Sois fille et tais-toi.

20 Juil

Pour continuer dans l’exotisme, voici un article de M.C., envoyée spéciale en Chine (oui oui ce blog a des moyens ^^) :

Je reviens de Chine. Aaaaah, la Chine! Sa grande muraille, ses moines tibétains tellement peace & love qu’ils te refilent la paix intérieure comme on attrape un rhume, ses rizières moirées par les rayons du soleil… Et ses chinoises.

Que l’on se mette d’accord, je ne suis pas du genre à me laisser entraîner par les jugements hâtifs (bon en tant que fille on a toutes un moment bitch de temps en temps), mais ce n’est pas le propos ici. Je voulais écrire non pas pour énumérer des généralités qui, sans explications, pourraient être vues comme  du bitchage* pur et simple sur le look des nanas que j’ai croisées, mais pour essayer de comprendre l’attitude de beaucoup de chinoises que j’ai rencontrées ou aperçues, en ville comme en campagne. Le contraste avec notre attitude de femme indépendante, voire dominatrice, en Europe, est assez frappant.

*  pour nos congénères masculins : bitchage  = attitude qui consiste à se réunir en groupe autour d’un thé, d’un Cosmopolitan (depuis Sex & The City) ou d’une cabine d’essayage pour lyncher une ou un groupe de personnes (souvent du même sexe), sur des thèmes sélectionnés selon l’humeur du jours : couleur du T-shirt “sooo 2008”, manière dont cette dite personne fume sa cigarette ou dit “salut, ça va ?” ou selon d’autres critères aléatoires dont la liste est plus longue que l’évangile de St Matthieu. Le bitchage contribue ainsi à a cohésion sociale du groupe (pour aller plus loin, vous pouvez vous documenter sur la théorie du bouc-émissaire de René Girard, que j’ai la flemme d’expliquer ici).

Je suis sexy, ça me suffit ?

Prenons le look. Inventeuses du maquillage (si si, avant les Egyptiens), les chinoises ont l’habitude de prendre très soin d’elles : crèmes de rose, senteurs de lotus, onguents en tous genres leurs permettent de rester la plus belle pour aller danser. Certes, c’est plutôt agréable de se sentir belle, me direz-vous. Mais entre se sentir belle et féminine (notamment pour éviter que son homme n’aille voir ailleurs, ai-je entendu) et traverser la frontière interdite pour entrer dans les tréfonds du monde Girly Girl, pénétrer dans l’antre du mauvais goût jusqu’à en oublier sa dignité, là je dis, il y a des limites !

Non non, ce ne sont pas les derniers numéros de Guts ou Entrevue, mais le Jeune & Jolie local

En effet, j’ai aperçue des jeunes filles qui, dès 13 ans, se pavanent dans les villes en mini short (que dis-je : micro-short!) en skaï + bustier en dentelle ou chemise jabot à froufrous (mais si vous savez, celles de Jennyfer. Ne faites pas celle qui n’est pas au courant!) + talons plus longs que mon bras, en version satinées/rouges/à sequins (éléments combinables).

Mais… Pourquoi ? Pourquooooiiiiiiii?!

Une fois le choc passé, j’ai donc essayé de comprendre quelle est l’image et la condition des femmes en Chine actuellement, à l’aide d’articles sur ce pays (il y en a à foison dans tous les hebdos en ce moment, paraîtrait que c’est la deuxième puissance du monde maintenant) et de livres sur la culture chinoise (bon ne vous enflammez pas, j’en ai lu un dans l’avion, ok ?). Il en est ressorti qu’en 2011, il est toujours difficile d’être une femme en Chine (première nouvelle…), mais la chose qui m’a étonné, c’est que c’est aussi valable dans un pays communiste. Puisque le communisme prône l’égalité à outrance, et le collectif par rapport individuelle, je pensais naïvement que tout le monde, hommes et femmes, était logé à la même enseigne. Non ? Non. Pourtant dans les années 60, chinois et chinoises portaient l’uniforme, évitant ainsi toute discrimination, et j’ai vu durant mon voyage des femmes accomplir les mêmes tâches que les hommes, construisant des routes, des bâtiments, le tout en équipe, sans distinction aucune entre les sexes. Alors pourquoi ce contraste soudain passées les portes de la ville ?

Ce que j’ai vu, c’est que la sensualité en Chine (je ne sais pas pour le reste de l’Asie) répond à des codes bien précis, et que ces codes sont encore plus marqués qu’en Europe. Les publicités elles-mêmes véhiculent ce message “Le fait que les hommes vous matent, c’est cool! Faites vous des implants, agrandissez vos yeux, l’ami bistouri est là pour vous rendre sexy”. Le tout illustré par des publicités vantant les mérites d’un thé qui fait les gros seins ou d’une gélule qui rend la peau blanche (Ah oui, leur grande hantise, c’est le bronzage. Comme chez nous à l’époque de Zola, avoir cette peau brune ou caramel dont on rêve tant ici, ça signifie qu’on travaille à l’extérieur. Donc dans les champs. Donc qu’on est pauvre.). Bon vous me direz, pour le coup, on n’est pas mieux en Europe.

Il y a dans ce look débridé (il fallait que je place ce jeu de mots, il le FALLAIT) le sentiment que ces jeunes filles se disent : “je suis née fille, je DOIS donc porter ces vêtements, boire mon thé à la petite cuillère (pour avoir des gros seins), minauder et écouter, la tête penchée, figée dans un corps que je suis encore trop jeune pour comprendre mais que chaque mec qui passe peut mater à loisir, je dois être jolie. C’est tout ce que j’ai à faire. Sinon je ne trouverai pas l’homme de ma vie”.

Le boulier des relations amoureuses

Ah, c’est donc ça. Trouver chaussure à son pied. Ou trouver tout simplement une chaussure qui ne donnera pas trop d’ampoules. Un livre écrit par une chinoise vivant en Occident m’a un peu éclairé : la pression qui existe sur les femmes quant à leur capacité de se trouver un bon p’tit mari est permanente et beaucoup, beaucoup, beaucoup plus forte en Chine que par chez nous. Avoir 30 ans et un bon métier n’est rien si l’on n’a pas “réussi” à trouver un compagnon et lui passer la bague au doigt. Il faut savoir que, durant la politique de l’enfant unique et bien avant cela, beaucoup de filles ont été tuées ou abandonnées, car il est toujours mieux d’avoir un garçon, qui apportera une aide financière à sa famille par son travail. Dès lors, naître fille en Chine, c’est avoir la poisse. C’est être de toute façon amenée à se sentir inférieure (merci le Confucianisme). C’est devoir dès la naissance prouver son utilité à sa famille, non pas en passant par la voie de la réussite professionnelle, mais en démontrant sa capacité à se dégoter un trublion pété de thunes (ah oui, il faut un bon portefeuille livré avec le Ken, sinon ça ne marche pas). Pour ça : plus on en montre, plus on en attire (loi universelle ceci dit…).

Une chinoise interrogée par une journaliste pour Le Point (ou l’Express, je ne me souviens plus) expliquait, alors qu’elle écumait les sites de rencontres et les bars huppés pour trouver son prince charming, que le critère le plus important qu’elle recherchait chez un homme était sa situation financière. Elle avait pourtant un travail pas trop mal et n’avait donc pas de sentiment particulièrement vénal, mais elle disait devoir arrêter de travailler lorsqu’elle rencontrera quelqu’un. Car le mari donne une partie de son salaire à sa femme (enfin traditionnellement), pour qu’elle puisse vivre, faire son shopping et ses ongles, etc. Ca va beaucoup plus loin que la “galanterie” à la française qui consiste à payer le resto à sa dulcinée, ce que perso je déteste, mais bon, c’est un autre sujet (“Comment ça tu payes ? Y’a écrit Cosette sur mon front ? Tu crois que je ne peux pas me payer un steak chez Buffalo Grill de temps en temps c’est ça ?!”). Là, la femme est clairement entretenue, et si elle gagnait un salaire plus important que celui de son mari, cela renverserait l’équilibre familial.  “Et l’amour dans tout ça?”, demandait la journaliste, ce à quoi cette femme avait répondu dans un éclat de rire “pfff, vous les européens, vous êtes beaucoup trop romantiques!”

Dans les relations amoureuses, le pragmatisme est donc de mise. On se rencontre, on regarde la fiche de paye et les antécédents familiaux (faudrait pas que les enfants nous ait chopé un truc héréditaire) : pour l’un, la taille des seins et le degré de docilité pour l’autre (vous trouverez de vous mêmes qui regarde quoi…), et si ça marche, on se montre sous son plus beau jour jusqu’au mariage. Ce n’est qu’après que la vie commune commence, et là, “on voit comment ça se passe”. Mais il faut comprendre les liens familiaux très forts qui habitent et gouvernent les foyers chinois pour comprendre tout ça. Le schéma “homme-grumpf = va chasser et ramène la bouffe à la maison/femme-lilalou = prend soin du foyer et des enfants” est encore très répandu. Et la famille fonctionne comme une communauté dans laquelle chacun doit rendre service à l’autre : l’enfant, aidé financièrement par ses parents quand c’est possible, doit ensuite rendre la pareille une fois qu’il travaille. De même, la femme s’occupe du foyer, apporte une descendance et lui fournit une bonne éducation, et son mari se charge de couvrir ses frais. Un échange de bons procédés en somme… En Chine, le mariage est un business comme un autre. Vous avez dû entendre parler de la fameuse “Foire aux maris” de Shanghai, où les tendres mamans déploient tous leurs efforts à coup de flyers et arguments marketing en tout genre pour pécho le bon parti pour leur progéniture. De vraies VRP du mariage!

L’égalité ? Pas le temps…

Ceci dit, les choses commencent à changer, à Shanghai et surtout Pékin, qui deviennent des villes de plus en plus occidentalisées du fait de leur rayonnance** internationale. Les observations que j’ai faites sont basées sur ce que j’ai vu dans le sud de la Chine, plus rural et traditionnel. Et comme mes petits yeux n’ont pas pu tout voir, il y a sûrement des comportements différents selon les régions (industrielles, urbaines ou rurales). A prendre avec des pincettes donc. Mais j’ai trouvé intéressant de voir que notre côté fleur bleue d’européenne rêvant d’un amour fusionnel et éternel avec Monsieur tout en se battant pour l’égalité hommes/femmes est parfois bien loin de la réalité ailleurs.

Pour la majorité des chinoises encore, et bien malheureusement, ne pas être mariée, c’est ne pas avoir d’enfant. Ne pas avoir d’enfant, c’est ne servir à rien, ni au sein de la société, ni au sein du cercle familial. Alors les seins, justement, on les montre. On s’habille dès 13 ans comme Sailor Moon, les super pouvoirs en moins, les talons de 12cm en plus, et on travaille les hommes au corps à coups de battements de cil et de gloussements sous les regards graveleux de quadras en rut devant des fillettes en jupette (mes petits yeux n’ont certes pas tout vu, mais ça, ils ne l’ont pas loupé…) pour sortir le plus vite possible de cette prison familiale, dans laquelle l’on nous répète depuis notre naissance qu’on aurait mieux fait d’être un homme. Quant à l’égalité des sexes et le respect de soi-même, on verra plus tard…

** NDLBEC : je crois que le mot « rayonnance » n’existe pas, mais il m’a fait rire donc je l’ai laissé !

(ah et « NDLBEC = note de la bloggeuse en chef)

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7 Réponses to “Sois fille et tais-toi.”

  1. Maïlys 22 juillet 2011 à 05:13 #

    ‘tain, c’est qu’en effet, les pp ont les moyens! lol
    blague à part, c’est assez troublant mais très intéressant

  2. M. 1 août 2011 à 15:30 #

    Merci beaucoup! J’avoue qu’observer tout ça donne une étrange impression. Ceci dit, la Chine vaut le coup d’oeil quand même hein 😉

  3. Blogorrhée 5 août 2011 à 20:03 #

    Je me permets un petit bémol à cet article néanmoins très intéressant… les magazines dont tu as posté les couvertures sont japonais ! (pays dans lequel la situation est d’ailleurs assez différente, les filles qui s’habillent comme dans ces revues sont une minorité, la plupart s’habillent très sobrement, c’est le code pour les filles-à-marier, bien sage, polie, et qui baisse tout le temps la tête).

    Sinon, je crois qu’on assimile trop souvent l’Europe à la France et les pays riches qui l’entourent, car pour avoir discuté avec une Albanaise de la situation des femmes là-bas (mais aussi dans les pays limitrophes), c’est exactement la même qu’en Chine: si à trente ans tu n’est pas mariée et avec des enfants, tu es clairement une ratée aux yeux de la sociéte. Les femmes font des études, parfois très poussées, mais abandonnent tout (étude ou travail) une fois mariées pour devenir femmes au foyer. Joie et bonheur, émigrons toutes en Suède !

    • M. 5 août 2011 à 20:36 #

      Ah, mea culpa pour les magazines japonais, c’est vrai que j’aurais dû mieux observer la typo… Ceci dit les mag pour ados en Chine ressemblaient aussi à ça. Par contre ce que je voulais dire avec ces couvertures n’était pas qu’elles s’habillaient ainsi, mais qu’elles en étaient fortement influencées. Comme je le précise d’ailleurs, ce n’est pas beaucoup mieux par chez nous.
      Tu as très bien fait de poster ce commentaire puisque j’ai justement discuté hier de ce texte, et j’avais fini par dire que finalement, je pouvais remplacer le mot « chinoise » par beaucoup d’autres nationalités, y compris « américaine », le mariage avant 30 ans étant aussi un flip total là-bas, d’après les retours que j’ai eus de personnes qui y vivent.

      Le but était non pas de parler de ce pays uniquement, de le stigmatiser, mais d’attirer l’attention sur le fait que les codes du mariage, de la séduction et sur la hiérarchie des sociétés est bien différent de ceux de notre bulle européenne. Et que finalement, le féminisme n’est pas si simple à appliquer partout, nos grandes idées (et par là j’entends plutôt « occidentales » qu’ « européennes ») nous viennent du contexte social dans lequel on grandit, mais il est difficile d’appliquer ces mêmes principes dans une société aux codes complètement différents. Ca nous choque, certes, mais une fois qu’on regarde un peu comment fonctionne la société et la famille d’un groupe, on se rend compte que, mince, dur de se ramener tel une cavalière blanche pour dézinguer tout ça! Perso, je me barrerais bien en Islande pour le coup!

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