La Culture War à la française

28 Jan

Si je vous dis que le monde a été crée en 7 jours par un designer intelligent et que les falaises ne sont pas le fruit de l’érosion mais du déluge, que me répondez-vous ?

Qu’il ne manquerait plus que j’ajoute que la terre est plate et que le soleil tourne autour peut-être.

Ou peut-être connaissez-vous déjà les créationnistes.

Jésus et son tyrannosaure de compagnie

Jésus et son tyrannosaure de compagnie

Ces petits canaillous ont engagé, depuis plus de 10 ans, une croisade aux Etats-Unis pour s’opposer à la théorie de l’évolution. Oui, car pour eux l’évolution est une théorie, pas un fait.

Les créationnistes sont donc très préoccupés de ce que les professeurs de Sciences de la vie et de la terre enseignent à leurs enfants. Ils se battent donc pour que soit précisé sur les livres ou dans les cours que l’évolution n’est qu’une théorie, ou bien pour que les deux théories soient enseignées.

Un article du monde, datant de 2005, rapporte les propos d’un sénateur du Missipi affirmant que de nombreux citoyens américains « sont convaincus que l’endoctrinement exclusif de leurs enfants dans le concept de l’évolution est un acte d’hostilité à l’égard de leur foi ».

L’article rappelle également la lutte des hypothèses darwiniennes pour s’imposer :

« Créationnisme contre évolution : la querelle est ancienne. Le procès de John Scopes, en 1925, figure dans tous les manuels d’histoire. Le professeur de biologie fut poursuivi ¬ et condamné à une amende de 100 dollars ¬ pour avoir enseigné les théories de Darwin. Il a fallu attendre 1987 pour que la justice interdise définitivement l’enseignement du créationnisme, au nom de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Depuis, les fondamentalistes se présentent comme les victimes d’une pensée dominante. Ils ne réclament pas que l’on enseigne le créationnisme dans les écoles, mais que l’on mette fin à la « censure »  et que l’on admette que l’évolution puisse être contestée, ce qui, pour l’immense majorité des scientifiques, relève de l’hérésie. »

Mais une phrase de cet article est particulièrement intéressante :

« Après l’avortement et le mariage gay, l’évolution est en train de devenir le nouveau champ de bataille de l’une de ces Culture Wars qu’affectionnent les Américains »

Résumons donc les ingrédients. Nous avons :

– des faits

– des théories

– des enseignements à l’école

– des opposants au mariage gay et à l’avortement.

Si on y ajoute une pincée de Filippetti et qu’on fait monter les blancs en neige, ça donne les débats actuels en France sur la soi-disant « théorie du genre ».

Tout comme les créationnistes insistent pour qualifier l’Evolution de théorie, les opposants aux Gender Studies, ont crée le terme de « théorie du genre ». On retrouve donc ce même terme de « théorie » qui vise à décrédibiliser ceux qui l’enseignent et les désigner comme idéologiquement orientés.

Or, l’évolution, comme le genre, sont le résultat d’observations respectivement scientifiques et sociales.

Lorsqu’il est question du «genre » à l’école, l’idée n’est pas de pousser les enfants à devenir des être neutres, comme la propagande « anti-gender » cherche à nous faire croire. Nous avions commencé l’analyse des affiches de la manif pour tous dans l’article, touche pas à ma connerie, le retour, mais l’étude mérite d’être poussée encore :

oui, moi aussi j'aurais peur que mon prof soit un escargot géant. Bienheureusement, le droit des animaux à enseigner n'est pas encore en projet...

oui, moi aussi j’aurais peur que mon prof soit un escargot géant. Bienheureusement, le droit des animaux à enseigner n’est pas encore en projet…

manif pour tous affiche 2

Cette dernière affiche véhicule une image fausse de ce qu’est le genre, tel qu’il serait enseigné à l’école.

Non, il n’est pas question d’inciter les garçons à porter des soutien-gorges et les filles à se laisser pousser la moustache. Parce que, biologiquement, les hommes n’ont pas de seins (sauf s’ils sont gros) et les filles pas de barbe (sauf les femmes à barbe).

Notons ici que la question des transsexuels et autres ne vient que bien après comme suite des réflexions sur le genre et non comme base à celles-ci.

L’idée du « genre » est, pour simplifier, la suivante :

Nous avons un sexe biologique, qui nous donne un phénotype (autrement dit un caractère observable : morphologie, organes, molécules…).

Mais nous avons aussi un genre, c’est à dire toutes les choses qu’on ajoute sur soi quand on n’est pas tout nu (une robe, un slip kangourou…), des goûts (aimer le rose, jouer à cache-cache…), des attitude (être doux, courageux, langoureux…). En gros, c’est ce que les gens appellent communément notre personnalité. La question n’est en fait pas réellement de savoir si ce genre a une part d’inné ou est entièrement acquis. Le problème, c’est que des gens souffrent de ces catégorisations qui font qu’être fille ou garçon renvoie à correspondre à un type d’habillement, de goûts et d’attitudes.

Même les opposants à la « théorie du genre » ne peuvent nier l’existence de ce qu’on appelle les « garçons manqués ». Or, qu’est-ce qu’un « garçon manqué » si ce n’est une fille qui a des goûts et attitudes que l’on range dans la catégorie « garçons » ?

L’idée d’introduire la soi-disant « théorie du genre » à l’école est donc d’expliquer aux enfants cette distinction. De leur permettre de comprendre que ce n’est pas eux qui ont un problème s’ils ne rentrent pas dans la case mais la société qui a un problème parce qu’elle veut à tout prix qu’ils y rentrent.

Le réel débat, est sur la société justement. Certains sont bien installée dans leur petite case et ne veulent pas voir les choses évoluer. Leur combat se situe donc dans un cadre plus large. Une opposition plus fondamentale entre les tenants des valeurs réactionnaires et conservatrices et les tenants des valeurs progressistes et libérales.

Les débats et manifestations contre la « théorie du genre » ont lieu dans la lignée des mobilisations sur le mariage pour tous, et plus récemment des manifestations de soutien à la restriction de l’avortement en Espagne  et constituent bien une « Culture War » à l’américaine.

Une Culture War (Guerre culturelle), c’est la lutte entre deux groupes de valeurs culturelles opposées. C’est-à-dire un « combat pour un idéal de société ».

Ce terme est né de l’allemand Kulturkampf et renvoie à l’opposition, dans l’Allemagne de Bismarck à la fin du XIXème siècle, entre l’Empire Allemand et l’Eglise Catholique romaine. L’empire voulait, par exemple, mettre en place le mariage civil. L’enjeu était alors le primat de l’Église et de la religion sur l’État et la science.

L’expression a été introduite aux Etats-Unis par James Davison Hunter, sociologue à l’université de Virginie, en 1991, dans son livre « Culture Wars: The Struggle to Define America » (Guerre culturelle : la lutte pour définir l’Amérique).

Il y  expose l’existence d’un nombre croissant de problématiques brûlantes : avortement, armes, séparation de l’Eglise et de l’Etat, vie privée, drogues, homosexualité, censure…

Ces sujets clivants sont à l’origine de mobilisations qui trouvent leur origine dans une vision de la société et des valeurs fondamentalement différentes.

C’est pourquoi les mêmes débats reviennent périodiquement sur la famille (divorce, mariage gay), l’éducation (contenu des enseignements), la vie (peine de mort, euthanasie, IVG) ou encore la vie politique (droit de vote des étrangers, immigration). Deux systèmes s’affrontent et tentent de gagner une guerre des valeurs qui semble infinie.

Pour conclure, nous laisserons la parole à Einstein :

« Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. Mais pour l’univers je ne suis pas complètement sûr »

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4 Réponses to “La Culture War à la française”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Touche pas à ma connerie, le retour | - 28 janvier 2014

    […] Pour aller plus loin et pour encore plus de sidération face aux affiches de la manif pour tous, vous pouvez lire sur ce blog l’article "La Culture War à la française". […]

  2. Manif Fourre-tout, vous n’êtes qu’un ongle incarné dans le corps de la société | - 3 février 2014

    […] la population (je ne vois plus trop contre laquelle vous vous battez là du coup..). Vous êtes une masse de moutons suivant despréceptes rétrogrades en bêlant docilement sans aucune prise de recul, juste parce qu’on vous a dit de le faire, en […]

  3. Big Bad Buzz | - 6 mars 2014

    […] n’allons pas revenir encore une fois sur la question de la théorie du genre, mais on va en profiter pour préciser ici que le sexisme va dans les deux sens. La nouvelle […]

  4. Qui veut la peau des féministes ? #1 – Les femmes | - 6 août 2014

    […] imposer à la majorité leurs délires de patriarcat, de mouvement de libération des poils, de genre et de harcèlement de […]

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