrimination. Par exemple, concernant la beauté, un homme affirme : « je pourrais affirmer que certaines femmes sont pires à l’égard des hommes qui ne seraient pas semblables à leurs égéries bodybuldées/beau gosses qu’elles voient tous les jours. »

En effet, il semble que ça ferait du bien à de nombreuses féministes – dont moi (il faut toujours sentir des aisselles avant de tordre le nez face à celle de son voisin (proverbe chinois inventé pour l’occasion)) – de parfois prendre un peu de recul face à leur combat et reconnaître qu’à force de se focaliser sur le sexisme, on finit par en voir partout et chipoter. Mais il s’agirait surtout de ne pas minimiser d’autres inégalités, mais aussi de toujours garder en tête que le sexisme va dans les deux sens.

Cependant, chers amis Gamers, ou lecteur dissident, qui vous léchez les babines face à ce dernier paragraphe, vous aussi sentez vos aisselles avant de critiquer les féministes. Si vous exigez d’elles de s’ouvrir à d’autres combats, alors acceptez d’ouvrir votre propre vision du monde. Peut-être qu’effectivement des individus veulent développer des jeux différents ou jouer de façon différente. Peut-être pouvez vous ranger vos représentations et clichés pendant 5 minutes et reconnaître que certaines femmes peuvent être excellentes aux jeux vidéos et qu’il n’est pas nécessaire et séparer hommes et femmes dans les compétitions.

En fait, tout est un problème de focalisation. Une focalisation de chacun sur son monde et ses problèmes. Mais c’est presque inévitable si on veut faire réfléchir les gens sur une question et amener les mentalités à évoluer à terme.

Quand on s’attaque à un problème social, notamment dans un article de blog ou de journal, on doit cadrer son propos. Si on commence à vouloir attirer l’attention sur tous les malheurs du monde d’un coup, cela nuit à la clarté du propos. Si, par exemple, je fais un article sur le fait que, structurellement, la beauté est davantage mise en avant chez les femmes et la réussite professionnelle chez les hommes, mais que je précise que la beauté est un construit subjectif et que selon les milieux sociaux elle diffère, que les hommes peuvent aussi être discriminés sur leur physique, que l’intelligence est également valorisée chez les femmes, que ceci est une représentation hétéro-centrée, parce que les lesbiennes et les gays ne sont pas réellement intégrés dans cet univers de représentation, que c’est également une vision que se centre sur la culture occidentale concernant les représentations homme-femme et que d’autres cultures voient les choses différemment…etc etc etc.

Bref, à la fin j’aurais mis tellement de bémols dans ce dont je voulais parler qu’on ne verrait plus quel était réellement le problème et puis… il semblerait alors que ce problème soit marginal, donc qu’il soit inutile de s’en préoccuper, et puis : t’as des chiffres de ce que tu avances ?

  • Incroyable, pourquoi chaque fois que nous construire grande muraille, les féministes débarquer pour tout casser!

Quand on a conscience de tout cela. On se demande parfois si ça sert vraiment à quelque chose de continuer.

La tendance est à renvoyer à la figure des féministes que de nombreuses personnes ne se retrouvent pas dans leur combat, avec le fameux mouvement #NotAFeminist.

Le mouvement #NotYourShield, qui vise à montrer aux féministes qu’elles se trompent sur qui sont les Gamers utilise le même mode d’attaque.

Un des participants affirme par exemple : « Nous n’avons pas besoin des Social Justice Warrior pour faire la police de nos pensées, censurer nos opinions, étouffer notre créativité, nous engorger avec leurs intentions. »

Ok.

J’accepte votre position.
Mais j’aimerais quand même dire que cet argument peut-être retourné. Parce que quand les féministes se permettent de faire une remarque, elles doivent elles aussi faire face à une police de la pensée, voient leurs opinions censurées, leur créativité étouffée et leurs intentions engorgées.

Comme le dit Mar_Lard, figure de proue du mouvement pour donner une place aux femmes dans le monde du jeu vidéo, qui a décidé de rendre sa manette parce qu’elle n’en pouvait plus d’être harcelée : « Le féminisme, c’est un des meilleurs aimants à merde qui existe. »

Et pourtant, en plein débat sur le « Geekshaming » dans les médias, peut-être serait-il temps que les féministes et les geeks s’écoutent un peu au lieu de se « troller » mutuellement et de laisser la violence escalader. Ces deux groupes sont victimes de représentations stéréotypées, augmentées par la visibilité des personnes et des commentaires correspondant le plus aux clichés.

 Soutenons-nous au lieu de nous tirer dans les pattes.

Game Over.

(1) L. Davoust, conférence sur féminisme et Science Fiction, Utopiales 2014

(2) Tous ces mots-clefs sont tirés de l’article de blog de « j’aime-ca.org » rejetant la focalisation faite sur le harcèlement de rue. Nous revenons sur cet article plus loin.

Pour voir le premier article de cette série, c’est par ici !

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Qui veut la peau des féministes ? #1 – Les femmes

6 Août

Contrairement à ce qu’on pourrait penser intuitivement (et notamment en voyant les couilles brandies fièrement pendant longtemps sur le site des Femen), les pires ennemis des féministes ne sont pas les hommes. D’ailleurs il faudrait mettre un petit « e » à ennemi pour deviner de qui il s’agit.

Bravo, vous avez gagné un bisou de Monsieur Bescherelle pour vos déductions orthographiques, il s’agit bien… des femmes.

Bien que ce soit la révélation de l’année (si si, j’insiste), ça parait en fait plutôt logique : pour savoir ce que veulent les femmes, le mieux est quand même de leur demander ce qu’elles veulent. Si elles disent qu’elles aiment se faire belle, s’épiler intégralement, faire du shopping, être femmes au foyer et avoir un homme grand, fort et poilu du nez pour les protéger, pourquoi ne pas les croire. Après tout qui n’aime pas les poils dans le nez ?

Et si beaucoup de femmes prennent ce parti là, les féministes passent pour une minorité d’excitées qui veulent imposer à la majorité leurs délires de patriarcat, de mouvement de libération des poils, de genre et de harcèlement de rue.

L’une des caractéristiques du féminisme est d’entretenir une relation problématique avec la féminité dominante ou imposée, en ce qu’elle est, justement, un produit d’une société patriarcale. Autrement dit, ça veut dire que les féministes affirment que la féminité, telle qu’elle est représentée, est le produit de normes sociales. Celles-ci sont créées par ceux qui ont le pouvoir de les créer, et qui sont, encore aujourd’hui, le plus souvent les hommes.

Or, qui dit normes dit intériorisation. Et comme le dit la journaliste féminisite américaine Gloria Steinem : “The first problem for all of us, men and women, is not to learn, but to unlearn.”

Pour ceux qui ont séché les cours d’anglais, ça veut dire : « Le premier problème auquel nous devons faire face, homme comme femme, n’est pas d’apprendre, mais de désapprendre.»

C’est là la clef du problème : pourquoi les femmes ont-elles tendance à rejeter le féminisme ? Parce qu’il va à l’encontre de tout ce qu’on leur a patiemment et sans relâche inculqué depuis le berceau.

Et le succès du Tumblr « woman against feminism » le prouve (c’est d’ailleurs la première réponse automatique de google quand on tape seulement « tumblr anti »)

 

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Les idées sur le féminisme véhiculées par ce tumblr sont nombreuses, pleines de préjugés, et surtout contradictoires :

  1. Pour les féministes femmes jouent les demoiselles en détresse en se posant comme des victimes de la société / Les féministes sont agressives
féministe n'assumant plus son envie de tester le bondage vs féministe de bonne humeur

féministe n’assumant plus son envie de tester le bondage vs féministe de bonne humeur

 

2. Pour les féministes hommes sont de dangereux prédateurs / Les féministes sont jalouses des autres femmes qui reçoivent plus d’attention des hommes qu’elles

 

non aux pervers qui touchent les seins des mères de familles ou non aux salopes qui agitent leur boule devant les pères de famille ?

non aux pervers qui touchent les seins des mères de familles ou non aux salopes qui agitent leur boule devant les pères de famille ?

 

  1. Les féministes ne supportent pas qu’une fille soit sexy / Les féministes défendent les putes/ les féministes sont des dévergondées qui sont pour l’avortement, la fin du couple etc
Femme de pouvoir donc féministe ? sexy donc pas féministe ? libérée donc féministe ? Image véhiculée partout de la féminité donc pas féministe ? rha adieu monde simpliste !

Femme de pouvoir donc féministe ? sexy donc pas féministe ? libérée donc féministe ? Image véhiculée partout de la féminité donc pas féministe ?
rha adieu monde simpliste !

 

Bref, les féministes sont nulles quoi qu’elle fassent ou disent à partir du moment où elles sont identifiées comme telles.

Les revendications des femmes sur ce tumblr anti-féministes et celles des féministes semblent pourtant avoir la même aspiration : pouvoir faire ce qui les rend heureuses sans être jugées.

Mais alors que les féministes ne veulent pas être jugées par la société, ces femmes ne veulent pas être jugées par les féministes.

En même temps, répondre aux attentes de la société permet à la fois de ne pas trop se poser de question et d’être aimée de tous.

A cet égard, une histoire racontée par Sheryl Sandberg, la directrice des opérations de Facebook, est édifiante :

Une femme qu’elle connaît a expliqué à sa fille :

« Quand papa réussit au travail, les gens l’aiment plus. Quand maman réussit au travail, les gens l’aiment moins. »

Sa fille lui a répondu qu’elle n’avait qu’à moins bien réussir pour que les gens l’aiment plus.

Et voilà ! C’est quand même pas compliqué nan ?

Et c’est vrai qu’on pourrait se dire : A quoi bon trop réfléchir ? A quoi bon faire chier le monde alors qu’il suffit de faire ce qu’on nous demande pour être tranquille ?

Eh bien parce qu’il y a des gens qui souffrent à cause des normes imposées. Des filles qui s’affament ou se font entièrement refaire pour correspondre aux standards imposés. Des adolescents qui se suicident parce qu’ils sont mal dans leur peau.  Des gens dont la sexualité n’est pas épanouie parce qu’on ne leur a jamais dit que, pour avoir du plaisir, il faut être bien avec son corps et lâcher prise, à l’inverse de ce que nous rabâchent les magazines. Certaines femmes se font brûler le visage pour enlever leurs rides. D’autres se font couper les lèvres de leur sexe et le capuchon du clitoris parce qu’elles les trouvent anormalement longues. Et je pourrais continuer longtemps comme ça.

Alors oui, les féministes dérangent les femmes, parce qu’elles leur mettent le nez dans le caca de ce que la société leur impose. Et, comme tout le monde le sait, les filles ne font pas caca, donc ça leur fait un choc.

Alors je vais essayer de parler leur langage : Si toi aussi tu n’aimes pas les vergetures, ni la cellulite, que tu n’aimes pas ne pas te sentir en sécurité seule dans la rue, que le ménage t’ennuie, que les régimes te pèsent, que parfois tu te sens moche et que ton string te rentre dans les fesses : les féministes ont la solution à tes problèmes.

Viens, on est bien !

 

La pub change ses règles

16 Juil

Alors que de nombreux publicitaires se font un malin plaisir à faire des « Bad Buzz » à la pelle, certaines marques ont décidé de prendre le contre-pied de cette tendance et de miser sur le féminisme et le « Good Buzz ».

  • La guerre des serviettes

La guerre publicitaire féministe a éclaté entre les marques de ce que nous appellerons chastement « protections périodiques ».

Les deux belligérants ce soir sur le ring : helloFlo vs Always.

helloFlo a envoyé le premier tampon en diffusant deux vidéos :

puis, Always a riposté puissamment en lançant un hashtag atomique : #likeAGeurl

Chez HelloFlo, malgré un engouement de toute la féministosphère pour (enfin !) la fin des tabous autour des règles, le message qui est transmis à travers ces pubs peut laisser assez dubitatif. Les deux pubs n’ont pas vraiment de message fort à part « t’as trop hâte d’avoir tes règles ? Achète un super pack pour ta première fois ! »

Oui, parce qu’en fait il s’agit avant tout de vendre leurs supers packs aux 11-13 ans…

Always, de son côté, nous a gratifiés d’une très très belle pub.

Oui, c’est vrai, il faut l’avouer. ça m’a émotionnée. Donc on leur donne une gommette parce que c’est du beau boulot.

Sauf qu’à la fin tu te dis quand même : « Et donc la cause de ce problème c’est les règles ? »... puis logiquement « et donc si j’achète vos tampons heu… ça ira mieux ? »

K.O. en faveur d’Always.

Mais Always n’a pas toujours été aussi glorieusement victorieuse.

  • On fait tourner les serviettes

Avouons-le, si tout le monde en parle, c’est parce qu’on revient de loin.

Très loin.

On revient de pubs où les hommes confondaient les tampons avec des bonbons (Oui, alors je suis sûre que toi aussi tu te souviens de cette pub, mais quand je l’ai cherchée, impossible de retrouver la vidéo !).

Soyons honnêtes, beaucoup d’hommes ne savent pas ce que sont les règles.

Un voile de mystère entoure les détails de ce moment du mois, un peu comme le nouveau voile douceur des serviettes Niania.

Ce mystère est entretenu par le fait qu’on ne les nomme SURTOUT pas : les ragnagna, les anglaises, les ours, les affaires, la période critique, les hum-hum ou les « voilà quoi »,  les parents de Montrouge (si toi aussi tu n’as jamais entendu quelqu’un dire ça tape dans tes mains) ou encore, le pudique verbe « être indisposée ». Tout est prétexte à ne pas nommer cette chose honteuse. Oui, oui personne ne se prive pour dire des mots aussi ragoutants que « Mollard », « Morve » ou « crotte de nez » ou même se moucher en public, ou même… saigner du nez ! Par contre avoir ses règles, donc être une femme et avoir des cycles menstruels et EN PARLER est indécent.

Bref, cachez ce sang que je ne saurais voir.

Et à quel point ! A côté les abeilles et les choux-fleurs pour euphémiser la conception, c’est du pipi de chat. Dans les pubs, point de rouge dans les tangas, mais un liquide bleu du type canard WC (comme ça, en plus, c’est pratique : quand c’est liquide et  bleu : on sait qu’on est face à une pub pour des trucs exclusivement réservés aux meufs).

D’ailleurs, comment ne pas rappeler ici l’histoire tragique de Richard Neill, dont la vie a été brisée quand il a appris qu’il vivait dans un monde de mensonges (c’est un petit peu le Truman Show de la menstruation). Pour ceux qui ne connaissent pas cette histoire tragique : En 2012, le jeune Richard a posté cet appel à l’aide sur la page Facebook de Bodyform, une marque de protection périodique :

« Hi , as a man I must ask why you have lied to us for all these years . As a child I watched your advertisements with interest as to how at this wonderful time of the month that the female gets to enjoy so many things ,I felt a little jealous. I mean bike riding , rollercoasters, dancing, parachuting, why couldn’t I get to enjoy this time of joy and ‘blue water’ and wings !! Dam my penis!! Then I got a girlfriend, was so happy and couldn’t wait for this joyous adventurous time of the month to happen …..you lied !! There was no joy , no extreme sports , no blue water spilling over wings and no rocking soundtrack oh no no no. Instead I had to fight against every male urge I had to resist screaming wooaaahhhhh bodddyyyyyyfooorrrmmm bodyformed for youuuuuuu as my lady changed from the loving , gentle, normal skin coloured lady to the little girl from the exorcist with added venom and extra 360 degree head spin. Thanks for setting me up for a fall bodyform , you crafty bugger. »

Après ce mini séisme dans le monde extra-fin de la serviette qui-respire-et-sent-bon-la-fleur-des-champs, les choses ont-elles vraiment évolué ?

  • Réecrire les règles

Rappelons qu’Always, si louée aujourd’hui, est quand même la marque qui a eu l’idée lumineuse de coller des serviettes sur la paume des mains.

 

 

Alors, t’as trouvé le concept révolutionnaire ?

Tu peux coller ta serviette : SUR TA MAIN ! Après, il te suffit de garder ta main dans ta culotte toute la journée, et le tour est joué ! Malin hein ?

Mais je pense qu’il ne fat pas s’arrêter là. On peut se coller des serviettes à tellement d’autres endroits :

D’ailleurs, même quand Always fait du féminisme, elle a quand même du mal à laisser tomber un concept aussi génial :

Donc bon, même s’il y a du chemin de parcouru, la ficelle du tampon est encore longue.

Et puis honnêtement, comparer les qualités de ces femmes à celles d’une serviettes hygiénique, ce n’est pas non plus hyper valorisant au final…

  • Autant en emporte le tampon

Tout ça pour dire que, oui, c’est bien, certains publicitaires ont compris que le féminisme ça peut marcher aussi (et que c’est d’autant plus vendeur quand il s’agit de produit exclusivement réservés aux femmes).

Mais les règles durent 5 jours et il faut prendre son mal en patience. Donc I have a dream, the dream que chaque jour nous rapprochera plus d’une ovulation, qui donnera naissance à des pubs vraiment, honnêtement et drôlement en faveur de l’épanouissement des femmes.

Et puis pendant qu’on parle de nos amis de Montrouge, à quand une pub pour les coupes menstruelles ?

Leurs poils font des hommes des gonzesses

25 Mai

Leurs poils font des hommes des gonzesses.

Je dirais même plus : des problèmes pilleux, qui ne concernent pas les femmes, font des hommes des gonzesses.

 

Aujourd’hui, les hommes ne sont plus ce qu’ils étaient. (et d’ailleurs, il n’y a plus de saisons, plus de jeunesse et plus de papier toilette).

Où sont les hommes virils, pleins de poils, frappant leur torse musclé et luisant dans un appel puissant à la fornication ?

Aujourd’hui, les hommes portent des jupes pour aller au lycée, tandis que des femmes à barbe gagnent l’Eurovision.

Les Métrosexuels envahissent les transports en commun (quoi de plus logique pour des gens attirés sexuellement par les métros ?).

Où sont les hommes ?

Regardez-les qui s’auscultent la barbe, s’épilent les poils du dos et se débroussaillent le kiki (lire à ce sujet : enquête intégrale et boules à zéro (3) ). Regardez les vérifier dans un miroir, anxieux, l’état d’avancement de leur calvitie.

Oui, les hommes sont devenus des gonzesses.

 

Bon, trève d’apocalyptisme aïgu et de manif pour touffage : venons-en au fait.

 

La barbe, les poils dans le dos et la calvitie sont des problèmes presque essentiellement masculins. Et pourtant l’attention portée à ces questions vaut à leur propriétaire la qualification de « gonzesses ».

Intéressant phénomène.

Pourquoi ce paradoxe étrange ?

 

C’est bien simple, les femmes reçoivent en permanence des injonctions de la part des magazines à faire constamment attention à leur apparence.

Pas besoin de Big Brother*, Glamoule veille à ce que les femmes se surveillent elles-même. Les hommes, eux, pouvaient, jusqu’à il y a peu, batifoler gaiement dans la prairie de l’insouciance.

Mais petit à petit, Glaboule commence à faire son œuvre.

Dans un monde où l’apparence compte plus que tout le reste (et de plus en plus pour les garçons aussi), se regarder la graisse des coudes devient un passage obligé, et ce quel que soit l’organe qu’on a entre les jambes.

Les garçons commencent donc à se rendre malades dès qu’ils perdent un cheveu et comparent leur longueur de calvitie (ce qui change de l’habitude très masculine de comparer autre chose). Certains se désolent de leur « barbe à trous** » ou des poils qui parsèment leur dos (et qu’ils sont de plus en plus nombreux à faire épiler).

Nous avons déjà parlé dans « Chéri tu fais quoi ? – Je m’épile les sourcils » de la tendance à faire de plus en plus attention à eux des garçons (et au fait que c’était tout sauf un mouvement vers un monde merveilleux où chacun ferait ce qu’il lui plait pour être bien dans ses Tongs), donc nous ne nous appesantirons pas plus sur le sujet.

Mais revenons sur ce qualificatif de « gonzesse ».

Beaucoup d’hommes s’excusent du fait qu’ils parlent de sujets futiles en lâchant un petit : « Bon, on va arrêter les discussions de gonzesses ».

Quant aux femmes, elles ont tendance à regarder hilares le ou les mâles qui ont de telles préoccupations et s’exclamer en levant les yeux au ciel : « De vraies gonzesses».

Gonzesse, n.f : femme (péjoratif).

On postule donc ici que les femmes sont naturellement comme ça, en oubliant que c’est l’éducation et les médias qui jouent un rôle central dans le fait que les femmes se regardent sans cesse la cellulite, font des régimes aberrants à base de feuilles de carottes, se comparent constamment les unes aux autres (ou à des ciborgs issus de logiciels de retouche).

 

 

Il n’y a rien de naturel là dedans. Ce n’est pas l’essence d’une femme d’être coquette, ni de se faire des couettes, ni aimer faire la soubrette. On peut même dire que la seule essence d’une femme, c’est de ne pas avoir de quéquette.

 

si toi aussi ces sacs à main te font penser à autre chose, tu as l'esprit aussi tordu que moi !

si toi aussi ces sacs à main te font penser à autre chose, tu as l’esprit aussi tordu que moi !

 

Dire que c’est une attitude de « gonzesse », c’est aussi sous-entendre que cette attitude est dégradante, donc que les préoccupations des hommes sont plus importantes que celles des femmes.

Comme le dit la maxime : Les filles sont futiles, les hommes posent des tuiles***.

Alors, mesdames, je vous propose quelque chose. La prochaine fois que vous aurez une conversation sur un sujet futile, exclamez-vous : « Bon, on va arrêter d’avoir des conversations de gonzesse. »

Peut-être qu’en 2056, le dictionnaire ne définira plus « Gonzesse » par « Femme (péjoratif) » mais par « Futile ». (futé et utile non ?)

 

* Celui de 1984. Je précise, parce qu’il paraît qu’il y a une bouse télévisuelle qui utilise honteusement cette référence.

** ça ferait un bon nom de Barpababa non ?

*** Oui, cette maxime n’existe pas, comme d’habitude.

Adieu Monsieur le Professeur

7 Août

Quand un débat sur le féminisme a lieu entre amis. Oui, parce qu’entre amis, on ne « discute » jamais de féminisme, on « débat », on « s’engueule ». C’est le combat de Xéna la guerrière contre Conan le dominant.

 

conan-vs-xena

Ce soir, dans ton bar préféré !

Alors que la moitié de l’assistance est déjà en train de se regarder les coudes parce que « putain, à chaque fois c’est pareil, il faut qu’ils mettent ça (a.k.a les questions d’égalité de genre) sur le tapis », tombe la sentence, le moment où la faction féministe reçoit une attaque mortelle : « Nan, mais enlever le « mademoiselle » des formulaire administratifs c’était quand même pas nécessaire ».

Nous y voilà. Et BIM mademoiselle ! (eh fais pas la gueule, t’es plus jolie quand tu souris)

A ce point du débat, les féministes ont deux choix : soit abdiquer et commander un autre Saké, soit se lancer dans un combat à mort. Expliquer que ça n’a jamais gêné personne que mon petit cousin Alfred ait reçu du courrier où on l’appelait « Monsieur » depuis qu’il a 8 ans, mais que ça choque les gens que maintenant ma cousine Ingrid voie figurer « Madame » sur son bulletin.

Le débat dévie généralement sur les autres évolutions du langage réclamées par les féministes. Un argument imparable consiste à dire que la féminisation c’est moche et ça fait bizarre. Et puis d’ailleurs, doctoresse, ça rime avec fesse.

 

Or, le langage est un instrument très puissant, puisqu’il est à la base de notre représentation du monde. Il nous permet de donner un sens aux choses qui nous entourent. Changer la grammaire ou les mots élargit donc le champ des possibles. En construisant le mot « mairesse », qui est certes très moche, et rime aussi avec fesse, on a permis aux gens d’envisager plus facilement le fait qu’une femme soit maire.

Mais ce débat n’est que broutille et pacotille à côté de celui qui sévit chez nos voisins les Allemands.

Chez eux, le débat c’est un peu Chuck Norris contre Wonderwoman.

 

Oui, ça n'illustre pas du tout mon propos mais j'ai trouvé ça drôle (source : jezebel.com)

Oui, ça n’illustre pas du tout mon propos mais j’ai trouvé ça drôle (source : jezebel.com)

 

Depuis longtemps déjà au pays de la Kartoffelnsalat, lorsqu’on fait une phrase où le sexe des destinataires est indéfini, on le précise. Par exemple, au lieu d’écrire : « Il est demandé à tous les étudiants de garder leur slip en cours », un allemand écrira : « Il est demandé à tous/tes les étudiant/es de garder leur slip en cours ». De même, les allemands ont crée une forme neutre pour les pluriels lorsque des femmes et des hommes sont impliqués.

L’université de Leipzig a même décidé d’aller plus loin. Etant donné que la majorité des enseignants sont des femmes dans un grand nombre de matières, la forme féminine sera désormais utilisée. Ainsi, on n’écrira plus : « Vous aurez cette année des professeurs qui auront mauvaise haleine » mais « Vous aurez cette année des professeures qui auront mauvaise haleine ». Les instigateurs de la réforme considèrent, en effet, que le masculin est compris dans le féminin, puisqu’on rajoute seulement une lettre à la forme masculine*.

Alors, bien sûr les hommes ne sont pas contents. Vous vous rendez compte ! On va partir du principe qu’ils sont des femmes, pour ensuite éventuellement préciser qu’ils sont des hommes. Cela voudrait dire que la femme est le représentant de référence de l’espèce et que l’homme n’en est que sa forme seconde. L’homme perdrait sa médaille d’or et deviendrait le deuxième sexe.

Mais… Ce ne serait pas par hasard ce que vivent les femmes depuis l’apparition de l’HOMME sur terre ?

Promis, on fait ça pendant 2000 ans, et après on échange.

 

* Pour les germanistes : au lieu de dire « Professor » on dira « Professorin ».

Publicitaires et damnation

17 Juil

Après 1437,5 articles sur le sujet, des féministes enragées face à ces publicitaires qui pensent que mettre une femme nue sur une pub pour un mixeur est LA solution pour faire baver d’envie la ménagère de plus de 32 ans et 6 mois, PCfritz a sorti cette pub en Allemagne…

pub microsoft

Pour les gens qui se demandent ce que « jetzt zugreifen »veut dire : ça veut dire « sauter sur l’occasion ! ».

Admirez le subtil fil blanc qui entoure la jeune fille et le pack Windows… Donc en gros, voilà le deal : vous achetez le pack et vous recevez Linda gratuitement !

Bon, en fait, même le pack vous ne l’aurez pas physiquement parce que ce sera un téléchargement, c’est virtuel. Linda aussi vous l’aurez aussi virtuellement… C’est un peu l’inverse d’un « Blind date », tu ne peux rien faire sauf regarder.

Mais avant de vous sentir floués les garçons (ou les filles), sachez que Linda a 12 ans et que vous risqueriez quelques problèmes avec la justice. Ensuite, au risque de vous décevoir, je dois vous l’avouer, il n’y aura pas de Linda quand vous aurez téléchargé votre petit pack… Juste une série de logiciels de bureautique tous plus foufous les uns que les autres…

A la limite on peut faire ça sur Word :    (°)(°) <===3       uuuuuh !

ça sur Power point :

ppt

et un tableau Excel sur le nombre de porno que vous avez regardé cette année incrémenté jusqu’à vos 60 ans…

Bref, je vous pose la question à 1450 lei* : quel est le rapport entre cette jeune fille et le Pac Office ??????????????????????!!!!!!

Réponse A : La reine d’Angleterre

Réponse B: Non

Réponse C : un chien

Comme Joker, vous avez le droit d’appeler le site pcfritz.de pour leur demander pourquoi ils ont mis leur logo avec une tête de Geek sur la culotte de Linda.

* le leu est la monnaie de la Roumanie, qui au pluriel se dit lei. C’était l’info du jour, par les P.P.

La génération Y : Travail, Famille, Parité ?

12 Juil

Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers l’Allemagne et sa sacro-sainte compétitivité. Qu’ils soient considérés comme des méchantes fourmis pas prêteuses ou un système qui marche au détriment des plus pauvres (qui passent leur vie à enchainer les « mini-jobs »), notre voisin nous inspire à la fois un certaine admiration, une pointe de jalousie et pour certains le désir de préserver notre système social chéri.

Mais tout ça relève avant tout de l’économique et je ne me lancerais pas aujourd’hui dans ce débat.

Qu’en est-il du féminisme dans le pays à la chancelière de fer ?

En matière de féminisme, l’Allemagne est à la fois très en avance et très en retard.

Les crèches sont très peu nombreuses, les femmes qui travaillent alors qu’elle ont des enfants sont mal vues, les hommes restent très machos et le « Kinder, Küche, Kirche » (enfants, cuisine, église) semble avoir encore des beaux jours devant lui. Par exemple, hier, une collègue (ici à Berlin) partait à regrets en congé maternité, pour son deuxième enfant, et son mari lui a dit : « Ah cool ça veut dire qu’on va avoir des bons repas à la maison pendant quelques mois ! ». Erf !

A plus gros problème, réaction plus affirmée ?

Beaucoup d’Allemandes sont très féministes, et l’assument beaucoup plus que les françaises. Elles refusent d’être considérées comme des objets de séduction et foutent un peu les chocottes à leurs homologues masculins qui n’osent plus les draguer en boite.

Les « Gender Studies » (études sur le genre) sont également beaucoup plus développées qu’en France. Cela a des conséquences directes sur la société puisqu’il y a donc beaucoup plus de réflexions théoriques sur le sujet de la parité, de l’éducation des enfants (à la maison, mais aussi à l’école), de la place de femmes dans la société.

Ainsi, le WZB (Wissenschaftszentrum Berlin für Sozialforschung) publie, entre autre, un certain nombre de réflexions sur le temps de travail et la parité.

Sa présidente, Jutta Allmendinger est une femme  admirable qui mérite qu’on en parle.

Jutta Allmendinger - copie

Pendant 7 ans, elle a fait une enquête et a interrogé des milliers d’hommes et de femmes entre 19 et 29 ans.

Pour les gens bilingues (si, si ça existe), vous pouvez l’écouter là :

Elle est partie du constat d’une augmentation du temps de travail des femmes qui n’a pas changé le volume général d’heures travaillées dans la société allemande. En fait, ce sont les femmes qui se sont partagé le temps de travail. Plus de femmes travaillent mais elles travaillent beaucoup plus à mi-temps. Elle explique qu’on parle beaucoup de l’égalité des salaires, mais qu’il ne faut pas perdre de vue que si on parle seulement en salaire horaire, les femmes sont quand même perdantes. Et cela, comme nous l’avons expliqué plus haut, parce qu’elle sont beaucoup plus nombreuses à mi-temps.

Pour elle, le revenu ne doit pas être considéré à un moment T, il faudrait aussi considérer un revenu à l’échelle de la vie active. Ainsi, il serait souhaitable que le temps de travail et le revenu entre les hommes et les femmes s’équilibre.

Malheureusement, les femmes en Allemagne restent beaucoup plus focalisées sur le marché matrimonial que sur le marché du travail. Profiter de la retraite conséquente de son mari est, en effet, une garantie bien plus importante de jouir d’une vieillesse confortable qu’occuper un emploi.

Jutta Allmendinger a focalisé son enquête sur les jeunes. Cette génération « Y » dont on nous rebat les oreilles dans les médias.

Les jeunes d’aujourd’hui semblent vouloir à la fois un travail et une famille, de l’argent et du temps, donner mais aussi recevoir, mais avant tout ils veulent de la stabilité. La sécurité de l’emploi était un facteur central pour tous les gens qu’elle a interrogés.

Sécurité, argent, temps libre. Présence d’un espace nécessaire pour vivre sa vie aussi en dehors du travail. Telles sont les priorités des jeunes d’aujourd’hui.

Elle a posé à ces jeunes adultes des questions sur la façon dont ils se représentent leur travail, leur vie, l’argent, le temps, l’amour, le sexe, leur hygiène corporelle…

Quand elle a demandé aux femmes ce que les femmes voulaient et aux hommes ce que les hommes voulaient, les deux lignes de résultats se confondent. Mais quand on demande aux hommes ce que les femmes veulent et inversement, alors les lignes s’écartent fortement l’une de l’autre. Ce phénomène est appelé « stéréotypisation des genres ».

Les hommes ne seraient intéressés que par leur carrière, ne voudraient pas s’occuper des enfants, le sexe serait très important pour eux, ils seraient moins fidèles.

Les femmes seraient préoccupées avant tout par le fait d’être mince et belles, attacheraient beaucoup d’importance au fait d’avoir des enfants… et ainsi de suite dans le thème « Les hommes vendent des Mars et le femmes n’ont pas d’anus ».

Pourtant, en 7 ans, il y a eu une augmentation de 40% du nombre de femme ayant affirmé vouloir faire carrière, soit un passage de  50% à 90%. Donc : les femmes veulent vendre des Mars elles aussi semble-t-il.

Le problème des enquêtes est que les gens essaient de se présenter sous un jour qui leur est favorable. Ils répondent souvent ce qu’ils pensent être la réponse attendue plutôt que la réponse qui correspond le mieux à leur réalité. L’amie Jutta a donc utilisé un subterfuge. Elle leur a demandé de dire ce qui était important pour eux puis ce qu’ils pensaient être important pour les autres. Souvent, les gens répondraient à cette deuxième question par ce qui est en réalité important pour eux. Surtout quand ce n’est pas politiquement correct…

Par exemple :

Elle a posé la question : est-ce qu’avoir une famille avec des enfants est important pour vous ? 80%, sans différence entre les femmes et les hommes, ont répondu que c’était important pour eux. Mais quand on leur demande ce que veulent les autres femmes, les femmes répondent que c’est important pour seulement 50% des autres femmes et les hommes répondent que c’est important pour 30% des autres hommes.

Elle a posé ensuite une question sur l’épargne. 70 à 80% des gens interrogés ont répondu que c’était important pour eux. Ils pensaient cependant que c’était important pour seulement 30% des autres individus.

Quand à la fidélité, la plupart se considèrent comme fidèles (90%). Les autres ne le seraient qu’à 20 ou 30%.

Notre génération renvoie l’image de gens infidèles, dépensiers et égocentriques, mais nous nous considérons nous-mêmes comme fidèles, économes et altruistes.

Bon alors tout ça ça nous fait une belle jambe de bois … (Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas parlé d’unijambistes !).

On veut le beurre, l’argent du beurre, la crémière (ou le crémier), avoir des enfants ensemble, gérer la ferme et on pense que tous les autres clients sont des gros nazes.

Comment sauver le soldat Ryan ?

Jutta propose une thèse novatrice. Son idée est qu’il faut permettre aux hommes et aux femmes de poursuivre leurs objectifs de carrière ET de temps libre. Il faudrait donc penser l’aménagement du temps de travail différemment.

Les femmes ne devraient pas arrêter de travailler quand elles ont un enfant mais partager le temps de garde des enfants avec le père. Les femmes arrêteraient donc de travailler un peu après la venue du bébé (histoire de se remettre un peu de leurs émotions et de l’état Fukushimesque de leur corps) et ensuite reprendraient le travail progressivement jusqu’à 32 heures.

Comment ça 32 heures ?

Ah oui parce que Jutta considère que le temps plein pour tout le monde devrait être à 32h (de quoi faire pâlir de jalousie Martine et ses 35h).

Le temps libre permettrait de se consacrer à la formation continue, à élever ses enfants, à s’occuper de ses parents, à prendre du temps pour soi, à faire des promenades à dos de zèbre en Auvergne… Bref la vie quoi !

Le temps de travail serait alors plus flexible. Plutôt que maman à mi-temps et papa qui rentre à 21h (une fois que les enfants sont couchés), on aurait papa qui peut prendre son mercredi après-midi pour emmener Josiane au Tennis, pendant que maman a une réunion d’équipe. En plus, ça marche aussi pour deux papas ou deux mamans… C’est fou, nan ?

Pour les couples n’ayant pas d’enfant, ou les gens n’étant pas en couple, ça permettrait aussi de plus voir ses amis, d’aller discuter avec mémé à la maison de retraite ou d’aller (enfin) à la piscine.

Les gens gagneraient-ils alors moins ?

Dans un couple en tous cas, non ! Et pour les gens seuls, il pourrait y avoir des aménagements…

Si un tel système était mis en place, les femmes feraient moins de temps partiels et le revenu du couple s’équilibrerait. D’autant plus que la célébrissime question posée aux femmes aux entretiens d’embauche : « Comptez-vous avoir des enfants dans les 150 prochaines années ? » perdrait tout son intérêt.

De plus, et c’était déjà l’idée des 35 heures, mais il semble qu’on ait tout fait pour les rendre ineffectives, cela permettrait d’embaucher des chômeurs. Or, on sait que beaucoup de jeunes gens qualifiés sont au chômage. Moins de chômage signifierait moins d’allocations, donc (si on sort d’une logique de compétitivité absolue qui veut que la concurrence et les marchés financiers priment sur l’humain) la possibilité d’augmenter les salaires. D’autant plus que des gens épanouis sont plus productifs.

Alors, elle serait pas belle la vie ?

On dit quoi ? Danke Schön Jutta !