Le plus vieux métier immonde

11 Mai

Abolitionnistes, néo-abolotionnistes, règlementaristes, prohibitionnistes, sado-masochistes, gaz de schiste…

Difficile de dépatouiller les différentes positions qu’engendre la prostitution.

Nous parlons ici de positions politiques. (Le Kama-sutra n’a rien à voir là dedans….Bien que certaines positions politiques soient tellement acrobatiques, qu’elles pourraient s’y apparenter…)

Qui est qui ?

Les Prohibitionnistes : Ce sont ceux qui veulent interdire purement et simplement la prostitution. Tout le monde est interdit : les putes, les proxénètes, les clients, les jupes léopard…

Le problème est que plutôt que d’éradiquer la prostitution, cela l’a criminalisée et fait passer dans des systèmes sous-terrains.

Mais oui, répondent :

Les Règlementaristes : La prostitution est inévitable. Elle a toujours existé et elle existera toujours. La meilleure solution est donc de la règlementer plutôt que de l’interdire. Les préoccupations centrales de ce courant sont l’ordre public et l’hygiène. Le proxénétisme est autorisé mais encadré. Depuis les années 90, il y en a même qui militent pour que la prostitution soit reconnue comme un métier. Reconnaître la prostitution est un moyen de protéger les prostituées. Elles peuvent ainsi disposer de droits et d’une certaine sécurité. Les partisans du réglementarisme sont favorables à la reconnaissance de la prostitution comme un travail comme un autre, exercé de façon libre. Un peu comme une profession libérale. C’est de là que viennent des expressions comme « travailleurs du sexe » pour les putes, avec les proxénètes devenus « entrepreneurs du sexe ». La prostitution aurait donc une utilité sociale. On peut imaginer l’emploi du temps du samedi de Michel :

10h –> coiffeur

14h –> ophtalmo

17h30 –> pute

Il pourrait même la payer avec des « chèques emploi-service » pourquoi pas ?

Mais voilà qu’on entend s’insurger :

Les Abolitionnistes : Ce sont ceux dont on parle le plus en ce moment en France. Pour eux, le fait de réglementer la prostitution revient à en cautionner l’existence. Une série de mesures doivent permettre aux personnes prostituées d’en sortir. Il s’agit d’abolir toute règlementation sur la prostitution pour mieux protéger les prostituées. Ça peut paraître assez paradoxal mais tout s’explique. Pour eux, les prostituées sont des victimes et les proxénètes devraient être condamnés en tant qu’ils réalisent ce qui s’apparente à de la traite d’être humains (appelé parfois « la traite des blanches »). Dans les pays abolitionnistes, la prostitution (comprise comme échange d’argent pour des relations sexuelles) est légale, mais les activités organisées (maisons closes ou proxénétisme) sont illégales.

Leurs potes qui vont encore plus loin, ce sont :

Les Néo-abolitonnistes :  Les pays néo-abolitionnistes sont les pays qui pénalisent les clients et les prostitueurs, sans poursuivre les personnes prostituées. Dans de nombreux cas, des mesures d’accompagnement à des alternatives à la prostitution sont prévues. En fait ils sont encore plus abolitionnistes que les abolitionnistes puisqu’ils veulent pénaliser les clients (jusqu’à 6 mois de prison)… De quoi calmer quelques ardeurs…

ont dit merciiii wikipédia pour la carte !

on dit merciiii wikipédia pour la carte !

Tous ces mouvements ont du mal à s’entendre, se comprendre, sa conter fleurette le long des maréchaux ou du bois de Boulogne.

Pourquoi ?

Parce qu’ils n’ont pas les même présupposés.

Présupposé n°1 : La prostitution a toujours existé et existera toujours

Une petite expression (issue de la sagesse de tonton Michel au coin du feu) semble pour certain régler tout débat sur la moralité d’utiliser le corps de quelqu’un pour assouvir ses pulsions : « le plus vieux métier du monde ».

Or, prostipute n’est pas vraiment un métier de rêve.

Loin de là.

Difficile d’avoir la vocation…

Vous réagiriez comment si votre fille vous disait que son rêve dans la vie c’est de faire pute ?

C’est plutôt une trajectoire de type cauchemaresque qui y conduit.

Et des hommes profitent de ces femmes (ou de ces hommes) qui ont touché le fond pour assouvir leurs « besoins » sexuels.

On ne peut pas les blâmer, la société les y autorise gracieusement. Comme dirait tonton, pierre qui roule n’amasse pas mousse (alors que pute qui roule amasse des MST…)

Bah, quand même ! « Le plus vieux métier du monde » ! C’est un peu le patrimoine mondial de l’humanité !  C’est comme le ciel, les oiseaux ou ta mère, ils semblent avoir toujours existé, ils font partie du paysage. Ce serait triste le soir de ne pas les voir sur leurs talons de 20 centimètres avec leur jupes imprimées panthère…

Ça a toujours existé, ça existera toujours donc il faut essayer de réfléchir aux modalités dans lesquelles on organise la prostitution plutôt que sur la prostitution en elle-même. Habile !

Présupposé n°2 : Chacun devrait avoir le droit disposer de son corps

sexe contre argent

Les plus grands défenseurs de la prostitution sont les membres du STRASS. Ils clament le droit de disposer de son corps. Je possède mon corps, j’en fais ce que je veux, même le vendre. Vous pouvez cependant lire en suivant ce lien un article dénonçant le STRASS (assurez-vous cependant d’avoir tout l’après-midi parce qu’il est sacrément long (that’s what she said) !)

Oui, c’est vrai, c’est un combat féministe et gay : disposer librement de son corps et baiser avec qui on veut.

Soit.

Un point pour les pro-putes.

Mais c’est justement sur la question de « librement » que le bas (résille) blesse.

Même en admettant une nymphomane, qui adore le sexe. Imaginons qu’elle envisage de rendre ça lucratif. Elle pourrait toujours aller dans des bars et coucher avec plein d’hommes et même leur demander de l’argent, soyons fous !  Mais dans ce cas elle aurait la pleine jouissance de l’argent récolté. Ce sexe facturé serait le résultat d’un accord. Un contrat en somme.

Mais elle ne ferait pas le trottoir. Parce qu’il fait froid, parce que c’est dangereux, parce que des hommes passent, les payent, les baisent, puis les tabassent pour reprendre l’argent.

Pour des témoignages de prostituées, vous pouvez lire cet article du monde sur les prostituées de Nantes : http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/03/27/la-bataille-sur-la-prostitution-est-lancee_3148721_3224.html

On a tendance à mettre des œillères et à ne pas voir l’énorme montagne qui se cache derrière la mini-jupe : les proxénètes. Ces réseaux mafieux qui promettent à des filles un emploi en France et qui les mettent sur le trottoir. Ou alors c’est tout simplement un père ou un mari qui se dit que le vagin qui traine ses guêtres à la maison pourrait arrondir les fins de mois.

La prostitution est alors le fuit de menaces (souvent sur leur familles pour les filles venues d’ailleurs).

Dans ces cas là, la liberté de disposer de son corps semble avoir disparu dans les fourrés du bois de Boulogne.

Bien sûr, les prostituées vont souvent dire aux journalistes qu’elles le font parce qu’elles le veulent. Peut-être parce qu’elles ont peur des représailles. C’est, en tous cas, l’impression que donne les témoignages des prostituées de Nantes.

Il y a aussi les femmes qui se prostituent d’elles-mêmes parce qu’elles manquent cruellement d’argent. Dans ce cas là c’est la pauvreté qui devient leur proxénète. Le fait de laisser des gens en être réduits à de telles extrémités, c’est la preuve d’un profond mépris.

Un acte sexuel consenti, c’est un acte dans lequel on a le choix. Le choix de son partenaire, le choix de dire « non » à tout moment, le choix du goût fraise ou banane du préservatif… L’acte sexuel, si tant est qu’il est déconnecté de la reproduction, est censé permettre l ‘épanouissement de la personne. Après chacun s’épanouit à sa façon…

Disposer de son corps, ce n’est pas seulement avoir le droit de le vendre. Il s’agit de pouvoir le vendre à qui on veut, quand on veut, si on veut.

Présupposé n°3 : les hommes ont des besoins. Si on interdit la prostitution, le nombre de viols va augmenter.

Nouvelle du jour : Les femmes aussi ont des désirs sexuels.

Pourquoi ne payent-elles pas des hommes dans la rue pour un cunni par exemple ?

Parce que ce n’est pas possible dans notre société. Il n’y a pas d’offre. Et il y a bien sûr le mythe des hommes toujours disposés à avoir des relations sexuelles avec les femmes. Même les grosses, vieilles, handicapées et moches ?

Parce que c’est bien de ces hommes là dont on parle quand on défend la prostitution. Ceux qui ne peuvent pas avoir de relations seuxelles ailleurs… Ceux qui risquent de violer des filles pour assouvir leurs « besoins » sexuels.

Pourtant, ces femmes ne violent pas des jeunes garçons en leur fourrant des pilules de viagra dans le gosier pour les obliger à les fourrer dans les fourrés.

Le contrôle des pulsions serait intériorisé par les femmes mais impensable pour les hommes ? Il y a un moment où il va falloir penser à évoluer depuis le stade « animal-hormonal » vers un stade civilisé où on dit « Bonjour » et « puis-je ? » et « d’accord je m’en vais ». La queue entre les jambes certes, mais bien rangée.

Mais les représentations sont encore loin de cet idéal d’évolution des relations sociales.

Présupposé n°4 : Tout le monde va voir les putes, même les gens biens !

En février, sur le plateau de « on n’est pas couché », Galabru a raconté l’histoire de son ami Paul Preboist resté puceau toute sa vie. Galabru explique qu’il lui disait : « Tu as de l’argent ? Paye-toi une belle fille ! » et que son ami n’a jamais voulu. Oh le gros nul ! Une grande part de l’interview est réservée aux femmes de 11:50 à 19:30… c’est renversant !

Allez, jouons à c’est quoi le pire :

C’est quoi le pire : mourir sans avoir jamais baisé ou payer quelqu’un pour utiliser son corps afin de pouvoir mourir en ayant accompli ce devoir viril :  introduire son sperme dans une femelle ?

Le problème majeur de la prostitution c’est qu’elle implique autrui. Un autrui qui a des sentiments. Oui, les putes ont des sentiments, des rêves, des peurs… Surprise ! On ne les a pas lobotomisées avant de leur enfiler une mini-jupe.

Pour en revenir à Galabru, il semble que le fait que quelqu’un de connu soit allé voir une prostituée, et qu’il n’en ait pas honte, légitime cette pratique.

Voici un commentaire trouvé sur le site « jeuxvideo.com » (d’ailleurs un jour il faudra qu’on m’explique pourquoi je tombe sur ce site pour toutes les questions existentielles du monde…) :

« Michel Galabru a couché avec une prostituée lors de son premier rapport quand il avait encore 16 ans 🙂

Comme quoi tout le monde peut l’avoir fait ,même stars de télé
Donc arrêtez de dire que coucher avec p*te = honte  » 🙂

ouais, et Michael Jackson a fait des cochonneries avec des enfants  🙂

Comme quoi tout le monde peut être pédophile, même les stars

Donc arrêtez de dire dire qu’ « pédoph*lie = honte  » 🙂  …

Bref.

Argument d’autorité poignant !

Comment réagiraient les gens si on décidait que les plus pauvre pourraient donner leurs organes contre de l’argent ?

Comment les gens réagissent à la question d’une GPA rémunérée ?

On hurle au scandale. Au fait que des gens vont voir leur corps marchandisé. Mais que fait l’éthique ? Mais que fait la police ? mais que font les politiques ?

Par contre prêter son corps pour que quelqu’un y fasse joujou. Se vendre comme poupée gonflable plus vraie que nature ça ne choque pas outre mesure.

A ce sujet, les propos  d’Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d’Osez le féminisme sont parlants : « tout acte sexuel imposé par l’argent et les inégalités constitue une violence ». « On ne peut pas monnayer le désir de l’autre ».

Sur ce je vous dis : « Bonsoir ! Puis-je m’en aller ? merci beaucoup de me donner votre autorisation cher lecteurs ! »

(parce que je ne peux pas exiger des hommes d’être poli et respectueux des femmes et ne pas vous respecter de la même façon !)

Publicités

8 Réponses to “Le plus vieux métier immonde”

  1. Simon Thierry 11 mai 2013 à 17:24 #

    Tu tombes malheureusement dans certaines assimilations trop rapides pour qu’on réussisse à démêler ce bazar : à l’argument « Je peux vendre mon corps si je veux » tu réponds « Vous pouvez pas dire ça, parce que souvent y a des proxénètes qui en profitent et des femmes qui disent ça parce qu’elles ont peur des représailles » mais au final, on sait toujours pas quelle est la part des femmes qui font vraiment ça parce que ça leur plaît. Mais avec la culture qu’on a actuellement, on peut pas en parler librement, c’est un tabou, donc étudier ça correctement c’est impensable…

    • lespiplettespoilues 11 mai 2013 à 17:37 #

      Tu donnes le problème central dans ta dernière phrase : il est très difficile de faire la part des choses.
      Mais ce que je voulais expliquer avant tout c’est que l’argument de « je peux avoir des relations sexuelles tarifées si je veux parce que mon corps m’appartient » ne tient la route que si la personne est vraiment libre de son choix.
      Dans l’article sur les prostituées de Nantes, elles disent que si elles pouvaient elles feraient autre chose. Mais pour des questions de proxénètes qui les tiennent ou tout simplement par manque d’argent et d’emploi elles continuent.

  2. Johanna Jacquot Albrecht 11 mai 2013 à 17:27 #

    J’aime bien ton article, mais j’aurais quelques remarques à faire. Déjà, j’ai l’impression que tu présentes plutôt bien les différents courants parmi les opposants à la prostitution, mais pas ceux des « pour ». Ils ne sont pas tous dans le même sac, n’ont pas tous les mêmes arguments. Si tu lis Viginie Despentes par exemple, elle est plutôt réglementationiste, mais le concept « les hommes ont besoin de sexe » c’est tout le contraire de ce qu’elle pense.

    Il est vrai que la position abolitionniste a le vent en poupe en France (notamment avec OLF), et qu’on entend plus leurs prises de positions etc. Mais du coup, j’ai aussi la sensation que ta façon d’exposer les présupposés reprend ce discours abolitionniste. Par exemple, le Strass n’est pas pour la liberté de « vendre » son corps, mais pour celle de le (mille guillemets) « louer », dans des conditions particulières (c’est à dire que consentir à un rapport sexuel selon certaines modalités, ce n’est pas faire un chèque en blanc). La nuance est de taille.

    D’ailleurs, si je ne doute pas que beaucoup de réglementationistes cachent sous le tapis ce qui ne fait pas joli dans le tableau de la prostitution (proxénètes, prostitution dans la rue, violence, MST..), j’en connais aussi énormément qui basent justement leur opinion sur la position de ces femmes là. Le Strass était pour la dépénalisation du racolage passif pour ces raisons par exemple. Les femmes qui se prostituent chez elles n’étaient pas concernées tu vois. Idem, ils collaborent bcp avec les associations de lutte contre les violences physiques, et avec Act-Up (contre le sida donc). Donc c’est un peu injuste d’en parler comme s’ils étaient déconnectés de la réalité.

    Autre remarque, « la prostitution a toujours existée », c’est aussi un argument repris par une petite partie des réglementationistes. Les réglementationistes féministes (comme Badinter tiens) se basent sur la liberté du corps pour défendre le droit de se prostituer (ils ne l’instrumentalise pas, c’est le point de départ de leur opinion).
    La dernière chose qui a tendance à me faire tiquer, c’est tout discours qui consiste à dire que l’on sait mieux que tout le monde ce que toutes les prostituées doivent au fond ressentir. Par exemple « elles disent qu’elles sont libres, mais non », « elles pensent avoir choisi mais non », « elles disent être bien, mais nous on sait que c’est violent ».
    Alors clairement, il y a beaucoup de prostituées qui ont peur. Les proxénètes sont dangereux (la position du Strass sur ces gugus est assez simple d’ailleurs: ils jartent), pour ne pas dire autre chose. Mais c’est une méthode assez étrange que de dire « telle personne parle de telle forme de prostitution mais passe sous silence toutes les autres » pour faire la même chose.

    Bref voilà. J’imagine que je voulais te dire que toutes ces nuances de réglementationistes dépendent aussi de leur projet (comment réglementer). On peut parler d’autre chose que des maisons rouge d’Amsterdam.

    Pour conclure, j’aimerais te dire que même si ce n’est pas l’impression que je dois donner ici, je n’ai pas de parti pris sur ce sujet. Au contraire, plus j’en apprends sur les uns et les autres, plus je sais que je ne sais rien. impossible d’en avoir une globale (par ex: impossible de savoir combien de personnes se sont pr

    • lespiplettespoilues 11 mai 2013 à 17:45 #

      Je suis d’accord qu’on ne peut pas dire : « c’est la vérité absolue, elles sont exploitées » mais ça me semble un peu facile de se cacher derrière un discours de « eh beh tu sais pas ! peut-être qu’elles aiment bien ».

      C’est pour ça que j’ai bien essayé de montrer dans l’article que je conçois que des gens veuillent avoir des relations sexuelles payées, mais que ça ne doit pas être l’argument qui répond à tout. Il y a des femmes battues qui se convainquent elles-mêmes qu’elles sont bien comme ça, pourquoi pas les prostituées…
      Après, je sais que la prostitution est un grand débat entre les féministes…

      En ce qui concerne le règlementarisme, j’avoue avoir été plutôt négative à ce sujet. Je suis d’accord que ça permet d’avoir des droits mais je continue de penser que c’est une solution qui permet de contourner le problème…

      Le fait de présenter les différents mouvement avait aussi pour but d’ouvrir la discussion. La limite de la plupart des articles sur la prostitution est justement le parti pris (et j’avoue avoir moi-même été plutôt dans le sens des abolitionnistes dans cet article).
      La discussion que je voulais ouvrir avant tout était une réflexion sur la prostitution en elle-même au delà de ce qu’on veut faire pour la règlementer ou non. Est-ce une violence faite au femme ? est-ce une façon pour elles de prendre en main leur sexualité comme elles l’entendent ? Peut-on la faire disparaître ou est-ce impossible ?

      • Johanna Jacquot Albrecht 11 mai 2013 à 18:43 #

        Donc, l’idée c’est que le fait de se prostituer est un problème, dans n’importe quelles circonstances?

        Et si c’est un homme, on n’en pense quoi? (je ne me lance pas dans une diatribe « on ne parle pas assez des hommes » ou que sais-je, je pense que ça peut aider à mettre en perspective. Par exemple: est ce que c’est plus acceptable de louer son corps quand on est un homme? Est ce que le problème, c’est l’idée que l’on loue son corps, ou que l’on loue celui d’une femme? Parce qu’elles sont « victimes d’un système prostituteur », ou parce qu’on a au contraire une vision de la sexualité féminine bien particulière?)

        Je crois que c’est une erreur de vouloir penser la prostitution en tant que concept abstrait. Qu’il faut justement se concentrer sur les différents types de prostitutions, et les différentes sens/politiques à leur apporter. Il y a quand même une différence entre une femme qui se trouve en situation d’esclavage où oui il est conduite à se prostituée, une femme qui est en situation précaire extrême et oui est conduite à se prostituée, et une femme qui le fait plus ou moins par choix, comme elle aurait choisit un entre emploi avec ses avantages et ses inconvénients (qu’il ne s’agit pas de minimiser hein 🙂 ).

        Personne ne veut se cacher derrière l’idée que « elles aiment peut-être bien ça ». La question c’est de savoir si l’on doit décider à la place des autres, à partir de quand on parle de libre choix ou non, etc.

        Moi, j’ai le sentiment qu’on cache justement des questions derrière la prostitution: ok, une femme qui se retrouve à faire les trottoirs pour nourrir ses gamins, ben c’est nul qu’elle se prostitue. Mais c’est quand même une chose intéressante que ce qui soit mis en avant et poser comme un problème, c’est l’utilisation de son corps (surtout qu’on ne met en avant les conditions dans lesquelles elle le fait que secondairement, pour appuyer à quel point c’est nul), et pas le fait qu’elle soit complètement dans la dèche et dans une situation d’urgence qui la fait se livrer à une activité considérée comme marginale.
        (ceci était un exemple arbitraire qui n’a pas vocation à parler du visage de la prostitution, mais illustrer comment la problématisation peut servir de parapluie à d’autres problèmes de société)

      • lespiplettespoilues 12 mai 2013 à 17:46 #

        Je pense qu’on est d’accord sur un certain nombre de points.

        – oui, pour moi si c’est un homme qui se prostitue c’est pareil.
        C’est le fait que ce soient majoritairement des femmes qui en fait un problème relatif aux femmes. Je voulais aussi dans l’article interroger le fait que ce soit un problème fondamentalement lié à la sexualité masculine (ce qui rejoint la remarque de Simon (ci-dessous)) : est-ce que la plupart des prostituées sont des femmes parce que ça rejoint un désir masculin puissant ? Ou bien c’est la société qui ouvre cette possibilité aux hommes et pas aux femmes à travers des représentations.

        – revenons sur ta typologie des formes de prostitution. il y aurait :
        cas n°1 : les femmes sous la coupe de quelqu’un
        cas n°2 : les femmes en grande précarité
        cas n°3 : les femmes qui en font un « emploi »

        En fait, si j’ai bien compris la position abolitionniste : le cas n°1 est interdit, le cas n°3 est autorisé. Le cas n°2 pose problème.
        Il faudrait pour éviter le proxénétisme une réelle volonté politique de démanteler les réseaux.
        (Après, c’est, en effet, très difficile de démanteler ces économies souterraines et de porter un jugement sur la liberté ou non des gens de se prostituer mais bon…)

        Pour ce qui est de cette remarque :  » on cache justement des questions derrière la prostitution: ok, une femme qui se retrouve à faire les trottoirs pour nourrir ses gamins, ben c’est nul qu’elle se prostitue. Mais c’est quand même une chose intéressante que ce qui soit mis en avant et poser comme un problème, c’est l’utilisation de son corps (surtout qu’on ne met en avant les conditions dans lesquelles elle le fait que secondairement, pour appuyer à quel point c’est nul), et pas le fait qu’elle soit complètement dans la dèche et dans une situation d’urgence qui la fait se livrer à une activité considérée comme marginale. »

        Je pense justement que ce n’est pas le fait qu’elle se prostitue en soi qui est un problème mais le fait que la pauvreté pousse à le faire.
        C’est contre la pauvreté avant tout qu’il faut lutter je suis tout à fait d’accord.

        Après, est-ce que la solution serait de réouvrir des maisons closes qui seraient des sortes d’institut de baise (comme des salons de beauté) avec carte des services et tout ?… je ne sais pas…

        En tous cas, je pense que la prostitution ouvre des questions plus larges sur la sexualité qui méritent qu’on y réfléchisse…

  3. Simon Thierry 11 mai 2013 à 20:31 #

    Je réfléchis à autre chose : tu dis «les hommes ont des besoins ? Grow up, buddy, nous aussi, et pourtant on arrive à se contrôler !». Là aussi, faudrait vraiment faire une étude pour savoir quelle est la part du culturel et quelle est la part de l’inné : les femmes ont des changements hormonaux importants durant leurs cycles et du coup des modifications comportementales intrinsèques, des conséquences physiques contre lesquelles elles ne peuvent rien. Les hormones masculines sont totalement différentes, et ça me semble pas complètement impossible que ces hormones induisent un appel plus fort vers la sexualité. Est-ce qu’on peut aller jusqu’à parler de besoin, je crois pas mais ça demande à être vérifié. Parce que si on peut parler de besoin, alors ça change beaucoup de choses à la réflexion…

Trackbacks/Pingbacks

  1. Question existentielle n°3 : Pourquoi les féministes sont toujours énervées ? | - 3 septembre 2015

    […] Sur la prostitution : Abolitionnistes, néo-abolitionnistes, règlementaristes, prohibitionnistes, sado-masochistes, gaz d… […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :