La chienlit l’emportera

10 Oct

Remis au cœur de l’actualité par Sarkozy, le terme de « chienlit », qu’il a utilisé pour qualifier les évènements d’Air France fait apparaître, derrière ce petit homme, l’ombre immense du général de Gaulle.

Avec ce mot, c’est tout l’imaginaire et le souvenir de Mai 68, qu’il convoque et qui pourrait nous inspirer pour crier à nouveau haut et fort « la chienlit c’est lui ! ».

 

 

 Mais la chienlit qu’est-ce que c’est ?

Ce mot vient de chie-en-lit, autrement dit chier dans son lit et désigne à l’origine un personnage typique du carnaval de Paris (qui était un gros dégueu qui avait fait caca dans sa chemise de nuit).

Devenu « la chienlit », le terme a été popularisé par le Général de Gaulle en 1968 lorsqu’il prononça son fameux « La réforme, oui ; la chienlit, non ».

Parler aujourd’hui de « chienlit », surtout quand on est un politique, est forcément une référence directe à cet héritage.

Notons ici, que notre cher premier ministre Manuel Valls, en réagissant aux propos de Sarkozy, a en fait dit exactement la même chose. Il a, en effet, affirmé : « « Le pays a besoin de réforme, mais il n’a pas besoin de rupture ».

Il a ajouté : « Il y a, je crois, deux visions différentes qui s’affirment aujourd’hui dans notre société. C’est tant mieux pour le débat public. La réforme, respectueuse de l’ordre public et de l’ordre social, et la rupture, une rupture qui mettrait à bas le modèle social français. Et c’est ainsi, je crois, que les Français doivent faire dans les mois qui viennent des choix pour l’avenir du pays ».

Petite étude de texte.

Il n’y a donc que deux visions différentes seulement, et c’est tant mieux. A plus de deux visions des choses, on est obligé de remettre en cause certaines de ses certitudes et c’est fatiguant pour le cerveau (dont la plus grande maladie est de réfléchir, rappelons-le).

Examinons ces deux seules visions possibles :

Position 1 : la réforme. Mais la réforme « respectueuse » de l’ordre public et social. Autrement dit de l’ordre établi ? Tout changer pour que rien ne change en quelques sortes…

La réforme ne devrait-elle pas avoir pour but de maintenir et renforcer l’Etat social (et non pas seulement l’ordre public, ça ce sont les dérives sécuritaires issues de la droite) ?

Position 2 : La rupture. Qui mettrait forcément à bas le modèle social français.

Ah bon ? Parce que, tel que ça évolue actuellement, le modèle social ne va pas disparaître ?

 

Concours de caca 

Mais revenons-en à ce terme de « chienlit » et sur les évènements qui nous ont valu la remise au goût du jour de ce mot fleuri.

Le fait que les évènements aient eu lieu à Air France est symbolique.

En 1968, tous les transports étaient arrêtés, paralysant le pays pour que les revendications soient entendues. La grève avait convaincu un grand nombre de citoyens et instauré un certain désordre, visant plus de droits et une libération culturelle.

Aujourd’hui, des employés à qui on demande d’être courtois, dévoués à leur entreprise, de se serrer la ceinture parce que « voyez-vous ma bonne dame c’est la crise ! », et à qui on gèle les salaires, puis qu’on congédie sans état d’âme, ne devraient pas s’emporter.

Leur action est un outrage extrême, une manifestation de la plus brutale sauvagerie, qui a partout ému la nation : deux hommes se sont fait déchirer leur chemise.

Comment vont-ils faire pour surmonter cette épreuve ?

Rassurez-vous, d’après nos calculs savants, ils s’en sortiront :

En effet, le salaire moyen d’un cadre en France en 2015 (donc c’est une estimation basse) est de 4 013 €.

La femme qui s’exprime dans l’autre vidéo virale de ces derniers jours affirme être payée 1 800€.

Nous conviendrons donc que les cadres d’Air France n’ont pas l’air de penser que ce soit indécent de vivre avec 1 800€ par mois. Ils seront donc d’accord pour considérer que 1 800€ suffisent à couvrir les besoins quotidiens de quelqu’un.

D’où le petit calcul suivant :

Si on évalue l’écart de salaire entre un cadre moyen et un salaire de 1800€, on obtient 2 213 €. Sachant qu’une chemise Ralph Lauren coûte environ 250€ (si j’enlève les 1 800€ pour ses besoins quotidiens) il pourra se racheter environ 8 chemises le mois prochain (et si ce sont des chemises la Redoute, il pourra s’en racheter 79). Donc pas de panique, ils auront de quoi re-remplir leur garde robe.

 

Bon… Et la violence psychologique de se faire malmener par des enragés ?

Ne nous méprenons pas : je suis tout à fait d’accord qu’il faut condamner la violence. Et il y a des cons partout. Je ne cherche pas ici à angéliser les syndicats d’Air France (qui agacent régulièrement de nombreuses personnes en faisant grève au moment des vacances), ni ceux qui ont arraché leurs chemises à ces messieurs.

Mais je veux dénoncer un système politico-médiatique qui ne voit de violence que directe et visible, pour véhiculer des images choc.

Toute les violences plus indirectes de notre société (liées à des choix (ou des non-choix) politiques), dont des décisions de licenciement qui peuvent briser des vies, elles, sont relativisées.

Ces deux hommes se sont fait malmener par des enragés, mais n’est-ce pas aussi le cas de beaucoup de nos concitoyens ? Des employés remerciés sans merci par des financiers qui considèrent les gens comme des chiffres, des pions interchangeables…

Alors, qui sont les vrais enragés ?

 

La Terreur

Au delà de la « punch line » sur la Chienlit, Sarkozy a dit d’autres choses tout aussi intéressantes : « On n’est pas en 1793. On ne peut pas accepter que deux dirigeants soient au bord de se faire lyncher par des hommes en tenue de syndicaliste, avec des syndicats qui ont pignon sur rue et qui ont tous appelé à voter pour Hollande en 2012. »

 1793 c’est l’année où Louis XVI a été guillotiné, mais aussi le début de la Terreur, une période où les exécutions de masse et l’arbitraire régnaient en maîtres.

Guillotine et bousculade, même combat ?

 

Monsieur Sarkozy aurait pu faire le parallèle avec une autre date, bien plus importante et pertinente dans le cas qui nous intéresse : la nuit du 4 août 1789, où a eu lieu l’abolition des privilèges.

Depuis la prise de la bastille en juillet 1789, dans certaines régions, des paysans s’en sont pris aux seigneurs, à leurs biens et à leurs archives, en particulier les livres terriers qui servaient à établir les droits seigneuriaux.

Pas de décapitation en vue, mais de justes revendications d’un peuple qui en avait marre de faire tous les efforts pour des gens qui s’engraissaient sur son dos.

 

Pour ce qui est de la deuxième partie de son intervention, on a ici un amalgame de plein de choses… Mais c’est une habile technique de communication que de faire coïncider dans la même phrase « lyncher » et « ont tous appelé à voter Hollande ». Dans le cerveau des gens, l’association d’idée devient : Ces syndicalistes sont les amis d’Hollande. C’est l’anarchie parce qu’il est au pouvoir.

Cet incident n’est-il justement pas plutôt le résultat d’un mécontentement grandissant envers un président qui se dit de gauche mais applique doctement une politique de droite ?

 

La Chienlit c’est nous

Pour finir, revenons à Mai 68.

Ces événements constituent une période et l’une des ruptures marquantes de l’histoire contemporaine française. Ils ont été caractérisés par une vaste révolte spontanée antiautoritaire, de nature à la fois culturelle, sociale et politique, dirigée contre la société traditionnelle, le capitalisme, l’impérialisme et, plus immédiatement, contre le pouvoir gaulliste en place.

Enclenchée par une révolte de la jeunesse étudiante parisienne, puis gagnant le monde ouvrier et pratiquement toutes les catégories de population sur l’ensemble du territoire, elle reste le plus important mouvement social de l’histoire de France du XXe siècle. (Merci Wikipédia pour ce résumé)

La Chienlit, dont parlait de Gaulle et dont parle Sarko, c’est donc ça : La révolte contre un système sclérosé qui ne convient plus aux nouvelles générations et à ceux qu’il opprime.

Les jeunes et les plus défavorisés sont considérés avec une certaine arrogance, mais les enfants de la République, qui pour certaines chient-encore-au-lit dans leur couche, sont les forces vives de demain.

Et quand les merdeux se lèvent, les autorités font dans leur culotte, parce que nous sommes nombreux et que, même si l’individualisme nous le cache souvent, nous pouvons faire changer les choses si nous agissons ensemble.

Les revendications de Mai 1968 ne semblent pas si éloignées de celles que nous pourrions avoir aujourd’hui, comme nous l’apprend un article du Figaro datant de 1968 : « Sur un plan plus élevé, il semble bien que le pouvoir, après ces événements, ressente le besoin d’une consultation populaire, qui prendrait la forme d’un référendum sur la participation des travailleurs au bénéfice des entreprises. »

47 ans plus tard, les choses n’ont pas tellement changé…

Déjà à l’époque, le gouvernement avait « mis en garde contre des revendications qui à moins de deux mois de l’entrée en vigueur du Marché commun mettraient en péril la compétitivité de la France et par conséquent la stabilité de l’emploi. »

Et oui, parce qu’aujourd’hui l’excuse c’est la « crise« , mais il y a toujours une bonne excuse pour repousser à demain les lendemains qui chantent.

Alors faut-il un nouveau Mai 68 ? Peut-être ou peut-être pas.

Nous pourrions aussi imaginer d’autres solutions, d’autres modes d’action. Nous pouvons réinventer le monde. Nous pouvons faire advenir l’environnement dans lequel nous voulons vivre. Nous pouvons trouver d’autres idées que celles, insatisfaisantes, qu’on nous présente comme du pragmatisme.

Déjà en 1968, un slogan (attribué à Che Guevara) nous disait : « Soyez réalistes, demandez l’impossible. »

 

Nous ne voulons plus être « réalistes ».

 

Manuel Valls rejette toute « rupture » avec l’ordre établi.

Nous sommes nombreux à penser que l’ordre établi n’est pas satisfaisant. Nous sommes nombreux à souhaiter un monde plus juste, avec plus de liberté, d’égalité et de fraternité. Et nous souhaitons que ces mots retrouvent un sens, une profondeur, dont les discours creux de certains politiques, des publicitaires et de la plupart des médias les ont vidés. Pour cela, nous avons une arme : l’imagination.

 

Imaginons de nouvelles utopies pour notre monde et faisons-les advenir.

Osons ! Nous n’avons rien à perdre, nous sommes déjà dans la merde.

Et puis, tout le monde le sait : c’est sur les excréments que poussent le mieux les fleurs.

Question existentielle n°3 : Pourquoi les féministes sont toujours énervées ?

3 Sep

Il y a deux ans, à la rentrée, une nouvelle catégorie d’articles est apparue sur ce blog, les « questions existentielles féministes ».

Nous en avons déjà traité deux :

Ma bonne résolution de la rentrée est de reprendre ce blog, qui, depuis bientôt un an, est à l’abandon comme une chaussette tombée sous un lit.

Incroyable mais vrai, cette chaussette est un peu la star de cet article !

Incroyable mais vrai, cette chaussette est un peu la star de cet article !

 

« I’m back bitches ! », comme on dit aux Etats-Unis d’Amérique. Ce qui veut dire, pour les non anglophones, : « Je suis de retour de la plage ».

Mais où étais-tu tout ce temps se demandent en cœur des lecteurs qui n’y croyaient plus ?

J’étais là, tapie (un peu comme Bernard) dans l’ombre. J’avais perdu la foi en l’utilité d’écrire des articles pour ce blog : à quoi ça sert d’être lu par des gens déjà convaincus et d’entendre les autres débiter toujours les mêmes conneries au mot près ? A quoi bon donner une vitrine à des gens qui font exprès de faire des Bad Buzz exprès pour énerver les féministes et qu’on parle de leur marque/bouquin/clip/slip ?

Parce que c’est très facile d’énerver une féministe. De toute façon les féministes sont TOUJOURS énervées par TOUT. Il y a des raisons légitimes de s’énerver (comme la circulation routière par exemple), et des raisons illégitimes de s’énerver (comme les inégalités et injustices sociales).

Voici donc la question existentielle du jour : Pourquoi les féministes s’énervent ?

La plupart des féministes ne sont pas naturellement agressives. Elles sont même plutôt calmes et préfèrent avoir une discussion posée, à tendance intello, que foutre un gros Kick dans la tronche de leur interlocuteur en criant « Paaaaarce queeeeee »*.

Et pourtant, quand il est question de féminisme, elles finissent très régulièrement hors d’elles sans savoir comment elles en sont arrivées là.

Aujourd’hui nous allons essayer de découvrir les causes de cette pathologie féministe.

Le féminisme dont vous êtes l’héroïne : La spéciale dédicace de la blague

Quand les gens savent que tu es féministe, ils font des blagues sexistes en te regardant bien spécifiquement pour t’admirer en train de t’énerver. C’est un peu comme allumer un pétard, c’est rigolo. On allume la mèche et PAF ça fait des chocapics.

On va la jouer en « Discussion dont vous êtes le héros » si vous le voulez bien.

Situation de départ :

Vous êtes à un dîner et ce petit comique de Dédé, fait le blague suivante, guettant bien sûr votre réaction : « Quel est le point commun entre une femme et une chaussette ?…. Alors ? Alors ? Vous savez pas ?…  Une fois qu’elle est trouée on la jette. »

Que faites vous ?

  1. Vous riez avec tout le monde. C’est une soirée sympa entre potes, ce serait dommage de gâcher la soirée en voulant rebondir sur la blague. Passez en 1.
  1. Vous esquissez un sourire poli. Passez en 2.
  1. Vous vous énervez et dites que c’est une blague horrible et dégradante. Passez en 3.

***

  1. Vous passez automatiquement en case « ouais enfin t’es pas vraiment féministe au fond ». Ce sera désormais la réponse à tout ce que vous essaierez de dire sur un sujet féministe. Vous recevrez votre sentence : « t’es féministe quand ça t’arranges de toutes façons ». En fait, si tu ne t’énerves pas, tu n’es pas féministe (donc par lien logique, toutes les féministes s’énervent).
  1. Dédé vous dit « eh oh c’est bon hein, c’est qu’une blague ». Vous expliquez qu’au delà d’être misogyne, la blague n’est même pas drôle. Réaction : « Oh mais c’est bon, c’est de l’humour. Vous les féministes vous n’avez pas d’humour ». Vous :
  •  Vous lancez une discussion sur l’humour, qui stigmatise les choses dont on ri en les présentant comme anormales. Passez en 3.
  • Vous décidez d’expliquer pourquoi cette blague est horrible et dégradante. Passez en 3.
  • Vous vous rattrappez en disant : « Quel est le point commun entre une femme et une cigarette ? Tu la prends, tu la tires et tu la jettes ». Passez en 1.
  • Vous expliquez que cette blague est très dégradante pour les chaussettes. Passez en 4.

 

  1. ça y est, tout le monde soupire en levant les yeux au ciel, sauf votre copine Stacy, qui est féministe aussi mais qui avait plutôt fait le choix de rigoler. Vous parlez du sous-entendu sur la valeur de la virginité de la femme, sur le statut de femme-objet etc. Un débat s’engage. Quelle phrase finit par vous mettre en pétard :
  • « Vous les féministes vous….. ». Lisez : Les raisons de la colère 1 : « Vous les féministes… »
  • « Non, mais il y a des problèmes plus graves ». Lisez : Les raisons de la colère 2 : le refus de considérer le problème
  • « Moi je suis un homme et je ne suis pas comme ça ». Lisez : Les raisons de la colère 3 : Un gros paquet de misogynes…et moi, et moi, et moi…

 

  1. Vous avez gagné ! Vous avez prouvé que les féministes avaient de l’humour et SANS vous énerver. Bravo ! Passez directement à la conclusion de l’article : « Mais alors comment faire pour ne pas alluuuumeeeeer le feu ? »

 

Les raisons de la colère 1 : « Vous les féministes… »

De même que TOUTES les féministes sont TOUJOURS énervées contre TOUT. Il faut savoir que TOUTES les féministes pensent la même chose. Sans même nous avoir demandé notre position sur un sujet, nos interlocuteurs ont tendance à nous expliquer nos soi-disant arguments et à les contrer. Ce monologue, généralement un brin paternaliste, vise souvent à nous expliquer que « Vous les féministes vous ne comprenez rien ».

Et pourtant, les débats internes aux féministes sont très nombreux :

  • Sur la prostitution : Abolitionnistes, néo-abolitionnistes, règlementaristes, prohibitionnistes, sado-masochistes, gaz de schiste…
  • Sur l’empowerment : Beyoncé est-elle féministe ? Et Christine la femme au foyer par choix ? Et Christine Lagarde ? Et Christine Boutin (haha… heu… non) ?
  • Le porno, c’est bien ou c’est pas bien ? Les Fémen c’est bien ou c’est pas bien ?
  • Faut-il promouvoir la culture « féminine » comme ayant autant de valeur que la culture « masculine », ou la rejeter comme construit social dégradant ?
  • etc etc

Mais tout ça, ce sont des détails, puisque les féministes sont surtout casse-couilles et leurs combats sont vains et c’est ça qu’il faut leur expliquer.

Or, répétons-le, ce n’est pas un dialogue, c’est un monologue.

Donc on se retrouve à essayer d’en placer une, mais la personne en face SAIT DEJA (bien évidemment) ce qu’on va dire donc ne prend pas la peine d’écouter, nous coupe au milieu d’une phrase… Et on finit par l’attraper par le col en hurlant : « Mais tu vas m’écouter connard de merde ? NON je ne pense pas qu’il n’y a pas de différence biologique entre hommes et femmes et OUI j’ai lu les bouquins de SVT de 4ème, mais je te parle d’INEGALITES, qui ne peuvent en AUCUN CAS être justifiées par des différences biologiques. Alors arrête de me faire dire ce que je n’ai jamais dit juste pour me faire passer pour une conne. OK ??? OK ??? J’TE LACHERAI PAS TANT QUE TU M’AURAS PAS DIT QUE T’AS COMPRIS !!!!!! ».

Quand vous finissez par le lâcher, la marque de vos doigts et de vos bagues HelloKitue imprimées dans son cou, votre interlocuteur-trice haletant-e, vous avez perdu toute crédibilité.

Et les gens murmurent « Olala ces féministes, elles ne peuvent pas avoir une discussion posée avec quelqu’un, il faut toujours qu’elle s’énervent ».

 

Les raisons de la colère 2 : Le refus de considérer le problème

Ça commence par une discussion posée et vraiment pas vitale du type : « C’est marrant, j’ai remarqué qu’au boulot, les hommes serrent la main aux hommes et font la bise au femmes. C’est bizarre de faire cette différence qui marque clairement de quel sexe est la personne que tu salues. »

Disons-le tout de suite : si la personne en face répondait : « Oui, c’est vrai que c’est bizarre. Ce serait peut-être plus normal de serrer la main à tout le monde ». La discussion s’arrêterait là, et on pourrait changer de sujet et parler du dernier épisode de Top Steak ou de la guerre civile des chaussettes en sèche linge.

Mais, il est extrêmement rare que la personne en face réponde ça. Sauf si la personne en face est féministe aussi, et encore…

Non, généralement la réponse est la suivante : « Je ne vois pas le problème » ou « il y a des choses plus graves non ? » qui peut s’accompagner d’un « Vous les féministes, vous tiquez sur tout/vous ne vous attaquez pas aux vrais problèmes/vous ne vous rendez pas compte qu’en France les femmes sont très bien loties et vous pinaillez sur des détails ». (qui nous renvoie aux raisons de la colère 1).

Alors, vous essayez de défendre votre point de vue. Vous essayez d’expliquer que justement ce sont plein de petits riens qui créent une normalisation des inégalités.

Et puis de fil en aiguille, à force de continuer à vous justifier face à quelqu’un qui vous répond que « lui il trouve ça agréable de faire la bise aux femmes », « que ce n’est pas pour les rabaisser » etc, vous finissez par dire quelque chose de très éloigné du petit rien que vous souleviez au départ, du type : « je me sens violée dans mon intimité quand on me fait la bise ».

Vous vous énervez, vous dites que si on se permet de faire la bise aux femmes sans leur consentement, qu’on les renvoie à leur statut d’êtres désirables parce que « c’est agréable » alors qu’on se trouve dans un environnement professionnel, que du coup les femmes ont plus de mal à être crédibles parce qu’on leur fait constamment remarquer qu’elles ont une chatte entre les jambes…

Et voilà, vous êtes extrême, d’une bise à un viol les gens pensent que vous ne voyez qu’un poil de coude.

 

Les raisons de la colère 3 : Un gros paquet de misogynes…et moi, et moi, et moi…

Ah, le fameux #NotAllMen…

Parce que oui, les féministes pensent que TOUS les hommes sont des violeurs en puissance et que TOUTES les femmes sont des victimes impuissantes du patriarcat. Quand on soulève un problème, les gens cherchent souvent à nous prouver qu’on a tort par des contre-exemples.

Alors que nous évoquons des tendances sociales générales, un exemple semble à leurs yeux la preuve qu’on s’excite sur un problème marginal ou imaginaire.

Mais en fait, ça vaut pour beaucoup d’autres questions :

Tous les riches ne pratiquent pas l’évasion fiscale, tous les politiques ne sont pas corrompus, toutes les pommes de terre ne sont pas jaunes et tous les OGM ne sont pas mauvais, mais est-ce que ça justifie qu’on n’en parle pas ?

Non.

Surtout les pommes de terre.

Sauf que quand il s’agit de féminisme, ça devient un argument d’autorité. MOI, je ne suis pas comme ça, donc tu fabules et tu te bases sur des exemples grossiers pour donner mauvaise réputation aux hommes, parce que tu les HAIS.

LEAVE MEN ALONE ! crient certains en cœur.

Le classique qui fait hérisser le poil à de nombreuses féministes c’est : « Nan mais il n’y en a que pour les femmes, moi ça me donne envie de devenir hommiste pour défendre les hommes. »

Les pauvres petits canards. Si incompris…

Je pense qu’il est grand temps que les hommes se réveillent et fassent une vidéo à l’image de la célebrissime vidéo de Chris Rocker « Leave Britney alone ». Ils pourrraient l’appeler « Leave Men alone ».

Le texte pourrait être le suivant, inspiré des propos percutants de ce fan éploré :

« And how fucking dare anyone annoy any man. After all they’ve been through ! They had to divorce, they had two fucking kids, right ? (…) All feminists care about is to critic them. They are Human ! What you don’t realise is that men bring you all these marvellous thing and all you care about is to critic them. They haven’t been sexists in YEARS (…) and all feminists want is to opress them more MORE MORE MORE. LEAVE THEM ALONE ! You like that they make sex to you SLUTS ! LEAVE MEN ALOOOOONE. Please…(…) Speaking of harassment , how is it feminist to harass men that are so kind and devoted to women ? LEAVE MEN ALONE !!!! Please… Leave men alone, right NOW ! I mean it »

Ok.

On vous laissera tranquilles quand vous nous laisserez tranquilles.

 

Mais alors comment faire pour ne pas alluuuumeeeeer le feu ?

Effectivement, s’énerver dessert la cause.

Alors, une solution possible pour ne pas s’énerver, c’est de la jouer comme Madame Chaussette.

Madame Chaussette, la star des pieds qui puent vous livre ses secrets pour rester cool

Madame Chaussette, la star des pieds qui puent vous livre ses secrets pour rester cool

La jouer comme madame chaussette, oubliée sous son lit depuis un an, c’est arrêter de s’époumoner pour se faire entendre.

Effectivement, il est utile de discuter avec des gens pour leur faire entendre un autre point de vue que celui qui est exposé partout, mais ça ne sert à rien de s’acharner, nous nous faisons surtout du mal à nous mêmes. Je dis ça notamment pour les petits trous du culs que ça fait marrer d’énerver les féministes et qui quoiqu’il arrive ne vous donneront jamais raison. Ne vous fatiguez pas, ça leur fait trop plaisir. Ne cherchez pas à les convaincre eux, mais parlez avec des gens plus réceptifs.

La jouer comme Madame Chaussette c’est aussi agir plutôt qu’essayer de convaincre. Soyons nous même le changement que nous voulons voir dans le monde, comme le disait Gandhi.

Effectivement, si tu empêches ton collègue de te faire la bise en lui serrant la main, il risque d’être un peu surpris. Et c’est là que l’humour peut nous sauver d’un naufrage vers les terres de la justification et l’énervement.

Un « Je me suis mal rasée ce matin, je ne voudrais pas t’imposer ma barbe qui pique, je préfère qu’on se serre la main », sera sans doute plus efficace qu’un sermon. Pour répondre à un « Moi je respecte les femmes », pourquoi ne pas répondre « et moi je n’aime pas le vernis à ongles ». En disant des choses comme ça, on créé de l’inattendu dans le débat et on peut s’expliquer posément en ayant attiré l’attention de son interlocuteur.

Plutôt que de nous justifier, nous pourrions peut-être essayer de montrer à nos interlocuteurs en quoi le raisonnement ou leur attitude est biaisée, en détendant l’atmosphère avec un peu d’humour.

Bref, si vous choisissez le rire plutôt que l’énervement, ne riez pas aux bagues misogynes, mais inventez vos propres blagues : Assumez-vous bande de moules !

 

 

* cf : pour ceux qui l’auront reconnue la pub orangina/vache qui rit que je n’ai jamais pu retrouver

Qui veut la peau des féministes #2 – Les Geeks

17 Nov

Entre les Gamers et les féministes, le câble Ethernet brûle.

La polémique, qui a adopté le doux nom de « Gamergate* », est de plus en plus nourrie par de nouveaux faits divers. Plutôt que de faire la liste de ces « affaires » (avec comme mots clefs 4Chan, Jeuxvidéos.com, Zoe Quinn, Anita Sarkeesia, Mar_Lard ou encore Jenn Frank), qui ont été largement commentées dans les médias, peut-être serait-il temps de se poser un peu pour réfléchir aux raisons de cette haine viscérale entre Geeks et les féministes.

 * Rappelons ici que le Gamergate concerne au départ la critique de la collusion entre les journalistes et les développeurs dans le milieu du jeu vidéo, mais que les attaques personnelles concernant Zoe Quinn et notamment sa vie sexuelle ont fait déraper le débat vers la question de la haine des Gamers pour les féministes.

  • Deux populations stéréotypées

Entre les ados boutonneux mal baisés et frustrés et les militantes hystériques mal baisées et frustrées, choisis ton camp. Quand deux groupes de frustrés-mal baisés se rencontrent, forcément ça fait des chocapics.

Cette guerre des tranchées est basée sur un malentendu profond entre les deux groupes.

Les féministes considèrent les Geeks comme des « adolescents prépubères et vaguement masturbateurs, terrifiés de voir que le média se diversifie et ne répond plus à leurs aspirations(1) ».

Le profil type du Geek est donc un homme, hétérosexuel, blanc, misogyne, frustré, vieux garçon, puceau, moche et boutonneux. Il hait les femmes parce que les femmes le rejettent. Il lutte donc pour avoir le droit de mater des « big boobs » et du string à gogo dans ses jeux vidéo.

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source de l’image : http://www.journaldugeek.com/2014/01/31/pal-pour-vous-quest-ce-quun-geek/

En face, nous avons les féministes, que les Gamers appellent ironiquement les « Social Justice Warriors », qui, elles, sont des femmes casse-couilles, hystériques, névrosées, végétaliennes et moches (2). Si elles s’attaquent aux Gamers, c’est parce que ce sont des hommes qui dominent le monde du jeux vidéos et que le but des féminisme est de prendre l’ascendant sur tous les secteurs, de couper les couilles de tous les hommes et de se victimiser en trouvant la moindre excuse pour dénoncer des discrimination.

féministe stéréotype

Avant de vous expliquer que ces représentations sont stéréotypées et fausses (ce que vous vous avez vu venir à 12,2 km (tout comme vous savez des les 3 premières minutes d’une comédie romantique que Hugh Grant et Sandra Bullock vont finir ensemble ou que, oui, Tom Cruise sauvera la terre)), penchons nous sur la part des Gamers effectivement composée d’adolescents potentiellement frustrés.

En effet, un certain nombre de polémiques ont éclaté sur deux forums du site jeuxvidéos.com : le blabla 15/18 et le blabla 18/25.

Si on regarde les sujets sur le féminisme, on trouve ça :

 topics féministes jvcom

Donc on est en droit de se demander : pourquoi tant de haine ?

  • Une guerre 2.0

Notons que cette opposition se passe sur internet, qui n’est pas un terrain neutre, mais un champ ayant ses propres façons de fonctionner.

Au pays des Trolls, les attaques deviennent facilement personnelles. Quand quelqu’un émet une opinion en commentaire sur un article ou autre, la situation dégénère en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « Troll ». Lorsque le propos est féministe, la personne est taxée de voir le mal partout et d’être une hystérique mal baisée cherchant à se victimiser. Quand le propos critique une prise de position féministe, la personne est accusée de faire l’apologie de la violence envers les femmes et de ne sans doute pas avoir sa conscience pour lui pour affirmer des choses pareilles.

Rapidement on est sorti du débat d’idée pour attaquer la personne elle-même.

Or, sur internet, l’anonymat est généralement de mise. Les coups sont donc portés à l’aveugle. Par pur préjugé.

L’anonymat permet dans le même temps de faire preuve de méchanceté et d’agressivité en toute impunité : blagues sur le physique, le surpoids et injures adressées au femmes témoignant contre le harcèlement de rue, menaces de viol et de diffusion de données personnelles ont été nombreuses ce derniers temps.

Sur jeuxvidéo.com, ils appellent cela des Raids. Ces derniers consistent à attaquer personnellement une personne ayant fait des commentaires leur ayant déplu, en appelant au viol ou encore à un “génocide de lesbiennes frustrées“.

raid jvcom féministes

Mais les attaques se sont propagées à d’autres sites comme Doctissimo (on notera l’adresse mail « SalePuteTuVaCrever ») :

harcèlement jvcom

Ne m’arrêtant pas à un « s*le p*te », j’ai creusé un peu plus pour voir ce que ceux qui argumentent un minimum reprochent aux Social Justice Warriors.

  • Vous n’avez pas le monopole de la souffrance

Parlant du projet Crocodile, certains membres du forum reprochent à l’auteur de dessiner tous les hommes en crocodile.

Le but de l’auteur est de montrer que le harcèlement n’est pas le fait de malades isolés ou de connards notoires, mais que n’importe qui peut s’avérer être un harceleur. Or, pour des jeunes hommes en train de construire leur identité, ça peut aussi sembler être une injonction contradictoire de plus. Ils reprochent notamment une angélisation des femmes par ce procédé.

Ainsi, un commentaire suggère :

« Ce que je vous propose, c’est de réaliser ensemble le « Projet Chattes » (🙂 ) .
Toutes les femmes seront évidemment représentées par une tête de chatte. Il vous suffit d’écrire sur ce topic votre témoignage et de me décrire la fois où vous avez le plus souffert à cause d’une fille (que ce soit une fille que vous ayez dragué, une ex, votre copine actuelle, etc…). Si vous vous êtes senti terriblement humilié, blessé, meurtri, votre témoignage m’intéresse🙂.  »

Cette initiative a pour but de montrer que les hommes aussi souffrent.

Passons sur le bon goût de nommer cela le « projet chattes ».

Effectivement, les hommes souffrent aussi. Mais il semble que dans les exemples que cette personne cherche à récolter, il s’agit davantage de récits de filles ayant blessé l’égo ou le cœur d’un homme. Alors que dans le projet Crocodile, il s’agit de récits concernant des personnes qui se passent du consentement d’autres personnes. On y parle d’attouchements, de propositions déplacées (ex : coucher pour avoir un poste), ou encore de viol. Et là on ne parle pas de sentiments, mais bien d’un rapport au corps, à l’objectivation d’une personne pour assouvir les désirs d’une autre.

Une critique un peu plus aboutie a été réalisée par un jeune (et talentueux) dessinateur de 22 ans dans un post de son blog « J’aime ça » où il présente un « Projet vipères » pour rendre la pareille aux femmes. Notons que 26 371 personnes aiment ça.

Il explique :

« Les hommes ne souffrent pas ni plus ni moins que les femmes. Leur souffrance est simplement différente. Ce n’est pas en divisant et en sexualisant tous nos problèmes que la situation s’améliorera. »

L’idée est alors de mettre en perspective les violences faites aux femmes et celles faites aux hommes :

Les femmes sont davantage victimes de viol ? Les hommes sont davantage victimes d’homicides et se suicident plus. La prostitution touche d’avantage les femmes ? les hommes sont surreprésentés parmi les SDF. Les femmes sont désavantagées dans le monde professionnel ? Les hommes le sont dans les décisions de justice et notamment dans les questions de garde des enfants en cas de séparation.

Moi-même j’ai déjà reçu des commentaires sur ce blog m’expliquant que les hommes eux aussi sont victimes de discrimination. Par exemple, concernant la beauté, un homme affirme : « je pourrais affirmer que certaines femmes sont pires à l’égard des hommes qui ne seraient pas semblables à leurs égéries bodybuldées/beau gosses qu’elles voient tous les jours. »

En effet, il semble que ça ferait du bien à de nombreuses féministes – dont moi (il faut toujours sentir des aisselles avant de tordre le nez face à celle de son voisin (proverbe chinois inventé pour l’occasion)) – de parfois prendre un peu de recul face à leur combat et reconnaître qu’à force de se focaliser sur le sexisme, on finit par en voir partout et chipoter. Mais il s’agirait surtout de ne pas minimiser d’autres inégalités, mais aussi de toujours garder en tête que le sexisme va dans les deux sens.

Cependant, chers amis Gamers, ou lecteur dissident, qui vous léchez les babines face à ce dernier paragraphe, vous aussi sentez vos aisselles avant de critiquer les féministes. Si vous exigez d’elles de s’ouvrir à d’autres combats, alors acceptez d’ouvrir votre propre vision du monde. Peut-être qu’effectivement des individus veulent développer des jeux différents ou jouer de façon différente. Peut-être pouvez vous ranger vos représentations et clichés pendant 5 minutes et reconnaître que certaines femmes peuvent être excellentes aux jeux vidéos et qu’il n’est pas nécessaire et séparer hommes et femmes dans les compétitions.

En fait, tout est un problème de focalisation. Une focalisation de chacun sur son monde et ses problèmes. Mais c’est presque inévitable si on veut faire réfléchir les gens sur une question et amener les mentalités à évoluer à terme.

Quand on s’attaque à un problème social, notamment dans un article de blog ou de journal, on doit cadrer son propos. Si on commence à vouloir attirer l’attention sur tous les malheurs du monde d’un coup, cela nuit à la clarté du propos. Si, par exemple, je fais un article sur le fait que, structurellement, la beauté est davantage mise en avant chez les femmes et la réussite professionnelle chez les hommes, mais que je précise que la beauté est un construit subjectif et que selon les milieux sociaux elle diffère, que les hommes peuvent aussi être discriminés sur leur physique, que l’intelligence est également valorisée chez les femmes, que ceci est une représentation hétéro-centrée, parce que les lesbiennes et les gays ne sont pas réellement intégrés dans cet univers de représentation, que c’est également une vision que se centre sur la culture occidentale concernant les représentations homme-femme et que d’autres cultures voient les choses différemment…etc etc etc.

Bref, à la fin j’aurais mis tellement de bémols dans ce dont je voulais parler qu’on ne verrait plus quel était réellement le problème et puis… il semblerait alors que ce problème soit marginal, donc qu’il soit inutile de s’en préoccuper, et puis : t’as des chiffres de ce que tu avances ?

  • Incroyable, pourquoi chaque fois que nous construire grande muraille, les féministes débarquer pour tout casser!

Quand on a conscience de tout cela. On se demande parfois si ça sert vraiment à quelque chose de continuer.

La tendance est à renvoyer à la figure des féministes que de nombreuses personnes ne se retrouvent pas dans leur combat, avec le fameux mouvement #NotAFeminist.

Le mouvement #NotYourShield, qui vise à montrer aux féministes qu’elles se trompent sur qui sont les Gamers utilise le même mode d’attaque.

Un des participants affirme par exemple : « Nous n’avons pas besoin des Social Justice Warrior pour faire la police de nos pensées, censurer nos opinions, étouffer notre créativité, nous engorger avec leurs intentions. »

Ok.

J’accepte votre position.
Mais j’aimerais quand même dire que cet argument peut-être retourné. Parce que quand les féministes se permettent de faire une remarque, elles doivent elles aussi faire face à une police de la pensée, voient leurs opinions censurées, leur créativité étouffée et leurs intentions engorgées.

Comme le dit Mar_Lard, figure de proue du mouvement pour donner une place aux femmes dans le monde du jeu vidéo, qui a décidé de rendre sa manette parce qu’elle n’en pouvait plus d’être harcelée : « Le féminisme, c’est un des meilleurs aimants à merde qui existe. »

Et pourtant, en plein débat sur le « Geekshaming » dans les médias, peut-être serait-il temps que les féministes et les geeks s’écoutent un peu au lieu de se « troller » mutuellement et de laisser la violence escalader. Ces deux groupes sont victimes de représentations stéréotypées, augmentées par la visibilité des personnes et des commentaires correspondant le plus aux clichés.

 Soutenons-nous au lieu de nous tirer dans les pattes.

Game Over.

(1) L. Davoust, conférence sur féminisme et Science Fiction, Utopiales 2014

(2) Tous ces mots-clefs sont tirés de l’article de blog de « j’aime-ca.org » rejetant la focalisation faite sur le harcèlement de rue. Nous revenons sur cet article plus loin.

Pour voir le premier article de cette série, c’est par ici !

Norman fait des stéréotypes

9 Oct

Pendant longtemps, j’ai commis l’erreur de penser que le racisme ou le sexisme ne se manifestaient que lorsqu’il y avait une discrimination fondée sur une différence.

Par discrimination, j’entends ici, par exemple, penser que les trompettistes-cyclistes ne pourront jamais marcher sur la lune. C’est méchant.

Et puis j’ai fait un workshop sur le racisme en Allemagne, et j’ai découvert qu’il existait un racisme « positif ». C’est à dire que considérer que tous les noirs courent plus vite ou sont meilleurs au lit, c’est raciste même si c’est sympa pour eux.

En effet, on part du principe que toute une catégorie de population, ici les noirs, possède des caractéristiques différente des autres, les blancs, les jaunes ou les bleus. C’est cette généralisation qui constitue le racisme, et pas son contenu. De même, ce n’est pas parce qu’on dit des choses gentilles sur les femmes que l’on n’est pas sexiste. Dire aux femmes qu’elles sont plus douces, intelligentes, raisonnables, intègres et que « Vouuus les femmes, vouuuuus le charme …. Vouuuuuus l’instinct maternel, vouuuuuus qui sentez bon des aisselles», c’est sexiste. Parce que ça suppose que TOUTES les femmes sont comme ça, ou du moins toutes les « vraies » femmes.

Norman a fait cette erreur dans sa dernière vidéo. En voulant encenser les soi-disant choses que les femmes feraient mieux que les hommes, il expose une série de clichés qui n’ont aucune réalité concrète. Je dirais même plus, il s’agit de stéréotypes inédits. De plus, ses affirmations sont, en creux, très sexiste pour les hommes qui sont considérés comme étant tous dépourvus de ces différentes « qualités ».

Selon Norman, les femmes pourraient donc faire deux choses en même temps, seraient plus observatrices, seraient plus résistantes à la douleur, auraient davantage le sens de l’orientation, un instinct maternel, sauraient prévoir, seraient plus matures agiraient sans arrière pensée, auraient plus de mémoire et seraient plus solidaires.

 

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Suivant la grande habitude de Norman lui-même, nous allons montrer que tout ça est « FAUX ! ».

 

1/ Faire deux choses en même temps, l’observation, une bonne mémoire et l’orientation 

Clichés que Norman veut combattre : Les femmes ne savent pas lire une carte, les femmes conduisent moins bien, ont des problèmes de représentation de l’espace (c’est pour ça qu’elles sont nulles en maths).

Clichés instaurés par sa vidéo : les hommes ont besoin des femmes car ils ne savent pas où sont leurs affaires (sans doute parce que c’est une femme qui lave, repasse et range leurs affaires), les hommes sont monotâches, les hommes sont perdus sans une femme pour les guider.

Problèmes derrière ces nouvelles affirmations : Dans une société où les femmes sont moins payées que les hommes pour le même emploi et peinent à dépasser le plafond de verre, il semble presque populiste de doter les femmes de toutes ces qualités. Si elles sont si géniales, pourquoi sont-elles si peu présentes dans les hautes sphères professionnelles ? Et peut-être que c’est le fait justement de devoir gérer plein de choses (la double journée de la mère de famille par exemple), le fait d’évoluer dans un environnement plutôt hostile (harcèlement de rue etc) et de devoir toujours faire ses preuves en entreprise qui pousserait les femmes à développer toutes ces « qualités ».

 

2/ La douleur, l’instinct maternel, prévoir, la maturité

Clichés que Norman veut combattre : Les femmes sont des chochottes, plus faibles et plus chétives, tandis que les hommes sont courageux et fort et se font amputer à la guerre sans lâcher une larmichette.

Clichés instaurés par sa vidéo  : Les hommes sont des chochottes, alors que les femmes sont des amazones qui n’ont pas froid aux miches, elles sont plus matures, alors que les hommes sont d’éternels enfants. Un homme est incapable de s’occuper d’un enfant, et il risque de mettre le bébé au four à la place de la pizza (l’homme ne sait d’ailleurs pas non plus cuisiner et se nourrit de pizzas).

Problèmes derrière ces nouvelles affirmations : Les hommes sont donc considérés comme d’éternels enfants incapables de se prendre en main. Les femmes doivent donc s’occuper de tout (surtout des couches sales, de la cuisine etc.). Plutôt que de glorifier les femmes, ces idées justifient le fait qu’elles prennent en main la gestion du foyer et de leur conjoint comme un enfant de plus.

Mais cela va plus loin. En effet, parlant de la douleur, il affirme « je me dis que je suis vraiment une putain de tapette », phrase que yagg n’a pas manqué de relever.

C’est donc le serpent qui se mord la queue, puisque les mots en « ette » et l’homophobie derrière ce qualificatif, visent justement à pointer du doigt des comportements considérés comme féminins chez des hommes.

 

3/ Pas d’arrières pensées, solidarité

Clichés que Norman veut combattre: Les filles sont des pestes, sont des manipulatrice prête à user de leurs atouts pour arriver à leurs fins, se font des coups de pute entre elles et seraient moins dans la violence physique et plus dans la violence psychologique.

Clichés instaurés par sa vidéo : Les hommes sont prêts à tout pour une belle paire de seins. Ils pensent avec leur bite et leur bite n’est pas prêteuse.

Tout homme  agirait dans un seul but : choper de la meuf.

Problèmes derrière ces nouvelles affirmations : Nous avons là d’un côté l’idée de la femme chaste et pure et de l’autre l’homme aux pulsions sexuelles plus fortes que tout autre sentiment. Ces deux clichés sont délétères. En effet, il nient le désir sexuel des femmes (et entretiennent la fameuse dialectique la mère/la pute) et dénient à l’homme tout contrôle sur ses pulsions ou acte désintéressé auprès d’une femme.

 

En regardant cette vidéo, on a surtout une question qui vient en tête, c’est : Quelle femme Norman voulait choper en faisant cette vidéo ?

Qui veut la peau des féministes ? #1 – Les femmes

6 Août

Contrairement à ce qu’on pourrait penser intuitivement (et notamment en voyant les couilles brandies fièrement pendant longtemps sur le site des Femen), les pires ennemis des féministes ne sont pas les hommes. D’ailleurs il faudrait mettre un petit « e » à ennemi pour deviner de qui il s’agit.

Bravo, vous avez gagné un bisou de Monsieur Bescherelle pour vos déductions orthographiques, il s’agit bien… des femmes.

Bien que ce soit la révélation de l’année (si si, j’insiste), ça parait en fait plutôt logique : pour savoir ce que veulent les femmes, le mieux est quand même de leur demander ce qu’elles veulent. Si elles disent qu’elles aiment se faire belle, s’épiler intégralement, faire du shopping, être femmes au foyer et avoir un homme grand, fort et poilu du nez pour les protéger, pourquoi ne pas les croire. Après tout qui n’aime pas les poils dans le nez ?

Et si beaucoup de femmes prennent ce parti là, les féministes passent pour une minorité d’excitées qui veulent imposer à la majorité leurs délires de patriarcat, de mouvement de libération des poils, de genre et de harcèlement de rue.

L’une des caractéristiques du féminisme est d’entretenir une relation problématique avec la féminité dominante ou imposée, en ce qu’elle est, justement, un produit d’une société patriarcale. Autrement dit, ça veut dire que les féministes affirment que la féminité, telle qu’elle est représentée, est le produit de normes sociales. Celles-ci sont créées par ceux qui ont le pouvoir de les créer, et qui sont, encore aujourd’hui, le plus souvent les hommes.

Or, qui dit normes dit intériorisation. Et comme le dit la journaliste féminisite américaine Gloria Steinem : “The first problem for all of us, men and women, is not to learn, but to unlearn.”

Pour ceux qui ont séché les cours d’anglais, ça veut dire : « Le premier problème auquel nous devons faire face, homme comme femme, n’est pas d’apprendre, mais de désapprendre.»

C’est là la clef du problème : pourquoi les femmes ont-elles tendance à rejeter le féminisme ? Parce qu’il va à l’encontre de tout ce qu’on leur a patiemment et sans relâche inculqué depuis le berceau.

Et le succès du Tumblr « woman against feminism » le prouve (c’est d’ailleurs la première réponse automatique de google quand on tape seulement « tumblr anti »)

 

Capture d’écran 2014-07-19 à 12.56.11

 

Les idées sur le féminisme véhiculées par ce tumblr sont nombreuses, pleines de préjugés, et surtout contradictoires :

  1. Pour les féministes femmes jouent les demoiselles en détresse en se posant comme des victimes de la société / Les féministes sont agressives
féministe n'assumant plus son envie de tester le bondage vs féministe de bonne humeur

féministe n’assumant plus son envie de tester le bondage vs féministe de bonne humeur

 

2. Pour les féministes hommes sont de dangereux prédateurs / Les féministes sont jalouses des autres femmes qui reçoivent plus d’attention des hommes qu’elles

 

non aux pervers qui touchent les seins des mères de familles ou non aux salopes qui agitent leur boule devant les pères de famille ?

non aux pervers qui touchent les seins des mères de familles ou non aux salopes qui agitent leur boule devant les pères de famille ?

 

  1. Les féministes ne supportent pas qu’une fille soit sexy / Les féministes défendent les putes/ les féministes sont des dévergondées qui sont pour l’avortement, la fin du couple etc
Femme de pouvoir donc féministe ? sexy donc pas féministe ? libérée donc féministe ? Image véhiculée partout de la féminité donc pas féministe ? rha adieu monde simpliste !

Femme de pouvoir donc féministe ? sexy donc pas féministe ? libérée donc féministe ? Image véhiculée partout de la féminité donc pas féministe ?
rha adieu monde simpliste !

 

Bref, les féministes sont nulles quoi qu’elle fassent ou disent à partir du moment où elles sont identifiées comme telles.

Les revendications des femmes sur ce tumblr anti-féministes et celles des féministes semblent pourtant avoir la même aspiration : pouvoir faire ce qui les rend heureuses sans être jugées.

Mais alors que les féministes ne veulent pas être jugées par la société, ces femmes ne veulent pas être jugées par les féministes.

En même temps, répondre aux attentes de la société permet à la fois de ne pas trop se poser de question et d’être aimée de tous.

A cet égard, une histoire racontée par Sheryl Sandberg, la directrice des opérations de Facebook, est édifiante :

Une femme qu’elle connaît a expliqué à sa fille :

« Quand papa réussit au travail, les gens l’aiment plus. Quand maman réussit au travail, les gens l’aiment moins. »

Sa fille lui a répondu qu’elle n’avait qu’à moins bien réussir pour que les gens l’aiment plus.

Et voilà ! C’est quand même pas compliqué nan ?

Et c’est vrai qu’on pourrait se dire : A quoi bon trop réfléchir ? A quoi bon faire chier le monde alors qu’il suffit de faire ce qu’on nous demande pour être tranquille ?

Eh bien parce qu’il y a des gens qui souffrent à cause des normes imposées. Des filles qui s’affament ou se font entièrement refaire pour correspondre aux standards imposés. Des adolescents qui se suicident parce qu’ils sont mal dans leur peau.  Des gens dont la sexualité n’est pas épanouie parce qu’on ne leur a jamais dit que, pour avoir du plaisir, il faut être bien avec son corps et lâcher prise, à l’inverse de ce que nous rabâchent les magazines. Certaines femmes se font brûler le visage pour enlever leurs rides. D’autres se font couper les lèvres de leur sexe et le capuchon du clitoris parce qu’elles les trouvent anormalement longues. Et je pourrais continuer longtemps comme ça.

Alors oui, les féministes dérangent les femmes, parce qu’elles leur mettent le nez dans le caca de ce que la société leur impose. Et, comme tout le monde le sait, les filles ne font pas caca, donc ça leur fait un choc.

Alors je vais essayer de parler leur langage : Si toi aussi tu n’aimes pas les vergetures, ni la cellulite, que tu n’aimes pas ne pas te sentir en sécurité seule dans la rue, que le ménage t’ennuie, que les régimes te pèsent, que parfois tu te sens moche et que ton string te rentre dans les fesses : les féministes ont la solution à tes problèmes.

Viens, on est bien !

 

La pub change ses règles

16 Juil

Alors que de nombreux publicitaires se font un malin plaisir à faire des « Bad Buzz » à la pelle, certaines marques ont décidé de prendre le contre-pied de cette tendance et de miser sur le féminisme et le « Good Buzz ».

  • La guerre des serviettes

La guerre publicitaire féministe a éclaté entre les marques de ce que nous appellerons chastement « protections périodiques ».

Les deux belligérants ce soir sur le ring : helloFlo vs Always.

helloFlo a envoyé le premier tampon en diffusant deux vidéos :

puis, Always a riposté puissamment en lançant un hashtag atomique : #likeAGeurl

Chez HelloFlo, malgré un engouement de toute la féministosphère pour (enfin !) la fin des tabous autour des règles, le message qui est transmis à travers ces pubs peut laisser assez dubitatif. Les deux pubs n’ont pas vraiment de message fort à part « t’as trop hâte d’avoir tes règles ? Achète un super pack pour ta première fois ! »

Oui, parce qu’en fait il s’agit avant tout de vendre leurs supers packs aux 11-13 ans…

Always, de son côté, nous a gratifiés d’une très très belle pub.

Oui, c’est vrai, il faut l’avouer. ça m’a émotionnée. Donc on leur donne une gommette parce que c’est du beau boulot.

Sauf qu’à la fin tu te dis quand même : « Et donc la cause de ce problème c’est les règles ? »... puis logiquement « et donc si j’achète vos tampons heu… ça ira mieux ? »

K.O. en faveur d’Always.

Mais Always n’a pas toujours été aussi glorieusement victorieuse.

  • On fait tourner les serviettes

Avouons-le, si tout le monde en parle, c’est parce qu’on revient de loin.

Très loin.

On revient de pubs où les hommes confondaient les tampons avec des bonbons (Oui, alors je suis sûre que toi aussi tu te souviens de cette pub, mais quand je l’ai cherchée, impossible de retrouver la vidéo !).

Soyons honnêtes, beaucoup d’hommes ne savent pas ce que sont les règles.

Un voile de mystère entoure les détails de ce moment du mois, un peu comme le nouveau voile douceur des serviettes Niania.

Ce mystère est entretenu par le fait qu’on ne les nomme SURTOUT pas : les ragnagna, les anglaises, les ours, les affaires, la période critique, les hum-hum ou les « voilà quoi »,  les parents de Montrouge (si toi aussi tu n’as jamais entendu quelqu’un dire ça tape dans tes mains) ou encore, le pudique verbe « être indisposée ». Tout est prétexte à ne pas nommer cette chose honteuse. Oui, oui personne ne se prive pour dire des mots aussi ragoutants que « Mollard », « Morve » ou « crotte de nez » ou même se moucher en public, ou même… saigner du nez ! Par contre avoir ses règles, donc être une femme et avoir des cycles menstruels et EN PARLER est indécent.

Bref, cachez ce sang que je ne saurais voir.

Et à quel point ! A côté les abeilles et les choux-fleurs pour euphémiser la conception, c’est du pipi de chat. Dans les pubs, point de rouge dans les tangas, mais un liquide bleu du type canard WC (comme ça, en plus, c’est pratique : quand c’est liquide et  bleu : on sait qu’on est face à une pub pour des trucs exclusivement réservés aux meufs).

D’ailleurs, comment ne pas rappeler ici l’histoire tragique de Richard Neill, dont la vie a été brisée quand il a appris qu’il vivait dans un monde de mensonges (c’est un petit peu le Truman Show de la menstruation). Pour ceux qui ne connaissent pas cette histoire tragique : En 2012, le jeune Richard a posté cet appel à l’aide sur la page Facebook de Bodyform, une marque de protection périodique :

« Hi , as a man I must ask why you have lied to us for all these years . As a child I watched your advertisements with interest as to how at this wonderful time of the month that the female gets to enjoy so many things ,I felt a little jealous. I mean bike riding , rollercoasters, dancing, parachuting, why couldn’t I get to enjoy this time of joy and ‘blue water’ and wings !! Dam my penis!! Then I got a girlfriend, was so happy and couldn’t wait for this joyous adventurous time of the month to happen …..you lied !! There was no joy , no extreme sports , no blue water spilling over wings and no rocking soundtrack oh no no no. Instead I had to fight against every male urge I had to resist screaming wooaaahhhhh bodddyyyyyyfooorrrmmm bodyformed for youuuuuuu as my lady changed from the loving , gentle, normal skin coloured lady to the little girl from the exorcist with added venom and extra 360 degree head spin. Thanks for setting me up for a fall bodyform , you crafty bugger. »

Après ce mini séisme dans le monde extra-fin de la serviette qui-respire-et-sent-bon-la-fleur-des-champs, les choses ont-elles vraiment évolué ?

  • Réecrire les règles

Rappelons qu’Always, si louée aujourd’hui, est quand même la marque qui a eu l’idée lumineuse de coller des serviettes sur la paume des mains.

 

 

Alors, t’as trouvé le concept révolutionnaire ?

Tu peux coller ta serviette : SUR TA MAIN ! Après, il te suffit de garder ta main dans ta culotte toute la journée, et le tour est joué ! Malin hein ?

Mais je pense qu’il ne fat pas s’arrêter là. On peut se coller des serviettes à tellement d’autres endroits :

D’ailleurs, même quand Always fait du féminisme, elle a quand même du mal à laisser tomber un concept aussi génial :

Donc bon, même s’il y a du chemin de parcouru, la ficelle du tampon est encore longue.

Et puis honnêtement, comparer les qualités de ces femmes à celles d’une serviettes hygiénique, ce n’est pas non plus hyper valorisant au final…

  • Autant en emporte le tampon

Tout ça pour dire que, oui, c’est bien, certains publicitaires ont compris que le féminisme ça peut marcher aussi (et que c’est d’autant plus vendeur quand il s’agit de produit exclusivement réservés aux femmes).

Mais les règles durent 5 jours et il faut prendre son mal en patience. Donc I have a dream, the dream que chaque jour nous rapprochera plus d’une ovulation, qui donnera naissance à des pubs vraiment, honnêtement et drôlement en faveur de l’épanouissement des femmes.

Et puis pendant qu’on parle de nos amis de Montrouge, à quand une pub pour les coupes menstruelles ?

Parks and Réactionnaire

6 Juin

Il y a quelques semaines, nous nous demandions si les publicitaires faisaient exprès de faire des publicités sexistes pour créer le buzz ou s’ils étaient tout simplement super cons.

 

La dernière campagne Eden Park… laisse le mystère entier.

 

Selon les dire de l’agence qui a pondu cette merveille, cette publicité va révolutionner l’innovation de la créativité du jamais vu. La vidéo présente cette campagne comme « un concept nouveau », un moyen de « moderniser l’image de la marque », d’être dans « l’ère du temps ». Bah oui, vous vous rendez compte ! Qui a déjà fait une publicité où une femme est heureuse et ravie de faire les tâches ménagères par amour pour leur mari chéri.

 

pub sexiste cuisine

Très novateur.

repassage

Quelle créativité !

pub sexiste 2

Du jamais vu.

pub sexiste 2 bis

Mais, mais Nooooon il n’y a aucune similitude entre ces deux images !

Sans titre

 

Mais surtout, qu’on se le dise : les nouvelles pubs Eden Park ne sont pas sexistes. Et s’il vous plait, il ne faut surtout pas dire ce mot, c’est caca de dire des gros mots pareil.

Au jardin d’Eden Park, on dit « soumission ».

Mais là, c’est pas de la « soumission », c’est de l’ « amour ». Rien à voir. L’amour ce sont les fleurs, les papillons, les culottes sales…

«  elles ne subissent rien, elles sourient presque, c’est un geste d’amour ».

On notera le « presque ». Et quand on fait des choses par amour et qu’on est « presque » heureuse ça s’appelle, ça s’appelle…

roulement de tambour : de l’abnégation.

Et c’est ce que vivent beaucoup de femmes quand l’amour qui les pousse à vouloir faire plaisir à leur partenaire (ce qui est louable, soit dit en passant) se met à aller beaucoup plus dans un sens que dans l’autre (ce qui est moins louable).

Que les féministes se rassurent. Ce n’est pas un pub de « soumission », pour deux raisons :

 

1/ Toutes les femmes qui ont participé étaient consentantes

2/ Ce sont des femmes qui ont eu et qui défendent cette idée de visuel.

« on ne voulait pas du tout jouer sur la soumission, la fille le fait avec plaisir, c’est elle qui décide de le faire, on n’a forcé personne, la campagne a été conçue presque entièrement par des femmes. »

 

Clap clap clap. Moi je pense que c’était une grave erreur d’omettre cette information sur l’affiche. Ça aurait été un argument de campagne important : « Les mannequins étaient consentantes ». Ce serait un peu le « Non testé sur les animaux » de la fringue.

Mais oui parce que d’habitude, quand les pubs sont sexistes, les mannequins ont été forcées, c’est bien connu.

claudia schiffer

Allez Claudia, raconte-nous qui t’as obligée à faire ça ?

 

Et puis, vient l’argument massue : nan mais ce sont des meufs qui ont pondu ça !

Le plus enraciné des clichés du monde sur le sexisme : l’idée que si une fille dit ou fait un truc relevant du sexisme, ça en annule l’effet.

*** Vagina Power ! ***

Et oui, si ton mec te demande de faire la vaisselle, c’est sexiste. Mais si tu la fais spontanément pendant qu’il regarde le Rugby en polo Eden Park avec ses copains, c’est génial.

 

Je crois qu’il va falloir que je l’écrive en majuscule pour que l’idée soit enfin visible aux yeux de tous (on va croire que je hurle et m’énerve en m’arrachant les cheveux, alors que je bois une tisane en écoutant les Pink Floyd, mais qu’importe, je suis féministe donc les gens présument que je suis toujours hystérique… comment ça vous attendez que je vous dise le fameux truc en majuscule ? eh vous savez avec quoi ça rime majuscule ? oui, oui, bon, ok, si vous insistez) :

 

LE SEXISME VA DANS LES DEUX SENS, IL TOUCHE AUSSI BIEN LES HOMMES QUE LES FEMMES ET CES DERNIÈRES PEUVENT ÊTRE AUSSI SEXISTES QUE LES HOMMES.

 

Voilà. c’est dit. Notez-le dans vos caboches les mioches.

Le PDG d’Eden Park explique pourtant que l’idée était de se « remettre en question », mais avec « un soupçon de provocation », de « jouer sur la tangente ». Cet argument est aussi super efficace pour déjouer toute critique. Il rentre dans la fustigation actuelle de la bien pensance et marche à tous les coups.

 

Pourtant, il y avait matière à faire une super campagne, en changeant un minuscule petit détail :

iron man copie

Bon, là il faut imaginer un rugbyman avec un polo Eden Park.

« For you, girls. »

Pour nous ? intriguant…. Pour nous quoi ? Le Rugbyman ? Un homme qui fait la vaisselle ? Enfin une pub qui déjoue les clichés ?

Ça, ça aurait été un message sympa et jouant sur la tangeante.

Pour moi, cette campagne botte en touche en ne remettant rien en cause et cet article sera le coup de pied de pénalité pour signifier cette faute.