Pour une sexualité philosophique

21 Fév

Entre la philosophie et le sexe, il semble de prime abord y avoir un pic, un cap, une péninsule. Pour réveiller ses bas instincts, il y a Youporn, pour s’endormir en a cas d’insomnie, il y a les œuvres intégrales d’Hegel…

Quand on pense à Kant, qui n’est jamais sorti de chez lui, on l’imagine mal nous expliquer la vie des abeilles qui butinent les petites fleurs en levrette…

I like it, like it, come on ! come on !

I like it, like it, come on ! come on !

Alors bien sûr il y en a un qui nous parle de cul à tous bouts de champ, c’est Freud. Mais ça c’est pour les gens qui sont persuadés qu’ils procèdent à une reproduction métaphorique inconsciente de la fellation en mangeant une tartine de Nutella. On ne m’otera pas de l’idée que Freud avait un sérieux problème avec ça.

je ne vois qu’une explication, vous avez un désir inconscient et oedipien de coucher avec votre psychanalyste… Venez tripoter mon cigare mademoiselle…

je ne vois qu’une explication, vous avez un désir inconscient et oedipien de coucher avec votre psychanalyste… Venez tripoter mon cigare mademoiselle…

Enfin, j’ai un doute sur le fait que Cascada était en train de lire La République de Platon avant de se sauter sur la table pour danser cette petite branle (qui est une danse de la renaissance, bande d’obsédés) :

Et pourtant, Philosophie Magazine titre dans son numéro du mois de mars 2013 un provocateur « Le sexe est-il aussi important qu’on le dit ? ».

Dès l’édito, le directeur de la rédaction met le doigt sur ce que Glamoule et Glaboule réunis ne vous ont jamais dit dans leur numéro spécial sexe. Il jette aux oubliettes en deux colonnes les secrets de Glamoule sur « la fellation ciment du couple » et de Glaboule et son « Subtle Ways to turn her on»,

Alexandre Lacroix nous parle du porno mais pour nous parler de la sexualité ordinaire. Pour nous parler de l’essence de la relation sexuelle, au delà du bondage, des « Big Tits » et des « Out-door Gang-bangs »… Il nous explique que  le plaisir et son intensité tiennent avant tout à la relation qui se tisse entre les partenaires. Il parle de la recherche des limites entre mon corps et celui de l’autre, de dialogue des consciences. Puis il a cette phrase qui m’a fait pousser un « Eurêka ! Alleluia !» :

« Au fond, la sexualité courante du couple met en jeu à la fois mon propre rapport à moi-même et celui que j’entretiens avec l’autre (…) dans une sorte de danse où l’équilibre est sans cesse différé, et où chacun s’approfondit. »

Et mes cours de philosophie me sont alors revenus en mémoire. Mais oui, mais c’est bien sûr ! « L’enfer c’est les autres » nous disait Sartre. Par là, il voulait exprimer, contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, que si l’enfer c’est les autres c’est que ce n’est qu’à travers leur regard que je peux me définir.

Or n’est-ce pas l’essence même de la sexualité d’aujourd’hui ? Nous sommes fliqués dans les moments les plus intimes par des injonctions qui restent dans un coin de nos têtes. Les femmes sont souvent torturées entre passer pour une fille facile et passer pour une coincée : coucher le premier soir ? Accepter la sodomie ? se forcer ? Simuler ? prétexter une migraine ? Manger où non ce gâteau au chocolat qui risque de me faire prendre quelques grammes et donc me faire passer d’un 7 à un 6 sur l’échelle des serials baiseurs ?

Les femmes libérées sont en fait prisonnières de l’incertitude quant aux limites de leur propre liberté. Mais la question n’est pas d’avoir le droit de faire un Gang-Bang avec Gode-ceintures et se tartinant de confiture, c’est d’en avoir l’envie. Peu à peu, il semble que le droit, la possibilité devienne dogme et que parce que je peux le faire, je doive le faire. Mais il serait bon que les gens se demandent s’ils ont envie de faire ce qu’ils ont la possibilité de faire. Ai-je vraiment envie de coucher avec ce libidineux bellâtre ? Ai-je envie de me marier ou alors est-ce juste parce que ça fait 5 ans 3 jours et 5 heures qu’on est ensemble et que c’est dans l' »ordre des choses » ?

La société dans laquelle nous vivons pousse le culte de la performance jusqu’au fin fond de nos culottes : il faut être la plus belle/le plus beau, réussir dans sa vie professionnelle, être « performant » sexuellement, avoir de beaux enfants, eux-mêmes performants en tous points…

On veut du plus, du mieux, du encore plus grand et on oublie de se poser les questions les plus simples : qu’est-ce qui me rend heureux ou heureuse ?

Une sexualité libérée, c’est une sexualité dans laquelle on a le courage de dire « non ». Parce qu’on a l’estime de soi nécessaire pour connaître nos limites. Celles que l’on veut franchir et celles qu’on préfère laisser de côté. Et où on a aussi le courage de dire ce qui nous fait plaisir, même si c’est se faire lécher le troisième orteil.

La sexualité n’est pas une recette de cuisine, c’est une alchimie entre deux êtres. C’est pourquoi les « conseils de copines » sont en réalité inutiles voire pervers. Ce n’est pas parce que Jean-Michel aime les petits doigts dans l’anus que c’est le cas de René.  Ce n’est pas parce que Germaine rêve de le faire au milieu de la foule au concert de Johnny que c’est le cas de Mireille.

Soi et l’Autre.

C’est tout.

Tout repose dans cette équation.

Il faut se connaître soi-même, savoir ce qu’on veut, connaître son corps et l’aimer pour ce qu’il est (et faisons fi de notre graisse des coudes, pendant le coït, nul ne s’en soucie). Il faut apprendre à connaître l’autre, ses envies et ses désirs, son corps et se l’approprier.

Rangeons le sexe au fond de nos culottes au lieu de l’étaler sur la place publique.

Plutôt que de parler de sexe, faisons l’amour.

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3 Réponses to “Pour une sexualité philosophique”

  1. Sempiternel 3 mars 2013 à 11:56 #

    Bonjour Piplette poilue ! J’ai passé un bon moment de lecture. Alors merci ! Toutefois permets-moi ce commentaire : dans un monde où la norme est la « non-norme », satisfaire les penchants sexuels de « l’Autre » de ton équation, c’est risquer pour « Soi » de devoir franchir ses limites. N’est-ce pas là tout le problème ?
    (P.S. : Je croyais que les doigts dans l’anus avaient disparu de cette Terre il y a 65 M d’années, au même titre que tous les autres dinosaures…)

    • lespiplettespoilues 7 mars 2013 à 11:12 #

      A partir du moment où les partenaires communiquent et acceptent à la fois l’autre et eux-même, je ne pense pas qu’il y ait de problème à franchir ses propres limites. C’est justement parce qu’on connait ses limites et qu’on sait celles que l’on ne veut pas franchir (pas maintenant ou jamais). Si l’autre est également dans une relation de soi à l’autre (et non dans une imposition unilatérale de ses désirs), il acceptera également nos goûts et nos envies (et donc ce dont nous n’avons pas envie).
      Si malgré cela, les penchants sexuels de l’autre dépassent toutes les limites que nous sommes prêts à franchir, alors sans doute n’est-ce pas le partenaire sexuel adéquat.
      Mais ce n’est là que ma vision de la sexualité qui doit rester à la fois un espace de découverte de l’autre et de soi même, de dépassement de soi dans cette rencontre avec une autre individualité mais aussi et avant tout de plaisir partagé.

      (PS : pour les explorations anales, mes lectures m’ont plutôt donné l’impression que la tendance était pour les hommes à l’exploration de leur plaisir prostatique et que certaines publications enjoignaient les filles à leur mettre des petits doigts pour leur montrer qu’ils n’ont pas nécessairement besoin d’expériences homosexuelles pour connaître ce plaisir…)

      • Sempiternel 27 avril 2013 à 14:55 #

        Je partage ton avis ! 😉

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