Les loosers contre-attaquent

13 Juin

Le gros titre du dernier GQ : « la revanche des loosers », m’a immédiatement intriguée. J’ai résisté quelques temps puis j’ai fini par l’acheter.

Pourquoi étais-je si intriguée ? La raison est simple. Si vous vous souvenez bien des parallèles établis dans entre Glamoule et Glaboule, l’équivalent masculin de « Soyez Belle » est « Soyez un Winner ». Donc titrer « La revanche des looser » sur un magazine masculin équivaudrait, pour un magazine féminin, à titrer : « La revanche des moches ». Impensable ? plutôt oui.

L’article ne m’a pas déçue, allant jusqu’à répondre lui-même aux critiques que je formulais mentalement au cours de ma lecture. J’étais d’autant plus satisfaite qu’un des encadrés était de Maïa Mazaurette, l’une de mes déesses bloguesques. Je ne vais pas paraphraser l’article mais essayer d’aller plus loin dans la réflexion sur le sujet.

L’idée générale de l’article, basée sur le succès de certaines séries comme the big bang theory , de Philippe Katherine ou d’acteurs comme Zach Galifianakis, le « gros » de « Very Bad trip » (je dis « gros » en souvenir du mémorable « the funny guy fall on his face » du film). Les loosers nous font rire, ils sont attachants parce qu’ils ont des faiblesses, au point qu’on en vient à se dire qu’on préférerait vivre avec avec un looser sympathique qu’avec un parfait-qui-se-la-pète…

Si nous n’aimons pas les gens trop parfaits, les winners de tous les instants, c’est qu’ils nous renvoient à nos propres insuffisances. Ceux qui nous sont présentés dans les magazines et les médias nous agacent (cf : Brangelina et leur colonie d’enfants) et ceux que nous connaissons nous font ressentir un certain malaise.

Si c’est un ou une amie à la réussite amoureuse parfaite, on s’inquiète du propre désastre sentimental de sa vie.  Si c’est un ou une amie à la réussite académique parfaite, on se demande pourquoi on n’arrive même pas à dégoter un stage comme caissière chez Symprix.  Et le pire : si est en couple avec cette personne parfaite, on se demande ce qu’il nous trouve et on a peur de se le ou la faire piquer.

L’avantage d’avoir des copains qui sont des loosers, c’est qu’à côté on a l’air d’avoir réussi. De même que quand une fille s’entoure de copine moches, elle a l’air relativement beaucoup plus belle. Mais il y a un fil ténu entre sexy-loose et dead-line-loose : un mec qui soit un peu un looser et qui ne se prenne pas trop au sérieux, ça passe et c’est même recommandé, mais un mec qui se complait dans une loose internationale comme mode de vie, c’est un peu rebutant.

Sexy-loose (on sent le potentiel)

dead-line loose

Vous sortiriez vraiment avec l’un des plus grand rois de la loose, un individu jamais égalé dans la loose intégrale, j’ai nommé : Clément le No-life ? (ça me fait d’ailleurs penser à un autre looser célèbre : cliquez ici pour savoir l’identité de ce looser mystère).

Les histoires des loosers sont souvent drôle car c’est dans les ratages que nait le comique : une preuve très simple : le succès de vidéo gag ou du site vie de merde.

Partout, les héros ne sont jamais nos personnages préférés. Ce sont souvent leurs acolytes : que serait Tintin sans le capitaine Haddock ? Mickey sans Donald ? et ainsi de suite, ce ne sont pas les exemples qui manquent.

Mais si on regarde bien le scénario, il y a un léger bémol à cette histoire : ce n’est jamais le looser qui se tape la superbe blonde-platine-héroïne à la fin. Il nous attendrit mais il ne choppe que rarement. Ou alors, c’est qu’il s’est transformé au cours du film de looser en Winner (parce que la loose c’est la Win quand tu sauves la planète sans le faire exprès).

Là je sens que je vous perds un peu donc je vais vous donner un petit exemple :

Sans aller jusqu’à un scénario à la Jack looser qui en 1h30 chrono sauve la planète d’une invasion extra-terrestre alors qu’il était chômeur, séropositif et que sa femme venait de la quitter pour son banquier : un exemple de scénarios palpitant pour l’étude de la Win et de la loose celui d’une comédie romantique américaine.

Scénario type :

Le film commence sur l’histoire de Jake. Il est célibataire, porte de grandes lunettes et des cravates avec des Marsupilamis.

On ne sait pas trop ce qu’il fait dans la vie, mais il travaille dans un grand espace avec plein de box-bureaux. Son voisin de bureau est le type même du looser (mais sympathique) et son patron est la figure même du Winner-au-sourire-colgate-qu’on-a-envie-de-frapper-au-visage. Une dichotomie se crée immédiatement dans l’esprit du spectateur : Jake et Dick (son voisin de bureau et meilleur ami) = gentils et le patron = méchant.

Le patron convoque Jake dans son bureau et lui annonce qu’il est viré pour des raisons obscurément économiques, tout en matant les fesses de sa petite secrétaire qui range des dossiers, et alors que trône sur son bureau la photo de sa famille parfaite (une femme bien sous tous rapport- trois enfants sains et beaux- et le chien Fido). Dans l’esprit du spectateur, le verdict est ancré : Patron = libidineux bellâtre.

Scène suivante : Voilà Jake sur le trottoir avec sa plante verte dans les bras et un carton dans l’autre, tel un employé de Lehman Brothers découvrant les abîmes de la loose. Alors qu’il marche indifférent au monde qui l’entoure, il entre en collision avec Janet, journaliste de mode qui, bidouillant son smartphone n’avait pas prévu qu’un idiot serait là à flâner au milieu de tous ces gens pressés. Au passage elle se renverse son café dessus et commence à incendier le pauvre Jake, dont ce n’est décidément pas la journée. Elle a l’air de penser que c’est vraiment un looser et pourtant le spectateur avisé sait déjà qu’ils finiront ensemble à la fin.

Pour se faire pardonner, dans l’accès de folie du looser qui n’a plus rien à perdre, Jake propose à Janet de l’inviter le soir au restaurant pour se faire pardonner.

Suit la scène où il parle à son meilleur ami de son idée stupide et projette même de ne pas y aller. Et bien sûr la scène où Janet raconte la scène à sa meilleure copine. On y apprend que Janet ne tombe que sur des salauds (une équation savante se fait alors dans la tête du spectateur : salaud = patron = winner alors que Jake = brave type = looser). Sa copine, qui elle aussi semble déjà savoir que Jake et Janet finiront ensemble à la fin, lui conseille d’essayer quand même. Qu’elle n’a rien à perdre.

Le dîner est une catastrophe. MAIS, ils se recroisent par hasard par la suite dans un endroit totalement improbable. Par exemple, à la garden party qui a lieu chez le père du nouveau salaud qui sort avec Janet et chez qui Jake s’est fait engager comme jardinier. Pour jardiner il a enlevé ses lunettes, la sueur a fait partir la gomina de ses cheveux et la chaleur lui a fait dévoiler son torse musclé et il est vraiment sexy (alors qu’on ne s’en doutait mais alors paaaaaas du tout (les lunettes cachaient très bien qu’Ashton Kutcher était un dieu)). Janet est troublée quand elle le reconnait, elle est gênée et elle fait semblant de l’ignorer. Lui est tout décontenancé et coupe la tête de la licorne en buissons qu’il était en train de réaliser dans une scène hautement comique (c’est la loose).

Le soir, ils se retrouvent l’un en face de l’autre par hasard. Janet vient de quitter la chambre où elle s’est disputée avec son nouveau salaud parce qu’il l’a trompée avec sa secrétaire. Elle voulait s’isoler pour pleurer, est mal coiffée, son maquillage a coulé… Jake lui parle, lui dit qu’il n’a pas arrêté de penser à elle, que l’autre est vraiment un connard, sèche ses larmes du bout de son pouce [petite musique romantique – soleil couchant], qu’elle est si belle. Elle lui répond que personne ne lui a jamais dit qu’elle était belle… et c’est à ce moment précis que Jake se transforme en Winner. Pas le winner-trader de Wall-street ,mais le Winner-charmeur qui finira avec l’héroïne.

Plusieurs scènes s’enchaînent. Au début on croit qu’à partir de là tout va bien se passer mais un évènement perturbateur vient tout remettre en cause : elle arrive chez lui à l’improviste et le trouve endormi, attaché à son lit par des menottes roses en fourrure. Il se réveille la voit qui, ulcéré s’en va, et lui crie « je peux tout t’expliquer ». Même le spectateur est déçu et se dit qu’en devenant un Winner, Jake à renoncé à ses vraie valeurs…Ensuite, Janet se lamente sur les genoux de sa meilleure amie tandis que lui entre en dépression, ne se lave plus et reste devant sa télé toute la journée à manger des chips. La meilleure amie va chez lui pour lui dire en secret que Janet l’aime encore et elle y rencontre Dick qui était venu tenter de raisonner Jake.

Jake part à sa recherche, mais elle est partie se promener sous la pluie battante (en petite robe à fleurs parce que sinon c’est beaucoup moins agréable de se promener sous la pluie dans la nuit et par un froid glacial). Il finit par la retrouver. Tous les malentendus sont alors levés : Si elle l’a trouvé attaché au lit avec des menottes en fourrures, c’est parce qu’il avait postulé pour un test de marchandise sur internet et qu’après avoir essayé de les fermer, il a malencontreusement lâché la clef. S’ensuit une déclaration d’amour qui se clôt bien sûr sur un baiser langoureux.  Là le spectateur est content, ému, réconcilié avec la nature humaine.

Pour finir, il y a l’épilogue où tout le monde est heureux.  Souvent au cours d’un barbecue du dimanche ressemblant étrangement à une pub pour Fleury Michon.

En fait, le vrai looser de l’histoire, ce n’est pas Jake, c’est plutôt le patron. Telle est la morale de ce conte philosophique.

Mais, qu’en est-il du meilleur ami ? Il a joué les entremetteurs mais à la fin de l’histoire, c’est quand même le héros qui finit avec l’héroïne. N’est-ce pas lui le vrai looser ?

Pas si sûr. La meilleure amie regarde attrendrie les deux héros batifoler dans les pâquerettes. Mais cette  scène cucuesque à souhait la renvoie tout à coup sa propre solitude. C’est alors qu’elle tourne la tête et voit le meilleur ami du héros en train de se débattre avec un parasol. Il la regarde en haussant les épaules avec un air coquin et on sent que ces deux chenapans vont finir ensemble. Le looser finit donc avec la meilleure amie (moche) de l’héroïne. C’est le compromis parfait, ça ne bouleverse pas les schémas traditionnels et les idées reçues  : le vrai Winner (le Winner au cœur pur) avec la belle, le looser-sympathique avec la moche-marrante…

En parlant de moche, qu’en est-il de la « revanche des moches » pour les filles ?

Comme pour le looser, il y a une limite entre le diktat d’une beauté désincarnée et la négligence. L’idéal (qui existe au masculin est le suivant) : S’en foutre d’être belle ou pas. Autrement dit : vivre, s’amuser, chanter… Une telle fille aura en fait beaucoup plus de chance de séduire qu’une fille qui est belle, le sait et le fait sentir.

J’ai remarqué que, paradoxalement, ce sont les jours où j’étais, de mon point de vue, dans les sous-bassements de la sexitude, que j’ai eu le plus de succès auprès de nos congénères masculins. C’est sidérant d’être habillée n’importe comment et de sauter partout et de s’entendre dire qu’on est la plus jolie fille de la soirée (ce qui j’avoue est un compliment à prendre avec des pincettes mais qu’importe).

Je pense avoir trouvé une explication à ce paradoxe : Quand une fille s’est fait belle, porte une jolie robe etc, elle va soupçonner les garçons de n’en avoir qu’après son décolleté plongeant. Étant esthétiquement plus sexy, elle va être dans son attitude beaucoup plus réservée. Elle le sera d’autant moins qu’elle aura peur de passer pour une allumeuse. Inversement, quand une fille sait que son sex-appeal est plutôt limité, elle va plus se lâcher. D’ailleurs mieux on est habillées moins on est à l’aise généralement (cf : robe bustier + talons = le cocktail qui tue).

Attention, je ne vous incite pas ici à aller en boite habillée comme un sac (quoique, après tout, faite bien ce que vous voulez !), l’essentiel, c’est avant tout d’être à l’aise. Là est la nuance. Plutôt qu’une femme fatale, soyez « Charmante » (expression au combien à la mode chez nos congénères masculins, qui mériterait bien un article entier…).

De plus, être trop parfait(e), c’est se laisser peu de marge de manœuvre. Être parfait, c’est créer des attentes et donc des la possibilité d’un échec. Quand on pense que l’échec ira de soi, on a toutes les chances d’être agréablement surpris.

Echouez gaiement ,les amis, et votre vie se transformera peut-être un jour en pub Fleury Michon !

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3 Réponses to “Les loosers contre-attaquent”

  1. Maïlys 13 juin 2011 à 16:34 #

    que serait Sherlock sans Watson?
    Johnny sans Vanessa?
    Gil sans Jason?
    Poufia sans Lola?
    Franchiche sans les mouflons??????

    des binômes mondialement connus que tout le monde kiffe gavé graaaave
    et puis d’ailleurs, c’est tout à fait vrai puisque Lola, même si elle s’éclate la gueule sous la table (si mes souvenirs sont bons), elle finit quand même avec son héros qui, même s’il est un vrai héros, n’est pas LE héros de l’histoire!

    J’ai comme une soudaine envie de relire de la grande Littérature moi 😉

  2. lespiplettespoilues 14 juin 2011 à 10:26 #

    Je voulais juste préciser, pour les puristes de la langue anglo-saxonne qui Oui, en vrai on dit un « loser » et la « lose »… mais non seulement c’est une façon d’écrire moins jolie et moins rigolote et en plus nos chers amis français risqueraient de ne pas comprendre.
    Je sacrifie donc une orthographe correcte à l’autel d’autres priorités.
    Bien à vous chers lecteurs
    Les p.p

  3. Maïlys 14 juin 2011 à 21:40 #

    cela dit, si vous me permettez de prendre le rôle de ce puriste de la langue shakesperienne, loose (prononcé louce, et pas louze), en anglais, signifie mal fixé, branlant (pas branleur pour autant), desserré. Ainsi, pendant que (whiiiile… oups, pardon)… je disais donc, pendant que le winner est tiré à 4 épingles et plannifie tout, nous pouvons considérer la tenue (dans les sens vestimentaire et comportemental du terme) du loser, loose.
    Ainsi, dans la langue la plus pure, tout le monde dit vrai et plus personne ne fait chier 🙂

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