Date de péremption de la parité

4 Avr

Vous connaissez cette petite date imprimée dans un endroit parfois introuvable sur les boites de conserves et autres paquet de chocapics ? Et bien la parité aussi a sa date de consommation limite, et espérons que ce sera très bientôt.

 

  •  La parité, quelle idée ?!

Le concept de parité part d’un constat simple : il y a 50% de femmes dans la société et pourtant, moins de 10% sont représentées dans les sphères dirigeantes (Etat, Grandes Entreprises, Concours internationaux de pétanque…). Comme ces lieux de pouvoirs sont ceux où les règles du jeu sont fixées, l’idée est donc de donner aux femmes un petit coup de pouce, pour les aider à passer à travers le plafond de verre et atteindre ces postes de direction. La théorie est qu’une fois arrivées en haut de l’Olympe, elles pourraient mettre en place des mesures plus favorables aux femmes et donner un nouveau souffle d’oestrogène à cet amas de testostérone.

Le problème c’est que, du coup, les mecs ne sont pas très contents qu’on colonise leur garçonnière puisque, mécaniquement, les femmes « prennent la place » de certains hommes. On retrouve ici la critique majeure faite à la discrimination positive, qui a d’ailleurs poussé la classe moyenne blanche américaine à fustiger cette notion. Parce que les gens voient midi à leur porte. Même s’ils avaient 80% de chance en plus d’avoir le poste, le fait de favoriser quelqu’un, avec un profil similaire et à qualification égale, qui n’avait que 20% de chances de l’obtenir aboutit au résultat simpliste suivant : il n’est pas pris. Et ça c’est injuste ! Notons au passage que considérer que l’on s’est fait « voler » un poste sous-entend qu’il nous revient de droit, donc que ceux qui sont favorisés par la discrimination positive sont moins légitimes pour postuler.

Dans une société qui met de plus en plus en avant la méritocratie et encourage la compétition de chacun contre chacun, tout régime de faveur fait figure de « triche ».

 

  •   Genre, c’est aussi simple que ça ?!

Le problème principal de la parité, c’est que de telles politiques doivent s’accompagner d’une sensibilisation aux stéréotypes de genre largement en amont (AAAaaaarg aaaahh non pitié la théorie du genre ! aaah mon dieu aaaaah. SCHKLANG ! – excusez-moi, un fanatique de la Manif Pour Tous venait de faire irruption dans mon bureau mais je l’ai assommé avec « Le dictionnaire Genre et Science politique »).

Bref, en schématisant grossièrement, on* pousse les garçons à gagner leur match de foot et on* pousse les petites filles à être sages, et à plutôt faire preuve d’esprit d’équipe, de douceur, de candeur, de Leerdammer. Moi-même, qui suis féministe, qui parle fort quand je raconte une histoire, qui suis sensibilisée à ces questions, j’ai été bien élevée et j’attends que les gens aient fini de parler pour émettre mon point de vue, je n’ai pas particulièrement d’attrait pour la compétition et le pouvoir m’intéresse peu. Bref, je ne suis pas prête d’être PDG du CACA 40.

En réservant des places aux femmes, on* pousse donc des femmes que de plus hautes fonctions ou un investissement en politique pourrait intéresser, mais qui s’autocensurent. Pourquoi ? Parce que les structures sociales les poussent à penser qu’elles ne sont pas à la hauteur. On* les rabaisse constamment, qu’on* les renvoie continuellement à leur statut de femmes et que, du fait même des mesures de parité, on* les soupçonne d’incompétence.

* tous ces petits « on », qui renvoient au fameux : « « on », est un con. » Mais parfois « on », c’est toi ou moi, ne l’oublie jamais.

 

  • Machos Machos maires

L’exemple des Municipales est frappant. Les pauvres petits Machos-maires sont éplorés de devoir se séparer d’adjoints compétents et virils pour donner la place à des gonzesses.

 

* C’est la minute chantons ensemble *

Toi aussi remplace « Men » par « Maire » et entonne la chanson des municipales !

 

 

*c’est la fin de la minute chantons ensemble (mais tu peux garder ta tenue de policier si tu veux)*

 

Le problème majeur, c’est que la question de la parité ne se pose pas qu’en politique.

Prenons l’exemple… mhhh totalement au HASARD !… du théâtre d’improvisation. C’est une forme de théâtre où il faut être réactif, faire des blagues, ne pas hésiter à foncer dans le tas. Il y a des filles qui sont excellentes dans cette discipline, mais aussi beaucoup de garçons. Beaucoup beaucoup de garçons. Or, les filles sont souvent plus réservées et hésitent à se lâcher. Ainsi, quand il faut recruter des gens pour passer semi-pro, les filles sont peu nombreuses à postuler.

Face à ce constat, une association d’impro Strasbourgeoise a décidé de mettre en place un programme « 15 filles en 2015 », afin de générer un peu plus de parité. Si l’idée a été très bien acceptée sur le papier, elle est difficile à mettre en pratique.

En effet, la parité suppose que des femmes soient choisies préférentiellement aux hommes à qualités égales. Or que faire si les femmes qui se proposent sont moins bonnes ? Est-ce qu’on les prend quand même avec l’idée qu’elles vont prendre confiance en elle et s’améliorer ? Est-ce qu’on leur préfère un garçon ?

Alors quelle solution pourrait être envisagée?

 

  •  Représente les meufs de ton quartier !

Sans doute la solution serait-elle de remplacer la parité par la représentativité.

L’idée serait alors que les femmes et les hommes soient représentés proportionnellement à leur nombre dans la structure (dans l’association, dans les sphères dirigeantes de l’entreprise et du pays).

C’est ce qui a été fait à la faculté de Chimie de Cronenburg, où tous les jury se doivent de posséder des femmes proportionnellement à leur présence dans le corps enseignant. Du coup, il n’y a souvent qu’une femme dans le jury (mais avant il n’y en avait aucune donc c’est déjà bien). De même, dans des secteurs très féminisés, les hommes devraient être représentés proportionnellement à leur nombre. Ça marche dans les deux sens…

Alors pourquoi je dis « c’est déjà bien ». Pas parce que je me contente de peu, mais parce que c’est une question d’équité. Lorsque nous avons monté un collectif féministe dans notre école et qu’il a été question d’en faire une association, certains ont milité pour qu’il y ait la parité dans le bureau. Ça aurait signifié que si 4 postes, 2 garçons sur les 4 présents pour 20 filles y auraient été. Et ce n’est pas juste. Et ce serait tout aussi injuste dans une associations avec plein de mecs et peu de filles.

L’égalitarisme bête et méchant mène à des contradictions qui peuvent générer des ressentiments. Alors que la représentativité est plus logique.

Et, en ce qui concerne la politique nationale, vu qu’il y a 50% de femmes dans la population, il faudra 50% de femmes dans les listes. C’est fou nan ?

Bon, alors dit comme ça, ça fait un peu tour de passe-passe à la pifpoufyouptralala, mais en fait ça change complètement le schéma de pensée.

L’idée n’est alors plus de mettre en place un « régime de faveur » pour une catégorie de population mais de rétablir une certaine justice.

En politique par exemple, si 48% des conseillers régionaux sont des femmes, alors au moins un peu moins de la moitié des régions (soit 14 environ) devraient avoir une femme à la présidence (contre trois en tout actuellement).

Alors pourquoi personne ne parle de la représentativité ?

Parce que le sexe n’est pas la seule caractéristique discriminante dans le monde du travail. Il y a aussi la couleur, l’origine sociale, l’orientation sexuelle etc.

Donc cela augmenterait le communautarisme et les distinctions entre les hommes et les femmes, les gays, les unijambistes, et les hétéros etc.

Mais ne serait-ce pas un mal nécessaire pour briser les stéréotypes avant de pouvoir, enfin, s’en passer ?

Et puis, si on est le groupe le plus nombreux, on gardera la majorité des places donc on n’a pas tant à craindre que ça, non ? Pour les minorités, cela permet d’être entendu et de faire valoir son point de vue.

 

  • Et si les gens arrêtaient d’être sectaires ?

Hala Choukrallah est une femme politique égyptienne qui a été élue à la tête d’une formation politique de gauche. Elle a expliqué à un journal égyptien (relayé par le Courrier International de mars 2014) que le fait qu’elle soit une femme et copte n’avait jamais été évoqué au cours de la campagne, mais a été mis en exergue par les médias. Elle reconnaît que c’est positif d’être la première femme et le première copte, mais elle aimerait qu’on cesse de la renvoyer systématiquement à ça. Elle ajoute : « Peu importe que vous soyez copte, musulman, femme ou homme, du moment que vous croyez dans les droits des gens et que vous avez un vrai projet pour l’ensemble de la société. »

Et vous voyez, C’est sans doute cela l’avenir : Mettre à la tête de notre pays, de nos entreprises, des femmes et de hommes avant tout humanistes, qui vont au delà des intérêts d’un groupe (les actionnaires ou les groupes d’intérêt par exemple) pour favoriser une gestion qui profite à l’ensemble de la société. Dès lors, les questions de parité et de représentativité n’auront peut-être plus lieu d’être…

 

sans colorant ni conservateur...

sans colorant ni conservateur…

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Une Réponse to “Date de péremption de la parité”

  1. Hermine 11 avril 2014 à 20:07 #

    Merci merci merci de cet article qui résume tout ce que j’ai pu penser à propos de cette sacro-sainte parité. Le jour où, pour un travail, on considérera un être humain en fonction de son aptitude à faire quelque chose et non pas en fonction de sa couleur, de son genre, de son âge, on aura bien avancé…

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