Sexisme au vitriol dans nos grandes écoles

12 Fév

J’ai eu écho de trois évènements choquants de sexisme à l’université en quelques mois. Or, le dénominateur commun entre les trois est qu’ils ont eu lieu dans les différents Science-Po.

Avant tout, quelques remarques préliminaires :

Je ne m’attaque pas ici à Science po pour le principe de dire que la relève de notre personnel politique répondra au charmant crédo de « tous pourris ». Tout d’abord parce que tout le monde n’est pas à mettre dans le même panier et que certains profs et élèves ont à coeur de lutter contre le sexisme ambiant.

Je m’y attaque parce que j’y étudie. Donc je critique en connaissance de cause. Je critique parce que j’ai honte des agissements de certains individus qui suivent le même parcours que moi.

Parce qu’on nous rabâche à longueur de temps que nous sommes l’élite de la crème du beurre de la crémière (ou alors on nous le fait clairement comprendre). On nous justifie le manque de professionnalisme latent de notre formation par le fait qu’elle fait de nous des intellectuels. « Intellectuels », ça veut dire des gens qui réfléchissent et qui voient un peu plus loin que le bout de leur Ray-Bans de hipsters. Des gens qui savent aller au delà des préjugés et qui ont à cœur de comprendre les positions de l’autre, d’adopter sa vision du monde pour mieux renforcer ses propres opinions. Nous n’avons pas l’excuse de ne pas savoir. Nous n’avons pas l’excuse de ne pas pouvoir analyser nos comportements et nos discours. Nos cours nous apprennent à le faire à longueur de journée.

A quoi bon étudier la montée de l’antisémitisme pendant l’entre-deux-guerres, si c’est pour sortir des banalités aussi populistes que « les médias sont noyautés par des juifs », tout savoir des inégalités de genre et continuer à faire des remarques sexistes à longueur de temps ?

L’adage dit : « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde« , récemment j’ai pris conscience que l’humour et la violence se baladent parfois main dans la main… Je ne dis pas qu’ « on n’a plus le droit de rigoler », je dis juste que les blagues ne naissent jamais de rien.

A Science Po, dès la première semaine de mon arrivée,  en deuxième année, on m’a expliqué point par point que telle fille et telle autre, ou telle autre encore, étaient des salopes. Même si elles n’avaient couché qu’avec un mec et qu’elles étaient encore avec lui. Alors qu’un garçon qui cumulait les conquêtes était un « beau gosse ». Je ne blâme pas Science Po en particulier pour ça, je pense que toutes les grandes écoles et même tous les secteurs de la société sont plus ou moins concernés. Mais je parle ici d’un cas concret et que je vis au quotidien. Alors quand je vois les réactions d' »Osez le féminisme » face à la soirée de Science Po Toulouse, je ne peux qu’acquiescer. Pas par principe, mais parce que je sais que dans mon école, la plupart des filles sont considérées comme des putes. Pas pour rire. Mais, parce qu’elles « aiment ça les salopes ».

Je prends ici l’exemple de Science Po, mais il concerne toutes les grandes écoles, comme on le verra plus loin.

Pour vous montrer que je ne parle pas d’un fait isolé, ou que je ne fabule pas sur le sexisme ambiant, voici trois exemples tirés de trois IEP différents :

  • Episode 1 : Strasbourg ou les limites du progressisme

Tous les ans les grandes écoles font un gala. Grand moment de mondanités, de petits fours et de discours émouvants, c’est la date à laquelle les diplômés fêtent leur entrée prochaine dans la vie professionnelle. Cette année, sur le mur de l’événement facebook du Gala de Science Po Strasbourg, une étudiante a posé cette innocente question : « Y at-il un code vestimentaire spécial pour l’événement? Est-il nécessaire que les filles portent des robes? ;))) »

Elle a reçu la réponse suivante de l’équipe organisatrice :

« C’est une soirée de Gala ; une tenue habillée est donc la bienvenue. Une robe semble donc appropriée ; je t’invite à regarder les albums photo « 2 décembre 2011 » sur le compte du BDE pour voir le style de l’évènement. »

Déjà, on constate une ouverture à l’innovation proche de zéro : « va sur l’album facebook du Gala 1946, et regarde comment les gens étaient habillés pour t’aider à choisir ta tenue… »

Heureusement, deux personnes ont réagi. L’un en répondant : « Oui, parce qu’à Sciences Po Strasbourg, en 2012, on pense que le pantalon est exclusivement masculin et qu’une femme en pantalon, c’est une traitresse à son genre, à la classe et à l’esprit de l’institution. Dommage. » (ce commentaire a récolté 25 « like », donc il y a peut-être un peu d’espoir…quoique si on considère que 113 personnes ont « liké » le commentaire : « À quelle heure servez vous le buffet? Parce qu’on a un peu faim« , on peut avoir des doutes…)

L’autre commentaire était d’une fille, donnant un lien vers une photo montrant qu’il n’est pas besoin de jupe à froufrous pour avoir la classe. Malheureusement, les voies de facebook sont impénétrables et la photo a disparu. Mais à titre d’exemple, on va jouer à un jeu : qui est la plus classe ?

si toi aussi tu ne sais pas qui est Lily Collins tape dans tes mains...

si toi aussi tu ne sais pas qui est Lily Collins tape dans tes mains…

robe-de-soiree-drapee-glamour-femme-leopard

grrrr ! ma tenue est toute trouvée pour le Gala l’année prochaine !

Juste à titre informatif, je n’ai pas tapé « robe sexy panthère » pour trouver la deuxième image. Elle faisait tout simplement partie de la sélection d’images obtenues en tapant : « tenue de soirée femme pantalon« . Comme quoi le reste de la société est d’accord avec le BDE : une femme classe, de base, porte une robe… aussi courte et moulante soit-elle…

  • Episode 2 : Toulouse ou la théorie de la chaudière

Pas la peine de vous retracer ici en détail, la polémique autour de la soirée à thème d’un goût certain de Science po Toulouse puisque le site « Osez le féminisme » s’en est très bien chargé.

Pour le lire, c’est par ici  : http://www.osezlefeminisme.fr/article/le-bds-de-liep-de-toulouse-ecole-de-formation-a-la-misogynie

  • Episode 3 : Science Po Bordeaux ou la revanche des bites

Science Po Bordeaux remporte la palme de l’exemple le plus choquant. En effet, les propos et actions sexistes en cause ont été effectués en réponse à des tentatives de sensibiliser les étudiants de l’IEP aux discriminations de genre…

Alors qu’une association nommée « A-Bord », proposait réflexion et débat sur le genre, un groupe d’étudiants de l’école on crée un contre-groupe masculiniste pour se moquer de cette initiative. (si vous ne savez pas ce que sont les masculinistes, un article des P.P en parle).

L’affaire a pris de l’ampleur puisqu’un article du monde a été publié sur le sujet : http://enseignementsup.blog.lemonde.fr/2013/02/06/sciences-po-bordeaux-huit-etudiants-convoques-par-la-direction-pour-sexisme/

Plusieurs éléments me semblent à noter :

–       Il devient plus qu’urgent que les individus prennent conscience qu’on ne peut pas avoir de propos racistes, sexistes ou homophobes sans avoir à les assumer par la suite.  C’est un débat qui commence à émerger et qui devrait être encouragé…

–       Comme pour ce qui concerne le harcèlement sexuel, les instances dirigeantes des écoles (et des entreprises d’ailleurs) ont tendance à avoir des discours de relativisation : « c’est bon, il n’y a pas mort d’homme ». Loin de moi l’idée d’appeler à « punir pour l’exemple », mais il serait temps que les gens prennent conscience que derrière les insultes, derrière les plaintes pour harcèlement sexuel ou moral, il y a des individus qui souffrent. Et là plupart du temps, ceux qui sont l’objet des plaintes s’en sortent blancs comme un slip lavé avec Ariel-Le Chat Tabs parce que « si on peut plus rigoler… » et que « les filles/femmes/féministes s’offusquent pour rien »…

–       L’exemple de « Mi-putes mi-soumises » (défendu, semble-t-il, par les membres même de l’équipe en question dans les commentaires) montre bien qu’il y a aussi des filles sexistes. Comme il y a des garçons qui ne le sont pas (cf le commentaire pour le gala de Strasbourg). Mais ce n’est pas parce que des gens ont intériorisé l’inégalité et l’acceptent, en jouent et en rigolent, qu’il n’y a pas de problème…

–       Je vous incite vraiment à aller lire les commentaires de l’article du monde. Ils sont, comme souvent, d’une rare véhémence. Tout les débats sous-jacents qui passionnent les français y passent : les grandes écoles sont-elles des refuges de bourgeois ?, les féministes et leurs « vains » combats, le mariage gay (on ne sait pas pourquoi, mais ça aurait été dommage de ne pas mettre ça sur le tapis)…

Une série de commentaires valent le détour (je vous donne un exemple pour les gens qui n’auront pas le courage d’aller lire le reste) :

Certains commentaires avancent ce type d’arguments : « Je vous précise que le nom de l’équipe féminine de rugby de Sciences Po Bordeaux, les MPMS donc, a été choisi par des filles, les membres de l’équipe, et perpétué depuis par elles. Par sens de l’ironie, voyez-vous. Elles sont autonomes, libres de choisir le nom qu’elles veulent et, pour en connaître quelques unes, passablement agacées qu’on leur dise quoi faire ou quoi penser au nom de leur liberté. »

Une des réponses donnée est la suivante : « C’est bien ça le plus inquiétant, que l’auto-dérision en arrive à la banalisation de contenus insultants ou propres à une cause dans les banlieues, pour rompre avec l’omerta contre les femmes en général. Absence de culture, attitude provocante de jeunes femmes très BCBG & qui adoptent un langage extrêmement ordurier ( il suffit de passer devant un groupe de jeunes femmes pour s’en convaincre, ou d’entendre des mères de famille très branchées à Paris ou ailleurs demander des « moules bites » en guise de maillots de bain pour la piscine chez Décathlon pour faire l’émancipée, devant leur progéniture masculine un brin gênée…) Confusion des codes, confusion des genres? Provocations mal digérées de la bourgeoisie bordelaise ou versaillaise? Triste, stupide, pathétique et dérisoire: comment peut-on revendiquer des codes barbares comme les tournantes, ce qui est implicite dans ces modes de comportement et d’ appellation ? »

Tous ces commentaires sont, pour moi, une continuité de l’article.

D’ailleurs, pour ceux qui se demandent encore où je voulais en venir avec mon article sur la bien-pensance, vous trouverez parmi les commentaires de nombreux exemples arguant que les féministes veulent empêcher toute liberté d’expression au nom de la bien-pensance et d’un manque d’humour intrinsèquement lié au militantisme féministe (ouuuuh les vilaines féministes ! A cause d’elles on va tous naître avec des électrodes pour nous empêcher de réfléchir et le port de la moustache pour tous sera obligatoire !).

Je tiens à rappeler que mon argumentation ne cible pas Science Po en particulier, comme en témoigne cet article très très intéressant (pour ceux qui ont le temps) de l’ENS Ulm:

http://lmsi.net/Violence-Normale-Superieure

Cet article est la preuve que le problème touche toutes les formations, même les plus prestigieuses. Preuve aussi que les directions cherchent avant tout à défendre l’image de leur école et à minimiser les revendications. En lisant, j’ai réalisé que ce réquisitoire faisait clairement écho à ce que j’ai vu, lu, entendu sur Science Po, sur les écoles de commerce, d’ingénieur etc… C’est un phénomène généralisé et c’est un problème de « culture d ‘école » qui n’est pas sans conséquences… Je vous incite vraiment à lire cet article, qui certes est long, mais parlera fortement à tous ceux qui ont fréquenté les grandes écoles de notre chère République.

Encore une fois, se contenter de dire « tous pourris » n’a jamais fait avancer grand chose. J’espère seulement que la prochaine génération d’élites soit un peu moins engoncée dans ses préjugés que la précédente (même si ce que je vois au quotidien m’en fait fortement douter)…

Lutter contre le sexisme, c’est avant tout regarder autour de nous. C’est réaliser ce que nous cautionnons au quotidien. Parce que ne pas s’insurger, c’est la tranquillité. Pensons à ramoner notre chaudière avant d’aller regarder celle des autres (en espérant que cette métaphore saura toucher le coeur de nos amis du BDS toulousain…)…

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9 Réponses to “Sexisme au vitriol dans nos grandes écoles”

  1. Titiduvar (@Titiduvar) 16 février 2013 à 11:24 #

    affligeant. Mesdames, à force de tolérer, on finit par cautionner et s’éloigner du respect.
    N oublions pas les combats de nos mères, n’acceptons rien qui puissent nuire à nos filles. Et surtout n’oublions pas notre pouvoir éducatif intramuros!

  2. Poulattitude 15 mars 2013 à 17:18 #

    Je viens de découvrir ton blog et je vais le suivre attentivement!
    Pour revenir au sujet des grandes écoles, en école d’ingénieur idem. Et pourtant je suis passée par la promo 2/3 meufs- 1/3 mecs (d’habitude c’est l’inverse.) Et ben on a quand même choisi comme chant de promo « vive les gros nichons » … Affligeant… et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres…

  3. Marie 10 octobre 2013 à 11:23 #

    Je viens de découvrir ton blog par la grande porte, celle du diktat de l’épilation intégrale. Premièrement, merci de me rappeler que je ne suis pas seule à considérer que l’épilation, ou la non-épilation, est un choix personnel qui devient de plus en plus difficile à faire face au merchandising ambiant. Comme je ne me bats, à ce propos, qu’avec des filles (et oui…) , j’ai parfois l’impression d’être bien seule!
    Deuxièmement, je suis moi-même à Sciences Po, et il est clair que le sexisme y frise le quotidien et le banal (« Comme il n’y a que quatre filles et cinq mecs qui veulent faire du hand au BDS, on va séparer les terrains en deux, ça sera plus juste ; rapport aux aptitudes ». T’as déjà vu du hand à deux contre deux, toi?).
    Et c’est d’ailleurs en surfant sur internet qu’un de mes petits camarades (masculin) a trouvé une perle. Je te laisse découvrir : http://assaslawlschoolpost.tumblr.com/post/44488919155/quand-tu-es-la-seule-fille-de-ton-td (le meilleure étant le hastag sous le gif).
    Je te laisse profiter de cet instant de bien-être total, je vais en cours de Gender Studies!

  4. Lala 5 avril 2014 à 02:18 #

    Article bien con, surement écrit par une meuf bien conne
    Sérieusement, tais toi si c’est pour dire de la merde.

    Use de ton temps pour lire des livres au lieu d’écrire des « articles » qui servent à rien.

    Bien à toi,
    Sciences Po Lille.

    • Lolo 18 septembre 2014 à 01:47 #

      LOL le mec/meuf qui signe « Sciences Po Lille » et qui s’octroie le droit de parler au nom de tous les étudiants de l’école, ça va les chevilles ?

      Use de ton temps pour donner des arguments un peu réfléchis au lieu de t’en tenir à l’insulte, c’est cheap un peu quand même.

      Je t’embrasse pas,
      Une meuf de Sciences Po Lille.

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  4. Big Bad Buzz | - 6 mars 2014

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