De l’infidélité

10 Sep

Avec mon coiffeur, on s’est rencontrés il y a 5 ans. J’ai eu d’autres coiffeurs avant, mais c’est avec lui que j’ai eu ma relation la plus longue. Avec mon coiffeur, tout se passe bien. On s’entend bien : on a des discussions profondes sur la vie, on rigole bien… On a un accord tacite : malgré toutes ses supplications, je ne viens qu’une fois tous les 6 mois, mais je reviens toujours. Quand je l’appelle la veille pour le lendemain, il a toujours de la place pour moi.

Mais, ce matin, j’ai fait quelque chose d’horrible : j’ai trompé mon coiffeur.

Ce n’est pas parce qu’il n’avait pas de place, je ne l’ai même pas appelé. Ce n’est pas que j’étais ailleurs et qu’il y avait une urgence : je suis juste allée voir un autre dans la même ville.

Qu’est-ce qui m’a poussé à le faire ? Je ne sais pas exactement. Peut-être de la lassitude…

Soyons clairs : mon coiffeur ne m’a jamais ratée. Mais justement, avec le temps, il prend de moins en moins de risques… La passion des débuts, où il m’entortillait les cheveux avant de donner un coup de ciseau dedans, me faisant frissonner d’anticipation, puis relâchant une mèche gracieuse, s’est éteinte.

J’avais envie d’une aventure capillaire. Et voilà que toute ma famille s’est mise à chanter les louanges d’un coiffeur qui venait de s’installer. Nouveau coiffeur, peu de relations, petit salon discret… J’ai pris ma décisdans un élan audacieux : j’ai demandé à ma mère de me prendre un rendez-vous. Pas la veille pour le lendemain, non : plus d’un mois avant !

A quelques jours de la date fatale, j’ai commencé à anticiper, à douter. Faisais-je le bon choix ? Après tout, mon coiffeur était peut-être prêt à tout tenter pour moi… Je ne lui avais jamais parlé de la routine s’étant installée dans notre relation… Pourquoi vouloir à tout prix tenter une coupe avec un autre ?

J’avais peur que mon changement de coupe vende la mèche à mon coiffeur. Je passais devant son salon le plus vite possible (pour ne pas qu’il ne voit pas mes cheveux longs puis mes cheveux courts le lendemain). J’inventais déjà des excuses au cas où cela se produirait : Une amie en CAP coiffure ? Une pulsion soudaine au cours de mes vacances dans le limousin ?

Et puis, le jour fatal est arrivé. J’étais excitée et honteuse à la fois. Heure du crime : 11h.

Le coiffeur avait un collier autour du coup : aucun doute, il est gay.

Ce que j’aime bien avec mon coiffeur, c’est le doute qui persiste à son sujet. J’ai cru pendant longtemps qu’il était gay et un jour il m’a parlé de ses enfants…

Le coiffeur m’a demandé si j’étais d’accord pour que Kevin, le stagiaire, participe à mon shampooing. Un plan à trois ? Pourquoi pas… après tout, j’étais là pour expérimenter.

Le jeune homme semblait fort stressé. Il m’a installée au bac de lavage et… rien. Je me suis demandé ce qu’il foutait. C’est difficile de voir ce qui se passe avec la tête en arrière dans un bac. Je commençais à essayer de jeter des coups d’œil. Il m’a dit, dans un aveu d’impuissance : « on attend le coiffeur ».

Le manque d’expérience du stagiaire (qui en plus avait un prénom merdique tout droit sorti d’une série B américaine des années 80) m’a immédiatement sauté aux cheveux. On aurait dit qu’il essayait de me poncer le cuir chevelu avec ses doigts. J’ai du me concentrer avec force pour ne pas exploser de rire. Je ne voulais pas être responsable d’un traumatisme menant à son impuissance future à laver les cheveux longs. A un moment, j’ai quand même failli lui dire que, s’il voulait, je pouvais me les laver moi-même…

Et puis, tout d’un coup, au moment du deuxième shampooing, des doigts se sont glissés dans mes cheveux et une voix douce m’a glissé « On change des mains, je vous fais le deuxième shampooing ». Le coiffeur prenait le relai. Je me suis demandé si  le ponçage avant le massage était une technique pour rendre la deuxième partie encore plus divine…

Une fois devant le miroir, la culpabilité a recommencé à me ronger. Le coiffeur a commencé à me poser des questions sur ma vie.

Mon coiffeur, lui, il sait déjà tout. A chaque fois, c’est juste un « update ». Il a connu le bac de français, le bac S, les concours, La prépa, re-les concours, mes retours périodiques de Strasbourg…

J’ai tout à coup réalisé qu’il allait rater les nouvelles des six derniers mois… et du coup la prochaine fois, nous aurions un an à rattraper… Qu’avais-je fait ?

N’étais-je pas en train de saper les bases même de notre relation ? Se demanderait-il pourquoi je n’étais pas venue cette fois ? Verrait-il la prochaine fois que je m’étais fait couper les cheveux par un autre ?

Le pire dans l’histoire, c’est que mes cheveux sont bien coupés. Mais je ne retenterai pas l’expérience. J’ai pris conscience que mon coiffeur était le Bon.

La prochaine fois que j’irai le voir, je vais franchir le pas. Je sais que je serais alors prête à m’engager : je prendrai la carte de fidélité !

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3 Réponses to “De l’infidélité”

  1. Maïlys 12 septembre 2011 à 05:19 #

    mouhahahaha, j’adore la chute!

    Moi mon coiffeur, je l’aime d’amour! C’était le coiffeur de ma mère puis c’est devenu celui un peu de ma sœur et c’est le mien. Pareil, je vais le voir une fois tous les 6 mois mais les updates dataient de moins puisque ma mère y allait souvent. La prochaine fois que j’irai le voir, je te raconte pas tout ce qu’il aura raté!
    Au début, c’était « je ne sais pas trop, faites ce que vous voulez, mais pas trop court, pas trop long, comme-ci, pas comme ça » etc. »
    Un jour, je lui ai laissé plus de liberté et je suis ressortie avec une frange que j’ai tout de suite laissée repousser parce que je n’aimais pas du tout.
    Je suis retournée le voir. Bon, certes, pour ce qui est de coiffer vraiment, pour un mariage, là je me dois de lui être infidèle. J’ai tenté l’expérience 2 fois, je suis toujours ressortie avec de drôles de trucs. Juste par respect pour l’argent que ma mère avait dépensé, j’étais restée comme ça (c’était moche mais pas horrible à ce point) mais à 2 doigts de ma passer la tête sous l’eau quand même.
    La dernière fois que je l’ai vu, j’accompagnais ma mère chez lui et quand il eut fini, je l’ai regardé, les yeux suppliants, des photos de Anna Hathaway dans ma poche « Sébastieeeeeen (pas de blagues de Sébastien de Gad, je l’aime mon coiffeur), j’ai envie d’avoir une frange comme ça, t’en penses quoiiiiiii? Parce que j’ai peur quand même! »
    Depuis, je suis allée chez un coiffeur low-cost ici. Héhé, pas de problème de ponçage de cuir chevelu puisque le shampoing est en supplément, donc pour une simple coupe, on te pschitte les cheveux. Là aussi, j’ai failli mourir de rire.

    Verdict n°1 : c’est bien d’appeler ton coiffeur quand tu as un problème capillaire car, depuis l’autre bout du monde, il dégaine son iPhone, prend une photo de ce que tu dois acheter pour sauver la matière première de son boulot.
    Verdict n°2 : tu vas devoir être infidèle une seconde fois pour ne pas qu’IL découvre que la dernière fois que tu as fait couper ta frange, c’est toi qui tenais les ciseaux (cri d’effroi)

  2. F. 19 septembre 2011 à 09:38 #

    Tu as beaucoup de chance M. d’avoir trouver le bon.
    Moi j’enchaîne les plans coiff’ sans avoir encore trouver la perle rare…
    Je ne désespère pas de la trouver un jour!

  3. Maïlys 19 septembre 2011 à 19:57 #

    pour avoir la crinière en mode « cheveux au vent, en bataille planifiée et le tout follement sexy » je vous conseille d’aller voir http://www.cutbyfred.com

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