Orgueil et permanentes

7 Août

un article de M.T (je crois que les prénoms de toutes les piplettes commencent par M., ça devient problématique…) :

Aujourd’hui et après de longs mois de harcèlement, j’avais enfin décidé de céder aux menaces de morts de M. (P.P en chef)  et d’écrire un article pour les P.P (je ne sais pas si cette abréviation est déjà rentrée dans les mœurs, mais je fais confiance à l’équipe marketing).

Un article super intelligent sur la place des femmes dans la société, sur les nouveaux/en fait pas trop nouveaux débats qui sont en train de s’ouvrir dans les médias / mais en fait on les ouvre pas trop / enfin on les ferme vite quand DSK n’est plus assigné à résidence dans son appart 5 étoiles.

Bref, un article brillant.

Avec des citations de sources à la clé, et tout.

Et puis je suis allée chez le coiffeur.

Il y a des moments, dans la vie, où tu es plein de confiance en toi, tu as envie de déplacer des montagnes, tu sais que rien ne peut t’atteindre.

Et il y a les jours où tu vas chez le coiffeur.

Alors je ne sais pas pour toi, donc je ne vais pas m’avancer, mais pour moi le coiffeur c’est un peu un endroit bizarre où tout me paraît incompréhensible ; des notions impossibles à assimiler, des concepts importés d’une autre planète.

Illustration n°1 : Le moment où tu appelles pour prendre RDV (donc pour moi, jeudi soir pour le vendredi) et qu’on te demandes « Oui, et ce sera pour quoi ? ».

« EVIDEMMENT » me diras-tu, « arrête de faire ta bécasse, tu sais bien que c’est pour savoir combien de temps ça prendra, en fonction de ce que tu veux faire ». Alors oui, ok, mais quand tu dois répondre « ben c’est pour me faire couper les cheveux », à chaque fois,  avec un petit rire nerveux genre « ha ha ben oui logique quoi… tu comprends mon inconfort, tu vas bien rigoler avec moi quand même » et que la coiffeuse te laisse juste mourir pendant 30 secondes de blanc avant de répondre un « ok » d’un ton sec et de raccrocher, et ben ça fait mal.

Mais en vrai, le moment le plus douloureux, c’est d’entrer chez le coiffeur.

Déjà parce que tu es sûr que ce sera soit bondé, soit archi vide. Chez moi, là, c’était vide. Mais l’année dernière (oui globalement c’est à peu près mes statistiques d’allées et venues chez le coiffeur) il y avait tellement de monde qu’elle m’a coupé les pointes dans un placard sans lumière entre deux bigoudis.

Et du coup j’étais trop deg, parce que je pouvais pas profiter de l’ambiance.

Illustration n°2 : Chez le coiffeur, il y a toujours un écran plasma géant. Je sais pas chez toi, mais chez moi ils ont décidé de passer en boucle des défilés de mannequins. Donc pendant trente minute, devant ton miroir, tu regardes le reflet inversé de mannequins qui marchent sur un podium, et tu te demandes comment il peut y avoir autant de gens prêts à déambuler sur un bout de marche parce que concrètement pendant 30 min, il y a pas eu deux fois la même tête.

Par contre, il y a eu deux fois la même musique.

Nan je déconne.

Il y a eu MILLE FOIS la même musique.

En fait, ma coiffeuse ne dispose que d’une seule musique dans son iPod, et le titre c’est « trop de batterie sur une musique électronique qui décline à l’infini trois notes choisies scrupuleusement pour ne pas être harmonieuses ».

Tu crois qu’elle laisserait au moins la musique du défilé, mais non. Elle veut apporter sa propre touche à cette ambiance festive. C’est sûrement son esprit créatif.

Quand tu arrives à faire abstraction de la TV et de la musique, donc moi ça me prend environ 10 minutes en me concentrant sur la liste des composants du seul shampoing dans mon champ de vision, tu as passé un cap. Mais alors tu entres dans un nouveau concept : ta tête.

Illustration n°3 : Chez ma coiffeuse, c’est un peu comme dans les cabines d’essayage de H&M et Esprit. Un jour un mec s’est dit « tiens, si j’arrive à éclairer mes miroirs de telle manière, afin que tous les défauts de mes clients leur sautent bien à la tête, c’est sûr, je vais vendre plus de vêtements ! »

En bref, ça veut dire que quand tu arrives enfin devant le miroir et que tu vois ta tête, t’as juste envie de regarder le défilé sur écran plasma. En boucle. Pendant 10 ans.

D’ailleurs aujourd’hui, ma coiffeuse devait penser que j’étais dans un bon jour et prête à tout affronter, parce qu’elle m’a clairement posée devant le miroir qui rend le plus moche. Avec la lumière blanche bien criarde qui te fait regretter d’être née.

Je le sais, parce qu’à la fin elle m’a bougée de miroir (« ouais parce que là c’est mieux pour sécher ») et que tout à coup je ressemblais moins à Susan Boyle. Mais j’étais clairement plus trop disposée à déplacer des montagnes après ce coup dur. La coiffeuse l’a d’ailleurs remarqué, et pour me faire plaisir, m’a lancé d’une voix mielleuse : « Vous voulez un peu de lecture ? »

Et là, je me suis souvenue.

Illustration n°4 : Je me suis souvenue qu’il y a quelques années, j’avais tenté de venir chez le coiffeur avec Le Monde dans mon sac. La coiffeuse m’avait regardée en riant pendant une heure. La fois d’après, j’avais tenté un livre. Re-sourire moqueur.

Donc j’ai abandonné. Maintenant, je lis Closer.

Et du coup, quand t’as passé une heure dans une pièce surchauffée avec des vitres qui donnent sur la rue (et t’as honte parce que tu crois que tout le monde te matte alors qu’en vrai personne s’est jamais arrêté devant une boutique de coiffeur en collant son nez contre la paroi pour regarder si la permanente de la petite vieille du fond prenait bien), ben tu acquiesces et tu prends Closer.

A ce moment là, mon égo est déjà bien affaibli. Mais le pire moment fut lorsque je me vis ouvrir directement et tout naturellement le magasine à la page « Révélation Secret Story ». Et la coiffeuse aussi, l’a vu.

J’étais tombée au fond du trou. Quand la coiffeuse a balayé mes cheveux sur le sol, j’ai vu des bouts de mon âme partir avec, en direction de l’arrière-salle où ses collègues se moquaient du 3ème mannequin en partant de la droite parce que putain elle est moche celle là !

Et au final, en sortant de chez ma coiffeuse qui a mon âge et mes cheveux – apparemment, vu que quand elle parle de mes cheveux elle dit « ouais des cheveux comme les nôtres c’est comme ça il faut leur mettre un sérum à la vanille dessus c’est tout » –, je me suis rendue compte que globalement, ton coiffeur, c’est un peu comme un ouvrier du bâtiment. Tu peux lui demander ce que tu veux, mais concrètement à la fin, tu vas prendre ce qu’il te donne et tu souriras bêtement en attendant la fin du chantier.

Illustration n°5 : Aujourd’hui, ma coiffeuse trouvait que les cheveux longs c’était « trop beau et franchement moi aussi j’aimerais bien me les laisser pousser ». Du coup elle m’a coupé 3 cm et m’a dit « Voilà je veux pas trop couper».

Et concrètement, ça, c’était l’indice pour me dire que je pouvais me lever et aller payer, parce que elle, vivante, elle coupera pas un centimètre de plus aujourd’hui.

Et toi bêtement, en allant chez le coiffeur, tu penses que tu vas pouvoir changer de tête, commencer une nouvelle vie, rencontrer des nouveaux gens, refaire le monde, gagner au loto. Mais en vrai, si ta coiffeuse, elle avait eu envie de te faire des mèches rouges et une coupe en brosse, t’aurais dis « ouais ok, ben j’y avais jamais songé mais si vous me garantissez que ça rendra bien… ».

Donc il y a quand même un moment où tu te dis que si la coiffeuse a l’air si sûre d’elle, tu peux lui demander conseil. Aujourd’hui, j’ai tenté.

Illustration n°6 : « Et donc euh, vous, vous me conseillerez quoi, pour changer de tête, enfin pas trop changer hein mais faire un peu de changement quoi mais sans tout bouleverser enfin voilà quoi ? »

Réponse : « Faut mettre du sérum à la vanille, ça sent trop bon. »

Je suis ainsi rentrée chez moi abattue avec un flacon de sérum à la vanille pour faire briller mes cheveux ternes (« mais c’est normal des cheveux comme les nôtres ils sont ternes c’est parce qu’ils sont bouclés ») et j’ai donné une pièce de 2 euros pour la remercier de m’avoir pris 37 euros.

J’aime pas la vanille.

 

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Une Réponse to “Orgueil et permanentes”

  1. Maïlys 8 août 2011 à 05:13 #

    rhha, je voulais retrouver le lien vers un billet (que je croyais être de mimi stinguette, mais que j’ai pas retrouvé et donc je me demande si c’est pas de pénélope bagieu mais j’ai pas le courage de le chercher) ou elle va chez le coiffeur pour un grand changement mais pas trop quand même et tu vois la coiffeuse qui lui change sa raie de côté
    moi j’ai de la chance, j’aime mon coiffeur, il est gentil, à l’écoute, talentueux et professionnel (et plutôt pas mal en plus de ça), donc je le garde jalousement!
    Aux US, je n’ai eu le courage d’y aller qu’une fois, juste pour couper 3 cm de pointes, mais parce que j’ai pas eu le courage de demander plus (ils te lavent même pas les cheveux mais te les mouillent juste au spray… oui bon, j’ai payé 15$ aussi).
    Par contre, c’est la nana avec son anneau dans le nez qui m’a vendu du fonddeteintanticernepoudre qui m’a presque fait peur… un peu comme quand ta coiffeuse a des mèches roses et vertes…

    très bon article et très bonne observation !! (et Mathilde, change tes potes un peu parce que trop de M tue le M)

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