Boite à outils de la boite de nuit

24 Oct

Alors que la fête de la bière bat son plein en pays teutons, je saisis l’occasion pour parler d’un phénomène de société : la Fête de la chope. Il ne s’agit pas de chope de bière, mais de la chope* en boite de nuit. A la fois sauvage et finement codifiée, la chope en boite est tout un art.

Côté garçon, c’est « Mission impossible ».

Les filles sont habillées comme des prostiputes, il fait chaud, tout le monde est fortement alcoolisé… mais les chances de conclure restent minces…

Côté fille c’est « orgueil et préjugé ».

Si elles chopent : « les mecs sont en chaleuuur c’est incroyable ! c’est même pas flatteur tu vois, parce qu’on sent que la seule chose qu’ils veulent c’est baiser. »

Si elles ne chopent pas : « chuiiiii moooche ! tu vois que j’aurais du faire ce régime… »

La boite de nuit est un univers sans pitié, un laboratoire de relations sociales et sexuelles. En cela, elle est le lieu rêvé pour observer la faune humaine… Amis de la science, c’est après 5 ans d’observation participative dans ce lieu incongru que le docteur P.P. vous fait part de ses résultats.

Il existe plusieurs idéaux-types dans les individus fréquentant le lieu dit « boite de nuit ».

  • Le videur

Le videur porte plutôt mal son nom, puisqu’il est plutôt un empêcheur d’entrer. Il ressemble à une armoire à glace et est aimable comme une tombe de prison (spéciale dédicace à l’ami Moundir). Il est tout puissant et a le droit de faire un choix tout à fait arbitraire. Le délit de sale gueule est ici la règle. Même pas besoin de chercher une justification pour refuser quelqu’un.  (la HALDE** peut aller se saouler pour oublier…)

gros fake : un gentil videur qui ouvre la petite barrière à de mignons petits clubbers

Grâce au videur, les « idéaux-types » sont généralement représentés à chaque soirée.

Par exemple dans les boites françaises :

Il n’y a pas de gros, pas d’handicapés, pas de gens qui portent des baskets, un nombre limité de vieux (libidineux) et de Cougars peinturlurées.

Mais il y a : des Mecs à mèches et/ou en chemises et/ou avec une boucle d’oreille, des filles en petites robes noires et un minimum apprêtées (même si les critères de sélection sont moins stricts pour les filles que pour les garçons).

Si j’ai précisé qu’il s’agissait de la France, c’est qu’à Berlin, par exemple, les chemises et les petites robes noires, équivalent à avoir un gros « Touristes ! » clignotant au dessus de la tête. Les porteurs de telles tenues se font régulièrement jeter car ils sont « overdressed » (et BIM !). A Berlin, on  peut rentrer en boite en baskets et avec un vieux jean déchiré… et c’est tellement plus agréable pour danser…

Pas plus tard qu’avant-hier, j’ai vu un manchot dans une soirée en boite (ce n’était quand même pas un unijambiste mais il fumait avec son pied et c’était assez impressionnant à voir…).

Un phénomène intéressant est que lorsqu’il y a fouille ou demande de carte d’identité à l’entrée d’une boite, les garçons se font beaucoup plus emmerder que les filles (qui, elles, pourraient amener sans problème une kalachnikov juste en faisant un grand sourire à l’entrée et en assurant qu’elles n’ont rien dans leur sac).

  • La bitch à talons

Elle est court-vétue et on pourrait presque voir écrit sur son front en lettre dorées « fuck me, i’m drunk ». Elle se déhanche de façon sensuelle quelle que soit la musique, même si c’est de la minimale ou de la techno. Elle mérite le nom de « bitch » surtout parce qu’elle a fortement tendance à écraser les pieds de ses voisines avec ses talons de 15 centimètres en dansant.

  • Le relou

En boite, pour les filles, il y a deux catégories de garçons : le relou et la chope potentielle.

Si vous ne voulez pas être jugé sur des critères totalement arbitraires comme le port d’une boucle d’oreille ou le niveau de sudation, allez choper ailleurs.

La frontière entre le relou et la chope potentielle est ténue et le passage de l’un à l’autre est possible à tout moment.

En mode relou, la fille pousse impitoyablement l’individu tentant une approche de la main, en prenant généralement un air dégoûté. Plus le garçon insiste, plus son statut de relou se renforce. S’il est trop insistant, la copine moche se doit d’intervenir :

  • La copine moche

La copine moche est un concept relatif. N’importe qui peut se retrouver la copine moche de quelqu’un à un moment où à un autre. Pourquoi « moche » ? Parce que son pendant, la copine « belle » attire les mâles alentours. La copine moche, c’est celle qui ne chope pas. La copine moche doit rester attentive aux messages quasi-subliminaux envoyés par son amie. Si cette dernière lui lance des regards désespérés, elle doit venir à la rescousse pour séparer les danseurs, sous prétexte, par exemple, d’aller faire une petite séance de ravalement de façade aux toilettes. Petite parenthèse ici concernant les toilettes des boites côté filles : Les embouteillages y sont fréquents puisque les filles y font toutes sortes de choses : du re-maquillage au réajustement de robe et il est fréquent de se rendre compte au bout de 10 minutes que la plupart ne veulent même pas réellement aller aux toilettes. Ainsi, si vous entrez dans des toilettes quasiment vides, ressortez voir ce qui est inscrit sur la porte : vous êtes sans doute dans les toilettes des garçons…

Bref, donc pour en revenir à la copine moche. Il y a UNE erreur à ne pas faire, c’est tenter « la technique lesbienne » pour repousser un relou. Danser collées serrées en se disant que, puisqu’on a l’air d’aimer les filles, le mec va repartir déçu est une GRAVE erreur tactique. En effet, cela allume une case dans le cerveau masculin, quelque part entre « plan à trois » et « porno lesbien », il a donc tendance a être encore plus excité et insistant.

  • Le copain gay

Le copain gay a un peu le même rôle que la copine moche. La différence, c’est que ses copines passent leur temps à se jeter à son cou pour éviter les relous. En général, le copain gay en a marre d’être utilisé comme ça et rêve qu’un jour ce soit plutôt un garçon qui vienne se frotter à lui… En attendant, dans l’univers impitoyable, macho et alcoolisé de la boite (si elle n’est pas officiellement gay friendly), il ne tente pas d’approches de peur de se faire casser la figure.

  • Le barman

Le barman de la boite est toujours overbooké, il fait des cocktails à la pelle et ne sait même plus qui a commandé quoi. A cause de la musique, il n’entend jamais ce que les gens veulent commander. En général, ce n’est pas vraiment un problème : ils sont tellement bourrés qu’ils boiraient n’importe quoi.

  • Le DJ

En France, complètement ignoré, à Berlin, complètement idolâtré, le DJ a un statut variable.

C’est lui  qui fait la réussite ou non de la soirée par son choix de musique.

Il a le pouvoir de créer ou casser les coups selon la musique choisie. Par exemple, dans les soirées non officielles et plutôt entre amis, passer « la Marseillaise » au moment où quelqu’un va embrasser une fille est LA solution pour lui casser son coup (true story).

Maintenant, étudions quelques interactions entre ces individus :

  • L’approche

Chers amis, ne pensez pas que c’est parce qu’elle vous tourne le dos que la demoiselle ne vous as pas vu. Elle vous avait repéré avant même que vous la voyiez. Elle fait seulement semblant de ne pas vous avoir vu. Si elle persiste dans cette prétendue cécité et qu’elle se rapproche sensiblement de ses copines (ou de son sempiternel pote gay qui est là pour protéger ses copines des prédateurs sexuels de la nuit), vous pouvez déjà voir en lettres clignotante les mots suivants danser dans la lumière des projecteurs : « Game Over ». Eh oui, car en boite, ce sont les filles qui gèrent le marché. Elles prennent, elles jettent, elles repoussent, elles chauffent puis elles abandonnent…

  • Le syndrome de la fille toute seule

Lorsque la « copine belle » rencontre une chope potentielle, la « copine moche » se retrouve seule à ruminer  sur une banquette… Elle envisage toutes sortes de régimes à base de feuilles de carottes

En l’absence de sa « copine belle », elle change de statut et développe « le syndrome de la fille toute seule ». Les garçons, mâles dominants courageux et forts, ont généralement peur des groupes de filles. La chance de se faire repousser augmente d’ailleurs avec le nombre de copines.

Cela est fortement lié au fait que, si les copines de la personne convoitée vous étiquettent comme « relou » (d’un regard excédé), vous augmentez vos chances de rejet. Alors que si la fille toute seule vous considère comme relou, elle n’a pas d’échappatoire. Elle s’était assise sur un canapé donc elle peut difficilement bouger et sa copine étant fort occupée, elle ne peut pas faire semblant de vouloir retourner danser avec elle.

Il convient alors de faire entrer une nouvelle donnée dans l’équation : la parole.

La boite est un monde sourd où personne ne s’entend et où ce sont les corps et les gestes qui parlent. On s’invite d’un regard, se repousse de la main…

Mais en marge de la piste de danse, quand le langage du corps se tait, la parole doit prendre le relai.

Le volume sonore oblige à se parler très près et permet des rapprochements tactiques. En général, les difficultés à communiquer font que le niveau de la conversation reste dans des tréfonds affligeants. N’espérez pas débattre de la disparition des bulots à coque tacheté de la côte sud de la Normandie en boite de nuit… Mesdemoiselles, n’espérez pas non plus éveiller un intérêt fou de la part de votre interlocuteur en essayant d’expliquer que vous travaillez en temps que responsable projet dans le domaine de la mécanique quantique des fluides métriques…

Il ne vous écoute pas et est en train de préparer des phrases habilement sélectionnées dans « le guide du lover », telles que : « Je ne comprends pas que tu sois assise là toute seule, tu es la plus jolie fille de cette soirée », « tu n’as pas vu mes potes ? j’ai été distrait par ta beauté et je n’ai pas vu de quel côté ils sont partis… », « je me disais vraiment qu’il n’y avait personne d’intéressant dans cette boite… avant d’avoir commencé à te parler… »

  • La fuite

Il arrive un moment où le temps de la chope est fini. Tout le monde s’est bien amusé, et il est temps de rentrer se coucher. Certaines personnes disparaissent sans prévenir. Combien de filles ne sont jamais revenues d’une expédition aux toilettes… ?

Nombreux sont ceux qui parviennent quand même à récupérer un numéro de téléphone. Ils s’empresseront d’envoyer un « j’ai passé une merveilleuse soirée en ta compagnie » à l’élue de leur soirée…

  • Les suites

Certains et certaines revoient la personne rencontrée au cours de la nuit au grand jour. Soit le lendemain matin dans leur lit (parfois à leur grande surprise), soit plus tard au cours d’un rendez-vous.

Le retour à la lumière réserve parfois des surprises…

Malgré quelques exceptions (comme toujours), s’il vous prend l’envie de revoir quelqu’un rencontré en boite : abstenez-vous.

Ce qui appartient au monde de la nuit reste dans la nuit. Quand la chope (de bière) est finie, il est temps de passer à autre chose : la preuve en image :

 

* Petite précision ici : j’emploie « chope » au sens faible du terme. Dans cette acception, il peut aller de danse collés-serrés à tripotage sur canapé.

** La Halde est la « haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité ». pour votre culture : http://www.halde.fr/

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7 Réponses to “Boite à outils de la boite de nuit”

  1. Aaag' 24 octobre 2011 à 20:26 #

    « Mais en marge de la piste de danse, quand le langage du corps se tait, la parole doit prendre le relai. » HAHAHA On note un certain élan lyrique qui vient ajouter du comique au texte.

  2. Aaag' 24 octobre 2011 à 20:27 #

    Et : « Aujourd’hui, en boîte, je revois une fille rencontrée à une précédente soirée bien alcoolisée. « Bah j’attendais ton appel ! — Mais je n’ai pas ton numéro ! » Elle saisit donc mon téléphone et le note… jusqu’à ce qu’apparaisse « Jessica Sexe ». Ah ben si, je l’avais. VDM »

    • Maïlys 26 octobre 2011 à 03:04 #

      faudrait trop essayer de la poster sur vdm, je suis sûre qu’elle plairait! lool

      • lespiplettespoilues 26 octobre 2011 à 09:00 #

        heu… je crois que c’était déjà une histoire de VDM… non ?

  3. Maïlys 25 octobre 2011 à 04:17 #

    et du coup je me demande, carotte ou feuille de carotte? ;p

  4. Tamere 31 octobre 2011 à 23:50 #

    Ha la true story de la marseillaise!
    Je trouve l’ensemble de l’article assez heteronorme’ (les filles qui jaugent les garcons et les garcons qui draguent les filles… les filles qui gerent le marche’…) heureusement que tu evoques l’existence du sempiternel pote gay…
    Jsuis encore plus heureux de ne pas etre une fille n’empeche, le statut de « copine moche » n’est pas tres enviable!

  5. marquent 13 janvier 2015 à 16:51 #

    il y a du vécu dans ce texte c’est sure ! juste que dans la faune un oublie peut être volontaire, les nases alcoolisés ceux ne ne gère pas leur frustration,et qui cherchent
    a s’imposer par des effets d’intimidation.Histoire de mépriser les codes élémentaires de civilités.tout dans la gueule (des fois dans les bras ) et rien dans la tronche et le (calcif )

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