Je suis un homme, mais je me soigne

14 Août


Après l’article sur la condition des femmes au pouvoir, penchons nous sur le cas masculin.

Les mouvements féministes ont tendance à beaucoup décortiquer la féminité : ses représentations, ses déterminants etc. On parle beaucoup de toutes les difficultés que peut engendrer pour les femmes la recherche de leur identité. Mais on se penche bien plus rarement sur le cas des hommes. Qu’est-ce qu’être un homme aujourd’hui et les hommes peuvent-ils se débarrasser des carcans de la masculinité ?

J’aimerais partager avec vous l’analyse de Dominique Méda et Joy Sorman publiée dans Le Monde fin Juillet. Pour elles, « L’émancipation des femmes passera par celle des hommes appelés à se débarrasser de leurs stéréotypes et à refuser les assignations de genre ».

Selon Dominique Méda : « la société ne s’est pas adaptée à cette véritable révolution qu’a constituée, à partir des années 1960, l’arrivée massive des femmes dans le salariat. Il aurait fallu tout repenser dès lors que ces « réservoirs de temps » qu’étaient les femmes devenaient plus rares. Il aurait fallu débattre, renouveler les politiques publiques, développer des modes d’accueil des jeunes enfants, en qualité et quantité, revoir radicalement l’organisation du temps de travail (raccourcir la norme de travail à temps complet), impliquer les pères dans la vie familiale.. Comme tout cela s’est fait sans débat, les femmes sont rentrées dans ce monde du travail-là et c’est sur elles que s’est fait l’ajustement : l’arrivée d’un enfant continue de constituer un très fort choc sur l’activité féminine, pas du tout sur l’activité masculine.»

Les deux auteures appellent à une libération des hommes des carcans de la virilité, de la même manière que les femmes cherchent à se libérer des préjugés sur les rôles qui leur sont assignés. (ex : femme = bonne mère de famille = bonne blanquette de veau).

Si elles trouvent le courage de dire : « Non, Gustave, récurer les toilettes n’est pas ma passion première dans la vie… », les hommes devraient pouvoir dire « Non, Georgette, je n’aime pas tondre la pelouse… ».

Oui, je sais : c’est cool, tout le monde est d’accord en théorie mais en pratique, les mentalités évoluent lentement. Les poils continuent de pousser sous les bras des féministes, comme la barbe  au menton des sages et la situation reste inchangée…

Mais peut-être est-ce parce que ce combat de tranchées est, au final, un non-sens.

Peut-être que, si malgré toutes les lois les mentalités n’évoluent pas, il faut changer de tactique. Tendons la main à nos ennemis d’hier et marchons ensemble sur le chemin de la paix et de l’égalité  (mon Dieu, que c’est beau… je m’émeus moi-même… tant de bons sentiments ça donne envie de courir nu dans un champ de pâquerettes (mais gardez-vous d’une telle folie. Vu les températures ces derniers temps, vous attraperiez un rhume de fesses.).

Oui, dans un grand moment d’espoir, de pacifisme, j’ai envie de dire « I had a dream, the dream that one day we all would be cute little bisounours »…

Levons le drapeau blanc. La « guerre des sexes » doit cesser. Il faudrait qu’elle fasse place au dialogue. Cessons de voir les hommes et les femmes comme deux populations opposées, comme deux ethnies aux différends inconciliables.

Comme le dit Joy Sorman : « Nous sommes arrivées à un moment historique décisif : le combat féministe n’est plus un combat des femmes contre les hommes ou des dominés contre les dominants, mais un combat pour unir nos forces contre cet ennemi commun, les assignations de genre.

Face à cette déconstruction de la féminité, certains hommes commencent à s’interroger sur leur propre virilité et sur la nécessité de déconstruire et d’interroger également la masculinité. Si les femmes ne sont pas naturellement vouées à confectionner des tartes aux pommes, alors les hommes ne sont pas naturellement voués à faire la guerre.

De plus en plus d’hommes refusent d’être assignés à cette virilité fictive et autoritaire. Le contexte économique des années 2000 n’est plus celui du golden boy des années 1980. La crise économique aura peut-être au moins eu cette vertu de mettre à mal le modèle unique de l’homme fort, ambitieux et arrogant.

Les femmes doivent aider les hommes à se libérer de ces injonctions d’abord parce qu’elles ont tout à y gagner : ainsi, un homme qui préfère être père au foyer et a la possibilité d’assumer cette préférence permettra, de fait, à la mère de ne pas sacrifier sa carrière professionnelle et d’oeuvrer pour l’égalité des salaires et des responsabilités. C’est mécanique.

Il ne s’agit pas tant de se débarrasser des stéréotypes que de les faire jouer. De ce point de vue, la vie amoureuse, sentimentale et sexuelle, est une question politique. La question du désir dans un couple et la façon dont il se structure est politique parce que les enjeux de désir sont aussi des enjeux de pouvoir.

[…] L’avenir du féminisme passe par les hommes, mais surtout par la mixité : s’il faut de la parité à l’Assemblée nationale, il en faut aussi dans les mouvements féministes

Il ne s’agit évidemment pas de réglementer ce qui se passe dans les chambres à coucher, mais d’avoir une forme de distance et d’ironie vis-à-vis de son propre genre, pour dédramatiser aussi, ne pas trop prendre au sérieux le fait d’être une femme ou un homme. C’est là que la séduction peut être égalitaire, ou « démocratique », pour reprendre la formule du sociologue Eric Fassin ; c’est une séduction qui respecte l’autre, qui l’entend. »

Ainsi, l’Islande, a récemment mis en place un congé parental dont un tiers est réservé à la mère, un tiers au père et un autre tiers partageable entre les deux. (pour ceux qui veulent en savoir plus : cliquez ici)

 

L’égalité ne passe pas seulement par l’obtention de concessions, de privilèges, de reconnaissance par le combat et l’agressivité. Elle peut aussi être obtenue en construisant les choses ensemble. Nous pouvons chercher des solutions avec les  hommes et pas seulement contre eux. Non seulement, les mentalités auraient de grandes chances de changer plus vite, mais on passerait de bons moments en attendant. Pourquoi ? Parce qu’on ferait l’amour au lieu de faire la guerre.

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2 Réponses to “Je suis un homme, mais je me soigne”

  1. F. 15 août 2011 à 10:31 #

    M., nous sommes deux jeunes bisounours dans un monde de brutes…
    Je suis entièrement d’accord (en plus dans tes citations se trouve Eric Fassin, un de mes sociologues favoris 🙂 ) mais je pense que le cessez-le-feu sera difficile tant les préjugés ont la vie dure et le moralisme est encore présent concernant le genre : http://www.liberation.fr/societe/01012353222-l-homosexualite-enseignee-a-l-ecole-une-pilule-qui-passe-mal
    ou autre article à ce sujet de notre bien-aimée déesse Mazaurette : http://www.sexactu.com/2011/08/14/hourra-lhomosexualite-existe-desormais-dans-les-manuels-scolaires/
    Cette polémique récente qui montre que certains pensent encore que les théories du genre ne sont que des croyances (venant de croyants, ça sonne un peu faux…) me laisse un brin perplexe sur le fait de réconcilier hommes et femmes concernant le combat du genre…même si j’aimerais y croire!

Trackbacks/Pingbacks

  1. Je suis une femme mais je me soigne | - 27 octobre 2016

    […] Pour lire notre article sur la part de féminité masculine, c’est par ici. […]

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