Radiographie de la procrastination

25 Nov

Ce matin j’ouvre un œil.

Je le referme.

Je sais qu’aujourd’hui commence un long combat qui se renouvelle chaque semaine :

me motiver à travailler.

Car, oui, quand on a un emploi du temps de rêve avec 4 jours et demi de week-end, on devrait se douter qu’il y a un piège quelque part… Le système de la fac est le système le plus hypocrite du monde. Le fait de ne presque pas avoir de cours donne l’impression qu’on n’a pas grand chose à faire. D’autant plus qu’en Allemagne, on passe les cours à discuter pour au final n’arriver à rien du tout : en tous cas, à en juger par l’immaculéité (oui, je viens toujours de la même région que Ségolène Royal, donc je persévère dans l’innovatude langagière) de ma feuille à la fin du cours… Mais c’est parce que tout est marqué sur le Power Point, qui sera disponible sur la plateforme en ligne de la fac et donc que je reprendrais plus tard…

  • Le doux refrain du plus tard

Oui, plus tard… Quel doux mot, quelle agréable sensation. Ce flou temporel si confortable qui vient balayer le léger stress ressenti pendant un instant… celui de devoir le faire « tout de suite ».

On a senti la motivation venir… On était presque prêt à s’y mettre… et le sournois « plus tard » nous fait retomber dans notre léthargie. On ne dit pas « dans deux jours », « la semaine prochaine » ou « avant le 25 »… non, juste plus tard

  • Justifications journalières de procrastinite aigues

Le mercredi, je me dis qu’il faut que je me remette des 3 jours de cours intenses que je viens d’avoir (avec un léger sentiment de culpabilité quand je vois mes colocs qui font 9h-17h tous les jours…). Si, en plus, j’ai eu le courage d’aller faire les courses, je considère l’exploit comme tellement important que je mérite d’attendre le lendemain pour me mettre à travailler.

Le jeudi, c’est le jour où ma coloc n’a pas cours non plus, donc on se fait un petit déjeuner à rallonge. Vers 11h30, je me décide à aller prendre ma douche. Je traîne encore un peu… Il est 12h30, ce n’est pas la peine de me lancer dans quelque chose, je vais bientôt déjeuner…

Le vendredi, où il faut planifier les sorties du week-end et se préparer pour la soirée du soir.

Le samedi, où il faut se remettre de la soirée du vendredi et préparer celle du samedi. Il faut profiter du week-end pour aller se promener, voir des amis…

Le dimanche, il faut se remettre des émotions du week-end et, franchement, qui oserait s’obliger à travailler un dimanche ?

Le lundi matin, je réalise que je n’ai pas lu les 150 pages de textes à lire en allemand pour mes cours du début de semaine…Je n’ai pas voulu les lire avant de peur d’oublier tout ce que j’avais lu arrivée au cours. Bah oui, bien sûr, c’est pour ça que je ne les ai pas lues avant ! C’est évident !

Je lis trois pages… je ne comprends rien… je me dis que je vais attendre qu’on ait parlé du texte : Je prendrais des notes en faisant un parallèle entre le texte et mes notes de cours (pour voir en quoi consistent mes prises de notes en cours, voir plus haut).

Quand ferais-je ces superbes fiches ?  Mais plus tard bien sûr ! Quelle question…

  • T’as fait quoi hier ? – Rien. – T’as dormi ? – Heu non… – T’as fait quoi alors ?

Ça y est, je suis motivée à travailler, je le sens, je suis telle César prêt à franchir le Rubicon, je me dis « Alea jacta est », « veni, vidi, maybe vici », « move tu culus mi filia * » …

Et puis, pour travailler, puisque c’est indispensable de nos jours : j’allume mon ordinateur. Grave erreur.

Je commence par aller voir mes mails. Il faut bien que je regarde si j’ai reçu un mail vital de la part de la fac non ? Mais comme mes boites mails sont liées, je dois d’abord passer par ma boite principale. Grave erreur. Je vois que Gégé m’a envoyé une vidéo d’un chat qui joue de la trompette. Alors je la regarde, puis je vois que dans les vidéos proposées sur le côté, il y a aussi un chien qui fait de la trompette, un hamster qui fait de la trompette, une tortue qui fait de la trompette… je décide de faire une étude zoologique pour comparer lequel serait le plus apte à peut-être un jour, au terme de milliers d’années d’évolution, jouer dans un jazz Band.

je n’ai pas trouvé de chat qui joue de la trompette, par contre j’ai trouvé des chats qui font de la danse orientale…

 

Je me reprends. J’ouvre le dossier « mes documents ».

La magie de la technologie moderne, c’est que Skype se lance automatiquement au démarrage. Grave erreur. Ma copine Thérèse me demande si elle peut m’appeler. Je ne lui ai pas parlé depuis une éternité et elle est exilée au Luxembourg depuis au moins 2 semaines donc je ne peux pas ne pas lui parler…

Une heure et demie plus tard, j’ouvre le dossier « fac ».

Igor me parle sur facebook. Zut, j’avais oublié de fermer la page. Grave erreur. Il me parle de nos projets de partir passer trois jours à Eksjö en Suède. Il faut regarder rapidement si on veut voyager pas cher. Je ne peux pas remettre ça à demain, je dois m’occuper de ça tout de suite. Après observation de tous les moyens de transport possibles et imaginables (train, bus, avion, co-voiturage, vélo, téléportation ou train puis bus puis vélo (autrement dit voyager pendant 3 jours pour rester un jour là-bas), c’est encore trop cher. On abandonne, on ira boire un verre à la place. Organiser un voyage, on le fera plus tard…

 

ça a l'air trépident !

vous aussi Eksjö vient de devenir votre destination de rêve ?

si le bus c'est trop cher, on peut toujours y aller à pied....

 

Non mais attendez : 889 SEK en bus quand même! Quoi vous ne trouvez pas ça si cher que ça ? On peut avoir 4 bibliothèques « Billy » chez Ikéa pour ce prix là !

Comment ça vous n’êtes pas au courant de la conversion euros-couronnes suédoises ? C’est pourtant simple : on divise par 2, on fait la racine n-ième de la matrice de la série convergente et on trouve en cherchant sur internet que ça fait 96 euros (voilà, vous aurez appris quelque chose aujourd’hui, comme quoi rien n’est perdu… sauf mon temps à chercher des trucs débiles peut-être…)

Je ferme le site de conversion de monnaies, le site de la compagnie de bus, Mappy et le catalogue Ikéa…

J’ouvre le dossier « mémoire sur les conséquences du réchauffement climatique sur la reproduction des escargots ambidextres ».

 

Si vous aussi vous vous êtes toujours demandé comment baisent les escargots… Attention, partouze avec préliminaires de 12 heures sur musique romantique…

 

Ma coloc frappe à la porte de ma chambre. Son copain vient de lui envoyer un message qu’elle n’arrive pas à interpréter. Il lui dit : « salut, comment tu vas aujourd’hui ? »

On débat du sens caché de ce message, de la place de la virgule, des implications philosophiques de l’expression des émotions à travers des moyens de communication numériques: qu’est-ce qu’aller bien ? Qu’est-ce qu’ « aujourd’hui » signifie quand la journée vient de commencer ? Doit-elle se focaliser sur un bien-être physique, moral, penser à ses perspectives d’avenir. Finalement, elle décide de répondre : « Oui, ça va et toi ? »

Je me tourne à nouveau vers mon ordinateur.

5 minutes plus tard, je me rends compte que je bouge ma souris sans but en regardant dans le vide.

J’ouvre le fichier : « l’influence de la fonte des glaces sur les escargots trompettistes, l’exemple des gastéropodes d’Eksjö depuis la réunification allemande »

Je lève la tête. Grave erreur. Je découvre que des ouvriers sont en train de repeindre la façade d’en face. J’observe leur ballet sur les échafaudages. Mon admiration est sans borne pour ces courageux travailleurs.

Finalement, je décide d’écrire un article sur le sujet de la procrastination pour mon blog, parce que c’est un sujet de société qu’on remet toujours à demain et dont il faut parler ! (ah beh finalement j’aurais fait quelque chose aujourd’hui, comme quoi !)

 

 ————————————————-

Remarque : Cet article est une pure fiction et tout parallèle avec le fait que je n’ai absolument rien fait aujourd’hui serait totalement fortuit et hors de propos. Merci de votre compréhension.

* « Bouge ton cul ma fille », pour les non latinistes.

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5 Réponses to “Radiographie de la procrastination”

  1. Solène 25 novembre 2011 à 18:56 #

    Tiens ça me fait penser qu’avant d’arriver sur cette page, j’anticipais de commencer instantanément sous peu mon DA.

  2. Lucile 16 décembre 2011 à 16:03 #

    ha, très drôle ! décidément rien n’a changé dnas la vie des Erasmus! profites-en, ca ne va pas durer…

Trackbacks/Pingbacks

  1. All I want for christmas « - 21 décembre 2011

    […] J’en profite en passant pour dire que j’ai été très sage cette année et que j’ai bien travaillé (mais, s’il te plait, ne va pas lire mon article sur la procrastination). […]

  2. C’est décidé, ce soir je me couche tôt « - 22 avril 2012

    […] Ce que vous faîtes ressemble à ça : Lire l’article “Radiographie de la procrastination” […]

  3. A la recherche du (Fluide) point G | - 19 mars 2013

    […] A partir de ce jour, j’ai décidé de mener une enquête approfondie comme seul ce blog sait en faire. Parce que « les piplettes poilues » c’est ça avant tout. Je me suis un peu énervée récemment parce que les évènements étaient beaucoup trop urticants. Mais la neutralité scientifique, les études de fond, l’expertise poussée, la décortication des sujets les plus fondamentaux de la géopolitique mondiale, c’est ça qu’on vous offre sur un plateau rose et poilu. Comme la trilogie de l’épilation intégrale, et des boules à zéro, l’étude futuriste de la clope et la carotte ou l‘observation de la reproduction des escargots dans radiographie de la procrastination. […]

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