La génération Y : Travail, Famille, Parité ?

12 Juil

Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers l’Allemagne et sa sacro-sainte compétitivité. Qu’ils soient considérés comme des méchantes fourmis pas prêteuses ou un système qui marche au détriment des plus pauvres (qui passent leur vie à enchainer les « mini-jobs »), notre voisin nous inspire à la fois un certaine admiration, une pointe de jalousie et pour certains le désir de préserver notre système social chéri.

Mais tout ça relève avant tout de l’économique et je ne me lancerais pas aujourd’hui dans ce débat.

Qu’en est-il du féminisme dans le pays à la chancelière de fer ?

En matière de féminisme, l’Allemagne est à la fois très en avance et très en retard.

Les crèches sont très peu nombreuses, les femmes qui travaillent alors qu’elle ont des enfants sont mal vues, les hommes restent très machos et le « Kinder, Küche, Kirche » (enfants, cuisine, église) semble avoir encore des beaux jours devant lui. Par exemple, hier, une collègue (ici à Berlin) partait à regrets en congé maternité, pour son deuxième enfant, et son mari lui a dit : « Ah cool ça veut dire qu’on va avoir des bons repas à la maison pendant quelques mois ! ». Erf !

A plus gros problème, réaction plus affirmée ?

Beaucoup d’Allemandes sont très féministes, et l’assument beaucoup plus que les françaises. Elles refusent d’être considérées comme des objets de séduction et foutent un peu les chocottes à leurs homologues masculins qui n’osent plus les draguer en boite.

Les « Gender Studies » (études sur le genre) sont également beaucoup plus développées qu’en France. Cela a des conséquences directes sur la société puisqu’il y a donc beaucoup plus de réflexions théoriques sur le sujet de la parité, de l’éducation des enfants (à la maison, mais aussi à l’école), de la place de femmes dans la société.

Ainsi, le WZB (Wissenschaftszentrum Berlin für Sozialforschung) publie, entre autre, un certain nombre de réflexions sur le temps de travail et la parité.

Sa présidente, Jutta Allmendinger est une femme  admirable qui mérite qu’on en parle.

Jutta Allmendinger - copie

Pendant 7 ans, elle a fait une enquête et a interrogé des milliers d’hommes et de femmes entre 19 et 29 ans.

Pour les gens bilingues (si, si ça existe), vous pouvez l’écouter là :

Elle est partie du constat d’une augmentation du temps de travail des femmes qui n’a pas changé le volume général d’heures travaillées dans la société allemande. En fait, ce sont les femmes qui se sont partagé le temps de travail. Plus de femmes travaillent mais elles travaillent beaucoup plus à mi-temps. Elle explique qu’on parle beaucoup de l’égalité des salaires, mais qu’il ne faut pas perdre de vue que si on parle seulement en salaire horaire, les femmes sont quand même perdantes. Et cela, comme nous l’avons expliqué plus haut, parce qu’elle sont beaucoup plus nombreuses à mi-temps.

Pour elle, le revenu ne doit pas être considéré à un moment T, il faudrait aussi considérer un revenu à l’échelle de la vie active. Ainsi, il serait souhaitable que le temps de travail et le revenu entre les hommes et les femmes s’équilibre.

Malheureusement, les femmes en Allemagne restent beaucoup plus focalisées sur le marché matrimonial que sur le marché du travail. Profiter de la retraite conséquente de son mari est, en effet, une garantie bien plus importante de jouir d’une vieillesse confortable qu’occuper un emploi.

Jutta Allmendinger a focalisé son enquête sur les jeunes. Cette génération « Y » dont on nous rebat les oreilles dans les médias.

Les jeunes d’aujourd’hui semblent vouloir à la fois un travail et une famille, de l’argent et du temps, donner mais aussi recevoir, mais avant tout ils veulent de la stabilité. La sécurité de l’emploi était un facteur central pour tous les gens qu’elle a interrogés.

Sécurité, argent, temps libre. Présence d’un espace nécessaire pour vivre sa vie aussi en dehors du travail. Telles sont les priorités des jeunes d’aujourd’hui.

Elle a posé à ces jeunes adultes des questions sur la façon dont ils se représentent leur travail, leur vie, l’argent, le temps, l’amour, le sexe, leur hygiène corporelle…

Quand elle a demandé aux femmes ce que les femmes voulaient et aux hommes ce que les hommes voulaient, les deux lignes de résultats se confondent. Mais quand on demande aux hommes ce que les femmes veulent et inversement, alors les lignes s’écartent fortement l’une de l’autre. Ce phénomène est appelé « stéréotypisation des genres ».

Les hommes ne seraient intéressés que par leur carrière, ne voudraient pas s’occuper des enfants, le sexe serait très important pour eux, ils seraient moins fidèles.

Les femmes seraient préoccupées avant tout par le fait d’être mince et belles, attacheraient beaucoup d’importance au fait d’avoir des enfants… et ainsi de suite dans le thème « Les hommes vendent des Mars et le femmes n’ont pas d’anus ».

Pourtant, en 7 ans, il y a eu une augmentation de 40% du nombre de femme ayant affirmé vouloir faire carrière, soit un passage de  50% à 90%. Donc : les femmes veulent vendre des Mars elles aussi semble-t-il.

Le problème des enquêtes est que les gens essaient de se présenter sous un jour qui leur est favorable. Ils répondent souvent ce qu’ils pensent être la réponse attendue plutôt que la réponse qui correspond le mieux à leur réalité. L’amie Jutta a donc utilisé un subterfuge. Elle leur a demandé de dire ce qui était important pour eux puis ce qu’ils pensaient être important pour les autres. Souvent, les gens répondraient à cette deuxième question par ce qui est en réalité important pour eux. Surtout quand ce n’est pas politiquement correct…

Par exemple :

Elle a posé la question : est-ce qu’avoir une famille avec des enfants est important pour vous ? 80%, sans différence entre les femmes et les hommes, ont répondu que c’était important pour eux. Mais quand on leur demande ce que veulent les autres femmes, les femmes répondent que c’est important pour seulement 50% des autres femmes et les hommes répondent que c’est important pour 30% des autres hommes.

Elle a posé ensuite une question sur l’épargne. 70 à 80% des gens interrogés ont répondu que c’était important pour eux. Ils pensaient cependant que c’était important pour seulement 30% des autres individus.

Quand à la fidélité, la plupart se considèrent comme fidèles (90%). Les autres ne le seraient qu’à 20 ou 30%.

Notre génération renvoie l’image de gens infidèles, dépensiers et égocentriques, mais nous nous considérons nous-mêmes comme fidèles, économes et altruistes.

Bon alors tout ça ça nous fait une belle jambe de bois … (Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas parlé d’unijambistes !).

On veut le beurre, l’argent du beurre, la crémière (ou le crémier), avoir des enfants ensemble, gérer la ferme et on pense que tous les autres clients sont des gros nazes.

Comment sauver le soldat Ryan ?

Jutta propose une thèse novatrice. Son idée est qu’il faut permettre aux hommes et aux femmes de poursuivre leurs objectifs de carrière ET de temps libre. Il faudrait donc penser l’aménagement du temps de travail différemment.

Les femmes ne devraient pas arrêter de travailler quand elles ont un enfant mais partager le temps de garde des enfants avec le père. Les femmes arrêteraient donc de travailler un peu après la venue du bébé (histoire de se remettre un peu de leurs émotions et de l’état Fukushimesque de leur corps) et ensuite reprendraient le travail progressivement jusqu’à 32 heures.

Comment ça 32 heures ?

Ah oui parce que Jutta considère que le temps plein pour tout le monde devrait être à 32h (de quoi faire pâlir de jalousie Martine et ses 35h).

Le temps libre permettrait de se consacrer à la formation continue, à élever ses enfants, à s’occuper de ses parents, à prendre du temps pour soi, à faire des promenades à dos de zèbre en Auvergne… Bref la vie quoi !

Le temps de travail serait alors plus flexible. Plutôt que maman à mi-temps et papa qui rentre à 21h (une fois que les enfants sont couchés), on aurait papa qui peut prendre son mercredi après-midi pour emmener Josiane au Tennis, pendant que maman a une réunion d’équipe. En plus, ça marche aussi pour deux papas ou deux mamans… C’est fou, nan ?

Pour les couples n’ayant pas d’enfant, ou les gens n’étant pas en couple, ça permettrait aussi de plus voir ses amis, d’aller discuter avec mémé à la maison de retraite ou d’aller (enfin) à la piscine.

Les gens gagneraient-ils alors moins ?

Dans un couple en tous cas, non ! Et pour les gens seuls, il pourrait y avoir des aménagements…

Si un tel système était mis en place, les femmes feraient moins de temps partiels et le revenu du couple s’équilibrerait. D’autant plus que la célébrissime question posée aux femmes aux entretiens d’embauche : « Comptez-vous avoir des enfants dans les 150 prochaines années ? » perdrait tout son intérêt.

De plus, et c’était déjà l’idée des 35 heures, mais il semble qu’on ait tout fait pour les rendre ineffectives, cela permettrait d’embaucher des chômeurs. Or, on sait que beaucoup de jeunes gens qualifiés sont au chômage. Moins de chômage signifierait moins d’allocations, donc (si on sort d’une logique de compétitivité absolue qui veut que la concurrence et les marchés financiers priment sur l’humain) la possibilité d’augmenter les salaires. D’autant plus que des gens épanouis sont plus productifs.

Alors, elle serait pas belle la vie ?

On dit quoi ? Danke Schön Jutta !

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